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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 11:50
CLISTHENUM  DONARE, ENSUITA PURGARE, POSTEA SAIGNARE

« Réforme du collège : vers la fin du latin et du grec » (les journaux)

« Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) vient d’adopter à une large majorité (51 pour, 25 contre, 1 abstention) la réforme du collège » (les journaux derechef)

Ayant (entre diverses pérégrinations médico-familiales) très momentanément retrouvé un accès internet autre que son minuscule androïd, la Présidente, animée d’une colère vigoureuse que donne la bêtise aux âmes vertueuses, met à profit cette opportunité pour proposer un petit point d’étape sur la réforme du collège, ses applications pratiques dans la vie de nos élèves et de vos enfants, et ses implications tout aussi concrètes sur le travail de nos infortunés collègues.

Hier soir (vendredi 10 avril, donc) le journal de France 2, décidément de plus en plus la voix de son maître, nous proposait, pour mieux nous "vendre" cette calamiteuse réforme, un reportage complaisant et pour tout dire nord-coréen tourné à Bordeaux (Clisthène, bien sûr, j'ai failli taper "Clystère" je me demande bien pourquoi).

Il s’agissait, dans le cadre d’une visite dans cet établissement-pilote qui a inspiré ladite réforme, de nous faire toucher du doigt les beautés et avantages de l’interdisciplinarité. Exemple proposé, entre géographie et langue vivante : dans le cadre d'un travail sur le développement durable, il est demandé aux élèves d'écrire un tract destiné aux floriculteurs kényans ... tract rédigé en espagnol (dont chacun sait, œuf corse, qu'il est la langue majoritairement parlée dans ce beau pays) !!!

Nooon, je n’exagère pas, ô nains de l’adhésion, lecteurs de peu de foi (et à 1mn 43’’ très précisément). Il faut le voir pour le croire :

http://www.francetvinfo.fr/societe/education/bordeaux-le-college-qui-a-inspire-la-reforme_873701.html?hc_location=ufi

Voilà ce qui s'appelle un enseignement tellement plus concret, tellement mieux tourné vers les réalités de notre temps ! De mauvais coucheurs pourraient faire remarquer que les enfants n’y sont pas plus connectés avec le réel qu’en version latine ou résolution d’équations du premier degré, mais il s’agirait naturellement d’esprits tordus sans réelle implication pédagogique digne de ce nom.

On ne sait ce qui laisse le plus pantois, de l’absence de sens critique des journalistes (dont aucun ne semble savoir que le Kénya est un pays anglophone), du ridicule dont se couvrent, devant la France entière ou du moins ce qui reste de sensé parmi les téléspectateurs, les deux malheureux collègues de Clisthène, -- ou de l’incommensurable BETISE qui sous-tend l’ « esprit » (les guillemets s’imposent) des promoteurs de cette expérimentation qui est donc amenée, puisque validée par le Conseil Supérieur de l’Education, à se généraliser. Ce grand n’importe quoi va se pérenniser, dans l’intérêt des élèves bien sûr, et avec la bénédiction des instances ad hoc.

Dans ce sens, ce reportage présente du moins le très vif intérêt de mettre en valeur le vide intersidéral de ce genre d’activité-sic, qui, ne l’oublions pas, se fera aux dépens des disciplines (ces pelées, ces galeuses dont vient tout le mal) : car on va réduire les horaires des matières fondamentales, sabrer dans les langues anciennes, l’allemand, l’italien, le français, les mathématiques, supprimer les classes bilangues… et tout ça pour ça !

Là encore, je n’exagère pas, comme le montre cet exemple d'emploi du temps post-réforme présenté au CSE ces derniers jours : pbs.twimg.com/media/CCNljfEUIAA24kG.jpg

Nous n’avons donc pas encore touché le fond : faisons allègrement (in memoriam) un grand pas en avant, qui nous permettra à court terme de postuler au titre des plus beaux fabricants d’abrutis de la planète bleue.

Mais foin de vaines polémiques : allons allons, tentons d’être constructifs. Ne concluons pas trop hâtivement que la seule chose que les collégiens de Clisthène auront retenue à moyen terme de ce beau travail d’interdisciplinarité, c’est que l’on parle espagnol au Keña, pardon au Kenya. Positivons : comme tout bon pédagogue, nous savons que l’erreur, même celle de l’enseignant, fait sens, et que, comme tout est en tout et réciproquement (« Clisthenum donare », vous dis-je…) elle peut être porteuse de vérité. La Présidente a donc réuni en hâte une équipe pédagogique de choc (1) afin de réfléchir collectivement et de manière interactive sur les moyens de prolonger efficacement ces premiers pas un peu hésitants de la réforme interdisciplinaire.

Il nous est donc paru essentiel (pour combler d'aise le SGEN-CFDT, l'UNSA et Madame Vallaud-Belkacem, que nous saluons bien bas ainsi que nos collègues d’ « Education et devenir », on ne sait jamais) d’impulser, dans le cadre de la citoyenneté, du vivre-ensemble et de la solidarité avec les PVD, un club UNESCO dont l’objectif sera de vendre des gâteaux lors des récréations -- afin de collecter de quoi acheter une palette de dictionnaires espagnol-anglais à destination des floriculteurs kényans.

Lesdites pâtisseries, dont le choix des recettes sera l’occasion d’un vote démocratique pendant l’heure de vie de classe, avec rappel des principes de la démocratie à travers les âges (recherche internet sous la direction de l’enseignant d’ECJS) feront naturellement l’objet d’un travail transversal avec les professeurs de technologie (pour la cuisine), de biologie et de mathématiques, sans oublier l’infirmière scolaire (calculer le pourcentage de cholestérol dans la charlotte au chocolat). Les résultats seront finalisés dans un tract sur le chocolat que l’on fera écrire en russe (car Moscou a de grandes usines de chocolat) par les élèves de 5eme pour leurs correspondants espagnols ; quant au corps de ceux qui auront boulotté les gâteaux au lieu de les vendre, il pourra servir de matériel d'expériences pour les élèves d'Italien et de mathématiques sur les méfaits d'une alimentation déséquilibrée et les dangers des régimes dissociés. Pourquoi italien et maths, mystère, mais à partir du moment où l’on peut écrire en espagnol à destination des Kényans, au nom de quoi se l’interdirait-on ?

Signalons enfin aux âmes sensibles que les dictionnaires espagnol-anglais seront imprimés sur un papier issu de forêts amazoniennes écoresponsables grâce au tract en tchèque réalisé par les élèves de 6eme du collège Chantal Goya de Sainte-Scholastique-la-Chapelle, avec le concours du professeur de grec - bah ouais, faudra bien qu'il serve à quelque chose, cestuy-là – et de la professeur de musique… élèves de 6eme avec qui nos louveteaux entretiendront, grâce à Tweeter, une correspondance scolaire d’un très haut niveau philosophique. On calculera enfin (maths + SVT, avec emploi des calculettes programmables) le bilan-carbone du transport des dictionnaires, afin de déterminer si le dico-bateau est plus ou moins gourmand en CO2 que le dico-avion.

Bref, voici venir le temps du grotesque et de l’inconsistant : il est ahurissant que le CSE, qui semblait a priori composé de gens un peu sérieux, ait pu avaliser un tel dékhonnage dont, je le répète, le reportage de F2 donne, dans ce sens, le parfait échantillon de ce qui nous (élèves et professeurs) attend.

Nous serons tous clisthénisés, et nous l’aurons… j’arrête avant de devenir grossière, sur ce coup-là.

Non seulement Mme Vallaud-Belkacem restera dans l’histoire comme la personne qui a donné le coup de grâce aux langues anciennes, mais encore elle portera la responsabilité (pour avoir institutionnalisé ce bricolage approximatif en lieu et place d’apprentissages construits, progressifs et méthodiques), des générations de nigauds, d’ignorants et de ras-du-bulbe qui ne manqueront pas d’éclore après quelques années de ce régime à 0% de matière grise.

Ce que la Ministre ne comprend manifestement pas, c’est que le jour où ces enfants gâchés se révolteront, ce sera entre autres contre elle, son parti, et les valeurs de gauche dévoyées dont ils osent sans vergogne se réclamer. Est-ce un hasard si les électeurs du FN se retrouvent parmi les catégories les moins instruites de la population en général et des jeunes en particulier ? Vous en agitez la menace, monsieur le Premier Ministre, madame Vallaud-Belkacem, vous prétendez lutter contre, mais c’est vous qui les fabriquez, et en batterie.

  1. Merci à Catherine et aux deux Elisabeth

Me trouvant à nouveau sans ordi ni autre accès internet que mon petit androïd, je suis temporairement dans l'impossibilité de répondre aux commentaires et vous prie de bien vouloir m'en excuser. A bientôt je l'espère !

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Published by leblogdelapresidente
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commentaires

Vinagre 11/04/2015 20:45

Que vais-je dire à mes élèves de 6° qui attendent avec impatience que je leur présente l'option latin pour pouvoir faire le choix, j'ai bien dit le choix de suivre ou non cette option au collège ? Je vais leur dire qu'ils sont punis, privés de dessert ou, plus exactement, de repas un peu plus appétissant que la purée-jambon blanc qu'on va leur servir quotidiennement. Personnellement, je déteste le bricolage et je ne saurais me résoudre à bricoler des cours sous prétexte de faire de l'interdisciplinarité. Pauperes discipuli ! Nous n'allons quand même pas être obligés de voter pour Marine pour que l'enseignement des langues anciennes soit rétabli au collège ! VALETE

Hervé 11/04/2015 16:27

Clysterium ! Scrogneugneu :)

Virginie 11/04/2015 16:10

Les parents dont les enfants manifestent un encéphalogramme non plat et qui en ont les moyens matériels et financiers mettront lesdits enfants dans des écoles privées où l'on apprend encore quelque chose ou les garderont chez eux. Bien entendu, il ne faut plus voter pour cette gauche-là, mais on s'en doutait depuis 1989.

Pierre-Henri 15/04/2015 10:15

Le public entraine le privé sous contrat dans son interminable chute surtout à cause du recrutement : petits salaires, concours ineptes, candidats d'un niveau trop faible, droit de veto des inspections qui éliminent les candidats antipédagos.

Les bons établissements sous contrat n'auront bientôt plus d'autre solution que de devenir 100 % privés pour survivre, ce qui les forcera à se limiter aux familles les plus riches.

leblogdelapresidente 12/04/2015 08:26

Le privé sous contrat appliquera la réforme, comme la loi l'y oblige. Sans doute est-ce le hors-contrat qui va tirer son épingle du jeu, mais à quel prix pour les familles ! Vous avez dit "école à deux vitesses" ?