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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 19:28

NOTE À BENÊTS PRÉLIMINAIRE : LA RECENSION QUI SUIT N’ENGAGE QUE SON AUTEUR ET EN AUCUN CAS LE POINT DE VUE DE "RECONSTRUIRE L'ECOLE"..

          CINQUANTE NUANCES DE HOUELLEBECQ

Ainsi donc j’ai lu Soumission – avec beaucoup d’appréhension, des a priori peu favorables, de vives inquiétudes en somme, le tout alimenté par le wagon de critiques, globalement négatives ou pour le moins réticentes, qui ont accompagné la sortie du roman.

Naturellement, je n’avais pas attendu Soumission pour être lectrice de Michel Houellebecq ; j’avais apprécié certaines de ses œuvres (Extension…, La Possibilité d’une île, La Carte et le territoire), d’autres moins (Les Particules élémentaires, Plateforme). Notez que j’ai écrit « apprécié » et pas « aimé », Houellebecq ne cherchant guère à être « aimable » -- et, de ce point de vue, y réussissant parfaitement, peut-être même au-delà de ses espérances.

Adoncques disais-je, j’ai lu Soumission. Et, autant vous le confier tout de suite, c’est un bon roman, si si si si : pas exactement progressiste, on l’imagine bien (mais notre écrivain, que je sache, n’a jamais caressé ce type d’ambition), sans « véritable jovialité » pour reprendre l’expression d’Alexandre Vialatte commentant la peinture de Bernard Buffet, sans héros positif comme toujours chez Houellebecq. Mais cette politique-fiction, ou plutôt cet apologue, n’a rien d’un essai islamophobe à la Éric Zemmour. Ce n’en est pas pour autant une déclaration islamophile, certes, mais l’islam est ici prétexte plutôt que sujet, me semble-t-il.

Il serait donc intéressant, plutôt que de polémiquer dans le vide, de lire vraiment le roman et de voir « ce que dit le texte » (mes anciens étudiants, que j’ai malmenés avec ça des années durant, apprécieront).

Tentative, donc.

Tout le monde connaît l’histoire, abondamment commentée avant même la parution en librairie : dans un futur assez proche, notre cher et vieux pays porte à la magistrature suprême M. Ben Abbes, leader du Parti de la Fraternité Musulmane, qui, en instaurant la charia et renvoyant les femmes à la maison, redresse l’économie, rend à la France son statut de grande puissance, rétablit la paix civile, la prospérité, la culture, supprime comme par enchantement la délinquance (au prix sans doute de quelques morts…), et fait le bonheur des Français, fermez le ban.

Sujet sensible s’il en est, l’islam, avant même les attentats de ces dernières semaines…

Alors, soyons méthodiques (prof de prépa, on ne se refait pas !) et commençons par poser clairement la question de l’islamophobie dans l’œuvre, puisque c’est principalement ce qui fâche. Fils d’un épicier (comme Margaret Thatcher), le Président Ben Abbes est un homme intelligent, affable, sympathique, avec de fort nobles ambitions pour la France et l’Europe : il s’agit ni plus ni moins que de rétablir l’Empire romain (tout enseignant de lettres classiques se sentira « interpellé quelque part au niveau du vécu »), ce qui, vous l’avouerez, a tout de même une autre gueule que de limiter le déficit sous la barre des 3% ou de faire guili-guili avec Angela Merkel. Bien décidé à déplacer le centre de gravité européen de Bruxelles et Strasbourg vers Rome et Athènes, il entend (c’est son côté gaullien) redonner à la France sa grandeur passée. Réactionnaire en matière de mœurs, on s’en doute (néanmoins, tout bien pesé, guère plus que Christine Boutin), il n’a évidemment pas le profil du sage soufi éperdu dans la contemplation esthético-métaphysique des infinies Beautés de la Création, mais il n’a rien non plus des égorgeurs de Daesh : c’est en quelque sorte un islamiste-tajine, comme on parlait autrefois des radicaux-cassoulet. Et il a de la classe, un grand projet, de l’allure, une toute autre allure que les Franco-français qui, le premier moment de stupeur passé, se bousculent en rangs serrés pour lui prêter allégeance.

Car bien plus qu’islamophobe, ce roman est misanthrope – misogyne et misandre très exactement. De cette fiction féroce, personne (sauf Myriam, l’éphémère amante juive du narrateur) ne sort épargné. Ce à quoi l’on assiste, le premier choc digéré, c’est au grand bal des Collabos, où tous, et principalement les ratés, se précipitent pour décrocher le job, la place, le poste, à commencer – et je suis très étonnée que ce point n’ait pas été mieux souligné dans les critiques que j’ai pu lire -- par les intellectuels identitaires, qui adoptent sans angoisse, parce que quelque part ils les partagent, les valeurs d’ « ordre moral » prônées par le Président Ben Abbes et son Parti. Quant à l’Université française, censément bastion de l’esprit critique et de la liberté de penser, il suffit que les riches fonds des émirs viennent, en la privatisant, la sortir de sa misère fioraso-pécressienne en la dotant très largement et même davantage, et en triplant le salaire de ses professeurs (hommes, ça va de soi, les enseignantes étant fermement priées de retourner, stricto sensu, à leurs fourneaux) pour qu’elle capitule, intellectuellement parlant, avant même d’avoir combattu.

Et c’est bien ce qui arrange tous ces messieurs, dont la lecture du Coran ne va guère plus loin que leur bas-ventre et leur portefeuille : en renvoyant les femmes à la maison, le nouveau régime permet à la fois aux mâles en mal de reconnaissance d’éliminer des concurrentes parfois brillantes donc gênantes, et, cerise sur la baklava, de profiter en toute légalité des joies de la polygamie. Le passage où Robert Rediger, l’ex-identitaire converti musulman et devenu grand ponte en Sorbonne, fait découvrir ses deux épouses à François, le narrateur extasié, est dans ce sens un chef-d’œuvre de misogynie : Malika, la quadragénaire, excelle dans la confection des petits pâtés chauds, quand la deuxième, Aïcha, une nymphette de quinze ans avec pas grand-chose dans le citron, est cantonnée à l’érotisme. Ni l’une ni l’autre, du reste, n’a l’air de s’en plaindre, puisqu’il est supposé, on y reviendra, qu’elles « aiment ça » -- je veux dire la soumission.

Quant au narrateur, parlons-en. Ni jeune ni beau ni brillant, comme toujours chez Houellebecq, François c’est quelque part MH lui-même, avec ses obsessions sexuelles finalement assez simplettes : angoissé par le ramollissement des chairs féminines et la perte d’élasticité des tissus, il considère qu’après vingt-cinq ans une femme n’est plus baisable (il ne sait pas ce qu’il perd, le nigaud !!!), couchotte vaguement avec ses étudiantes (on se demande ce qu'elles lui trouvent...) et pratique les amours plus ou moins tarifées avec des créatures qui ne le satisfont jamais, à l’exception de la radieuse Myriam, l’amante juive, la lumineuse bien-aimée, mais qui choisit de suivre sa famille en Israël sitôt Ben Abbes élu. Authentique spécialiste de Joris Karl Huysmans, le narrateur végète à l’Université (« un tout petit monde » comme dit ailleurs David Lodge), sans y obtenir de véritable reconnaissance ; la perspective de voir tripler sa paie, plus la responsabilité du Huysmans dans la prestigieuse Pléiade, aura raison des quelques scrupules qui l’avaient amené, dans un premier temps, à faire valoir ses droits à la retraite. Il lui faudra se convertir à l’islam, bien sûr, mais Paris vaut bien une messe, n’est-ce pas … En outre, ce ne sera qu’une formalité, lui explique (devant un Meursault millésimé d’une grande année) Robert Rediger, le Président polygame de son Université. Car, et c’est ce qui épate et irrite dans cette impitoyable chronique d’une Collaboration annoncée (ou : Les Chinois à Paris, de feu Jean Yanne, en version harissa), c’est qu’à aucun moment il n’est question non seulement d’élan religieux ni même d’un minimum de conviction : il suffit de faire semblant, de jouer le conformisme, sans renoncer aux plaisirs de la vie (les grands crus de Bourgogne, par exemple) et en profitant, sans transgresser la loi, d’un cheptel féminin devenu d’autant plus disponible qu’il est désormais exclu de l’emploi.

Invraisemblable, me direz-vous. Heureusement, certes, mais je ne sache pas que Houellebecq ait eu l’intention d’écrire un roman réaliste… Pour ce que j’ai compris de son dispositif, je crois qu’il faut rappeler les deux hypotextes de l’œuvre, qui sont d’abord la trilogie de la conversion de Huysmans (En route, La Cathédrale et L’Oblat), ensuite l’Histoire d’O de Dominique Aury, cultissime roman du masochisme féminin. Et c’est sans doute là que nous trouvons les clefs de Soumission.

Houellebecq nous met pourtant sur la voie, et même un peu lourdement : son narrateur, en bon spécialiste de Huysmans, nous rappelle dans un des derniers chapitres, que son cher Charles-Marie-Georges, une fois converti au catholicisme, s’était bien gardé de se retirer complètement au monastère de Ligugé, comme on le pense généralement. Tout en partageant les rituels des Bénédictins, il avait pris soin, comme l’y autorisait son statut d’oblat, de ne pas loger dans l’abbaye – ce qui lui permettait de conserver son feu de bois, son tabac hollandais, sa bibliothèque et surtout la succulente cuisine bourgeoise de sa gouvernante. Huysmans n’est pas Claudel, dont la conversion emporte l’âme, le corps, le verbe et le souffle, il n’a rien non plus du tonitruant Léon Bloy ; c’est un converti modéré, en somme, pour qui « il est avec le ciel des accommodements », bien inoffensive tartufferie que son disciple, pragmatique, n’oubliera pas, pour ce qui le concerne, de reproduire en grand, au moment d’opter pour l’islam à l’instigation de son ami Rediger, intellectuel ci-devant identitaire désormais musulman, et qui a lui aussi conservé sa cave de vins fins, ses livres et son mode de vie.

Autre détail qui fait sens, la magnifique maison dudit Rediger est celle de Jean Paulhan, pour qui Dominique Aury avait écrit Histoire d'O. « C’est un livre fascinant, vous ne trouvez pas ? », demande Rediger à François, entre vieux Meursault et petits pâtés chauds de Malika. « J'étais du même avis, avoue le narrateur. Histoire d'O en principe avait tout pour me déplaire : les fantasmes exposés me dégoûtaient, et l'ensemble était d'un kitsch ostentatoire (…) complètement à chier. Il n'empêche que le livre était traversé d'une passion, d'un souffle qui emportaient tout. »

Cette passion, « c'est la soumission », dit doucement Rediger. « L’idée renversante et simple, jamais exprimée auparavant avec cette force, que le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue. C'est une idée que j'hésiterais à exposer devant mes coreligionnaires, qu'ils jugeraient peut-être blasphématoire, mais il y a pour moi un rapport entre l'absolue soumission de la femme à l'homme, telle que la décrit Histoire d'O, et la soumission de l'homme à Dieu, telle que l'envisage l'islam. »

Le bonheur, c’est donc aussi simple que cela : se soumettre, -- pour l’homme à Dieu et pour la femme à l’homme. Que demander davantage, surtout quand, comme le narrateur, on n’est ni jeune ni riche ni beau ? D’autant que cette soumission, pour le mâle, n’exige aucun sacrifice que ce soit, bien au contraire. C’est tout bénéf, à tous points de vue ! Du reste et au cas où l’on n’aurait pas saisi le fond de ses motivations, François, en prenant congé de Rediger, ne peut s’empêcher de songer au mode de vie plus qu’enviable de son collègue : « une épouse de quarante ans pour la cuisine, une de quinze ans pour d'autres choses ... sans doute avait-il une ou deux épouses d'âge intermédiaire, mais je me voyais mal lui poser la question. »

Et François se convertira, ou plutôt se convertirait, dans un dernier chapitre absolument épatant, entièrement écrit dans un conditionnel qu’on peut interpréter, suivant son humeur, comme un futur dans le passé, un potentiel ou un irréel du présent, et qui se clôt en quelques phrases d’explicit résonnant comme la morale de cette fable qui n’en a guère :

« Une nouvelle chance s'offrirait à moi ; et ce serait la chance d'une deuxième vie, sans grand rapport avec la précédente. Je n’aurais rien à regretter. »

Voilà le fin mot de l’histoire : la vita nuova, ce n’est ni celle de Dante ni celle à quoi aspirait Barthes, mais une conversion opportuniste à l’islam, qui donne à un « miteux » aurait dit Céline, l’occasion unique d’une vie à laquelle il n’aurait jamais, même dans ses rêves les plus fous, espéré accéder. Se soumettre pour avoir les femmes qu’on veut, un bon salaire, un peu de pouvoir, telle est la solution. Mieux vaut vivre à genoux que de mourir debout, d’autant que ces genoux, finalement, reposent sur des coussins moelleux. Résister, n’est pas envisageable – du reste à peine entrevoit-on protester Onfray et Mélenchon, sans aucun écho d’ailleurs. Même Marine Le Pen, présentée au début du roman comme seule alternative crédible à Ben Abbes, disparaît rapidement du récit, sans doute aspirée elle aussi par le grand élan de soumission qui saisit nos compatriotes tout à la recherche d’un bonheur pour soi, peu important le pour tous.

Une noire misanthropie donc, dont nul ou presque ne sort indemne. Les intellectuels rebelles, l’insurrection de l’esprit, les valeurs de la République, la France debout, qui se lève, qui résiste, qui combat ? Quelle blague, ricane amèrement Michel Houellebecq, à qui on peut sans doute reprocher de faire de sa laideur et de son désenchantement atrabilaire une généralité étendue à l’échelle de la nation tout entière. Ni appel du 18 juin, ni Général de Gaulle, ni Jean Moulin dans ce roman. Ni René Char ni Malraux. Tous obsédés, opportunistes et collabos en puissance, voilà pour ces messieurs. Toutes soumises et finalement pas si mécontentes de l’être, voilà pour ces dames et demoiselles. L’islam, dans ce déprimant apologue, fonctionne d’abord comme le révélateur des faiblesses, des lâchetés et des compromissions de l’âme humaine et plus encore de l’âme masculine. À l’exception de la belle et douce Myriam, mais que l’on perd de vue très vite dès son départ pour Tel-Aviv, le seul personnage qui se tienne un peu, dans cette désolante galerie de portraits, c’est finalement le président Ben Abbes (ce qui, pour un romancier « islamophobe », est tout de même un comble !).

Cette fable grinçante, qui nous tend le miroir de nos petitesses, met donc infiniment mal à l’aise, et on peut ne pas apprécier la Weltanschauung qui s’y exprime. Mais ne nous trompons pas de procès : ce que ressasse avec rage ce roman, plus que la haine de l’islam, plus encore que celle du genre humain, c’est une haine de soi que Michel Houellebecq, au fur et à mesure qu’il construit son œuvre, érige en système de pensée et en dispositif littéraire. À côté de lui, Céline, qui aime au moins les gosses, les bêtes et les danseuses, en paraîtrait presque bienveillant. Il est permis de déplorer, certes, cette détestation tous azimuts, cette extension à l'infini du domaine de la bile, mais cela ne fait pas de Houellebecq, loin du compte, un mauvais romancier.

Soumission, Michel Houellebecq, chez Flammarion, 21 €

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commentaires

kriktus 06/03/2015 21:13

je remets donc mon commentaire:
C’est la première analyse avec laquelle je suis le plus en accord. Certaines choses m'irritent cependant comme elles m'ont irrité dans les autres analyses.
Vous suivez le jugement du personnage en ce qui concerne le parti de fraternité musulmane et de son leader. Si un musulman peut considérer ce parti comme modéré, en aucun cas un occidental, ( celui qui partage les valeurs de la culture occidentale), qu'il soit catholique ou athée qu'il soit laïque ou non ne pourra considérer ce parti modéré. La première raison est cet adage que je considère comme l'un des fondements de la culture occidentale: l'homme propose, la femme dispose. Cette phrase implicitement pose le principe de l'égalité entre les sexes. Elle peut sembler ringarde mais c'est à partir de ce genre de petites phrases issues de l'amour courtois que les valeurs occidentales d’aujourd’hui déchristianisées égalitaires libertaires sont ce qu’elles sont.
Je ne sais pas si l'auteur pratique la taqiya , sa petite colère contre Malek Chebel semble me donner tort. Néanmoins je pense qu'il doit se gausser quand il voit tous les critiques suivre l'avis de son roman et ne pas combattre ce point de vue avec force car ça lui donne raison : le petit monde intellectuel et universitaire est finalement prêt pour la soumission et hélas les femmes aussi. Ce qu'en tant qu'homme et petit intellectuel des basse-fosses me désespère le plus. Espérons que le peuple, celui qui n'intellectualise pas les valeurs mais les assimile, ne se laissera pas embobiner et se dressera contre l’infâme.
Deuxième point : Boutin n'est pas ben Abbès. Cette volonté répétée de mettre dans le même panier islam "modéré" et catholicisme intégriste est non seulement spécieux mais dangereux. S'il peut avoir de nombreux points de convergence sur de petites choses, les points de divergence moins nombreux sont par contre bien plus profonds et bien plus importants.
Vous avez, à raison, pointé du doigt les conversions hypocrites et intéressée. Huysmans est un converti modéré certes mais néanmoins sincère. Á la conversion lyrique de Claudel, je préfère la conversion raisonnable et raisonné de Huysmans. (Je ne parlerai pas de Bloy que je ne connais pas et dont je n’ai rien lu. De Huysmans j’avoue n’avoir lu que quelques extraits) Je comprends que la prof de prépa puisse se délecter des belles envolées littéraires hermétiques élitistes et surtout se reconnaitre dans le modernisme volontaire, reconstructeur de la langue française au profit d’une vision politique. (La vieille chimère de l’écrivain, transformant améliorant le monde si chère aux profs de français). Claudel était peut-être un écrivain, un poète mais il était d’abord un diplomate, un politique qui mettait la langue au service des idées, de l’idéologie. Derrière la flamme aussi peut se cacher l’hypocrisie, le mensonge, des raisons plus politiques que spirituelles à sa conversion. Quant à l’abstinence, la vie dans le dénuement que vous exigez de Huysmans pour attester de la sincérité de sa conversion, elle n’est pas une obligation dans le christianisme, chacun se sauve sur ce qu’il peut dans l’attente du retour de Jésus : le salut chez les chrétiens n’est pas plus une affaire personnelle que collective. (Je ne suis pas chrétien ni athée et encore moins religieux, j’ai la foi mais je ne sais pas en quoi.)
François, l’anti-héros de Houellebecq tente bien comme Huysmans de trouver l’illumination pour se convertir à la religion chrétienne mais il n'est pas gagné par l'étincelle sacrée, l'amour a disparu sous les coups de boutoir du sexe et de l'alcool. Malgré ses vaines tentatives à résister et à s'indigner cet homme n'a plus aucune valeur, plus aucune vertu ; la foi, l'amour, l'espoir sont devenus pour lui des mots vides de sens. A vouloir la liberté il est devenu finalement qu’esclave du plaisir immédiat, de ses désirs. Cet homme n'est plus capable que d'égoïsme. Enfin presque. Il est incapable d’hypocrisie, il ne se la raconte pas, il sait ce qu’il est et ne se le cache pas.
Il a au moins cette qualité là cet homme : il n’est pas hypocrite, il ne se ment pas à lui-même.
L’islam a une vision messianique globale, le salut individuel compte beaucoup moins que le salut collectif. L’individu sera racheté par le salut collectif, par l’oumma, même si celui-ci est le plus vil d’entre tous. L’hypocrisie la conversion opportuniste ne pose aucun problème de conscience, elle est tout à fait acceptée dans l’islam, c’est pourquoi François cède aux avances de Rediger. François n’a pas besoin de céder à hypocrisie, l’islam le fait pour lui.
Pour réaliser le rêve musulman du salut collectif tout est bon, on achète les conversions et on interdit l’apostasie. « On rentre facilement en islam, on en sort difficilement. » Mis à part le courant ultra minoritaire du soufisme qui sert bien souvent de vitrine spirituelle, l’islam est par essence politique et je le dis tyrannique. C’est pourquoi les déviants ont inventé et pratiquent la taqiya.
Pour en revenir au roman, comme dans « le bourgeois gentilhomme » où Jourdain devient Mamamouchi et « le malade imaginaire » où Argan devient médecin, François dans « Soumission » devient musulman. Houellebecq comme Molière fait table rase de toutes les résistances les incohérences et de la crédibilité. C’est ce qui a fait la force des pièces de Molière, ses antihéros cède à ce qu’il critique à ce qu’il dénonce, ils deviennent les plus beaux fleurons de ses détestations. On se moque de Jourdain, d’Argan comme l’auteur veut qu’on méprise François. On peut s’attacher à Jourdain et Argan pas à François. On le hait même parce qu’il nous ressemble au moins toujours un petit peu.
Et si Houellebecq a évacué toute résistance à l’instauration de la charia, à l’obligation de la conversion pour être professeur dans sa fiction- et selon moi c’est dans cet oubli volontaire qu’est la force du bouquin- c’est pour mieux que nous la réalisions. Il peut soutenir mordicus que son parti inventé est modérée, qu’on peut s'entendre avec les musulmans, j’ai la conviction qu'il pratique une forme de taqiya, jouant avec la censure gauchiste de type maccarthyste pour mieux la contourner. Il ne veut pas comme dans tous les films d'action désamorcer la colère et la violence qui gronde en nous en proposant de les vivre par procuration. Non il veut qu’on prenne conscience de cette soumission déjà présente et qu’on s’y oppose. Il nous veut dans le combat.
J’en arrive donc à votre conclusion Houellebecq se déteste-t-il autant que vous le pensez ? Déteste-t-il autant la société dans laquelle nous vivons ? Ou est-ce nous-mêmes qui détestons la description caricaturale qu’il fait du monde d’aujourd’hui ? La volonté d’appliquer à l’auteur sa description n’est-elle pas l’ultime tentative désespérée pour ne pas voir et reconnaitre que notre monde s’écroule ? Refusons-nous la lucidité qu’à François sur lui pour nous-mêmes ?
En conclusion, la petite phrase sur Zemmour en début et le fait que vous tombiez dans le piège que Fraternité musulmane sot un parti modéré me fait penser que vous vomissez Zemmour pour mieux tomber dans les bras de Tariq Ramadan modèle de Ben Abbès. Ayant en grande partie partagé votre analyse j’espère grandement me tromper. Á devoir choisir entre Zemmour et Ramadan je choisirai personnellement Zemmour sans hésiter, j’espère encore que vous aussi.
Bien à vous.

kriktus 02/03/2015 23:41

je n'en reviens pas d'avoir été censuré

La Présidente 03/03/2015 23:29

Vous n'avez pas été censuré, j'ai fait une fausse manip ( sur un smartphone, c'est un peu compliqué). Vous pouvez remettre votre commentaire sans problème, cher Kriktus, et je vous prie d'acczpter mzs excuses désolées er confuses...

Quiestemont 27/02/2015 23:01

Des goûts et des couleurs... Soumission fait-il partie des "bons" Houellebecq ? Je ne dirais pas cela. Il ne faut en tout cas pas y voir une fiction "réaliste" et la Présidente a raison de le souligner. Misanthrope et misogyne à coup sûr. Ni islamophile ni islamophobe, ce n'est pas le propos, lequel est bien annoncé par le titre : la soumission, ou si l'on préfère la lâcheté des "élites" de notre pays (du peuple il n'est pas vraiment question) - ce qui,somme toute, est assez bien vu...
Une analyse du roman dans un sens voisin ici :
http://mondesfrancophones.com/espaces/langues/lecon-decriture-5-deux-romans-semblables-de-m-h/

leblogdelapresidente 02/03/2015 16:48

Merci pour ce lien !

Albert 27/02/2015 14:07

Qui est la Présidente? Pourquoi ne répond-elle pas aux commentaires?

leblogdelapresidente 02/03/2015 17:08

Quand la Présidente de RECONSTRUIRE L'ECOLE part s'occuper de sa vieille mère dans ses Basses-Alpes natales, et très précisément dans un coin montagneux où le wifi ne passe pas, il lui est difficile de répondre ! ;-)

Sudelin 27/02/2015 14:04

Superbe analyse. J'ai beaucoup aimé ce roman qui est d'un humour dévastateur. Espérons qu'il ne s'agisse que d'une œuvre de fiction!!!

bruno 27/02/2015 11:09

La haine de soi est la chose la plus partagée en France de nos jours.Notre société/civilisation ne peut espérer perdurer avec pour seul horizon la consommation et l'individualisme qui va avec.Ce n'est pas viable .Les identitaires veulent un retour dans le passé,c'est impossible.
Mais au moins ils proposent quelque chose.C'est pourquoi "l'hypothèse soumission "est la plus probable malheureusement.

Horti 21/02/2015 21:53

L'inverse de la soumission est la rébellion.
Mais pour aller au-delà de soumission et rébellion, il faut exercer son autorité, sa responsabilité. Ce qui est théoriquement à la portée de tous, soit dans la vie personnelle, soit dans la vie professionnelle ou citoyenne ou même religieuse. Or finalement nous nous replions de préférence dans le rôle de celui qui subit pour ne pas avoir à engager notre responsabilité. Est-ce là l'idée de Houellebecq ? (Où est le bec ?) Je ne sais, n'ayant pas lu l'ouvrage.

La Présidente 22/02/2015 09:23

C'est absolument cela : rien n'est plus angoissant que la liberté !

Sh 21/02/2015 11:39

Et l'on retrouve encore ce mot, "islamophobe", comme si le fait de critiquer l'islam était une maladie mentale. N'avez-vous pas conscience que ce mot a été inventé pour faire taire les mécréants ? Et vous participez vous aussi à sa très large diffusion, à la grande joie de tous les obscurantistes.

Zumbi 26/05/2015 11:21

L'islamophobie n'a absolument pas été inventée pour faire taire les mécréants : cette sottise intéressée lancée par les Fourest, Val et compagnie montre, outre leurs préjugés, leur ignorance des langues, dont la française, et de l'histoire des débats politiques en France :1) le terme islamophobie n'existe pas en persan alors qu'ils prétendent qu'il est une invention des mollah iraniens ; 2) ce sont des administrateurs-ethnologues de l'Algérie coloniale qui ont inventé ce terme, comme le montre de manière très circonstanciée l'article suivant http://islamophobie.hypotheses.org/193

Et pour ceux qui doutaient qu'elle soit devenue "l'expression d'un racisme acceptable", qu'ils méditent la sinistre sortie de l'ancien et peut-être futur président Sarkozy sur les "musulmans d'apparence"…

Sh 22/02/2015 12:33

J'ai très bien compris. Ce qui me dérange, c'est le seul emploi de ce mot, qui est une aberration étymologique, un sophisme à lui tout seul.

La Présidente 22/02/2015 09:23

Je crois que vous n'avez pas compris ce que j'ai écrit, puisque précisément ce que j'explique c'est que l'islamophobie n'est pas le sujet du roman, mais la haine de soi.