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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 16:04
Demain 19 mai : juste un début pour un vrai débat !

Demain mardi 19 mai, les professeurs, à l’appel de leurs syndicats représentatifs, seront en grève contre la réforme du collège telle que la propose ou plutôt l’impose madame Vallaud-Belkacem, soutenue dans ce funeste projet par messieurs Valls et Hollande, qui semblent avoir l’intention d’en faire un test (de quoi, je me le demande…) en se posant, jugulaire au menton et accent martial oblige, comme des modèles de courage politique et de transgression des tabous. De la part d’un gouvernement qui a capitulé (je cite dans le désordre et j’en passe) devant les Bonnets rouges, Angela Merkel, les agriculteurs productivistes, diverses multinationales, le lobby autoroutier, les diktats de Bruxelles, etc., il y aurait presque de quoi rire, et bruyamment. Mais nous devrions savoir, depuis la réforme Peillon des rythmes scolaires, qu’il y a une catégorie devant laquelle un gouvernement socialiste ne recule jamais : les enseignants, considérés envers et contre tout comme un électorat « naturel », malgré la défaite de Lionel Jospin victime de son gourou Allègre. Mais ces gens-là n’ont pas de mémoire…

Gageons que les pourcentages officiels seront ridiculement bas, et que demain soir la ministre, dont la comm’ ne recule devant aucune contrevérité, se félicitera sur toutes les ondes de la « sagesse », du bon sens et de la modération des professeurs de base, qui auront su résister à l’opération de désinformation menée conjointement par des élitistes conservateurs et d’infâmes immobilistes corporatistes jalousement attachés à leurs privilèges et insoucieux de l’intérêt des apprenants  patati patata patin couffin. 

Le tout résumé dans Le Monde par le cher Gorce, qui n'en rate jamais une (qu'on se souvienne de ses pingouins grecs de sinistre mémoire)

Demain 19 mai : juste un début pour un vrai débat !

C’est bien pourquoi ce mouvement doit être massivement suivi, si massivement qu’il ne sera plus possible, ni pour le ministère ni pour les médias aux ordres, de minimiser la colère des collègues, ni de la réduire à une extrême-droitisation d’esprits irresponsables, au bord de la crise de nerfs, et/ou trop prompts à s’affoler pour pas grand-chose.

Dans un premier temps, la comm' ministérielle s’est voulue ludique, « pédagogique » comme on dit (comprendre, instruire en amusant), par le biais de petits dessins nunuches(1)…

Demain 19 mai : juste un début pour un vrai débat !

… et d’animations (2) à la portée de caniches mentalement déficients, si j’ose m’exprimer ainsi. Puis le ton s’est durci, avec l’inénarrable sortie sur les « pseudo-zintellectuels », où NVB s’est proprement tiré une balle dans le pied.

Nous en sommes à présent à la phase III./ de la manœuvre, la dramatisation. Tremblez, mortels : cette opposition à la réforme, c’est tout bonnement le fascisme à nos portes, du moins tel que nous le « vend » le staff des communicants maison.

Passons rapidement sur la subtilité de la manœuvre, qui me rappelle ce que mon défunt père, grand amateur de rugby devant l’Eternel, appelait « une feinte de balayeur » : en clair, un story-telling mis en place avec une finesse si kolossale que ses instigateurs finissent par y croire eux-mêmes : une jolie jeune femme aux yeux de gazelle et au sourire craquant, pas sotte, d’origine marocaine, est mise en avant pour porter une réforme (3) touchant un sujet plus que sensible, le collège, dont chacun reconnaît l’échec. Tout opposant sera automatiquement traité de raciste, de sexiste, de réac faisant le jeu des fafs, et passez muscade. Peu importe que le SNES, la CGT et Sud-Educ, pas spécialement droitiers, désapprouvent sans ambigüité les modalités de la réforme, peu importe que le PCF, le PG, LO (4) et j’en oublie, la condamnent, tout ceci n’est que l’écume des choses : la terrible vérité, si l’on en croit les éléments de langage du ministère et de la ministre elle-même, c’est que, comme l’observe un extrémiste bien connu, le médiéviste Michel Zink (5), « il apparaît de plus en plus que madame la ministre et ceux qui embrassent sa cause avec le plus de zèle sont persuadés que les adversaires de la réforme du collège sont tous de mauvaise foi. Il semble aussi que madame la ministre divise l'opinion en deux catégories : ses partisans et l'extrême droite. Elle n'en connaît point d'autres. »

Fichaises, et je suis polie.

Soyons clairs et remontons à la source des problèmes, avec le « socle commun de compétences » voté en 2005 sous l'UMP (loi Fillon), censé garantir à tous les élèves, par contrat entre l'Etat et les familles, un niveau minimum de formation. De mauvais esprits, comme par exemple le Collectif Sauver Les Lettres (déjà de pseudo-zintellectuels, faut croire) en soulignèrent d’emblée le danger (6). Dix ans plus tard, ce texte résonne de manière prémonitoire, mais n’épiloguons pas : amère satisfaction que celle de Cassandre…

Le problème du socle, c'est que pour être « commun », le niveau de formation doit être le plus bas possible, sinon, en bonne logique, il n'est plus « commun ». Son contenu est donc, de fait, proche du zéro, comme le rappellent utilement les dernières statistiques relatives à l’effondrement du niveau des collégiens en mathématiques. (7)

Le résultat de l'instauration du « socle commun », sous couleur de mettre les familles en confiance, a été de vider l'enseignement au collège de toute substance cohérente, et ce n’est pas fini.

1. Les enseignements disciplinaires sont donc voués à la disparition progressive (aujourd’hui le latin, le grec et l'allemand, demain l'histoire, le français...), et à leur remplacement par des activités pluridisciplinaires cafouilleuses au cours desquelles on évaluera des « compétences » définies de manière plus ou moins discutable.

2. Les notes seront remplacées par des évaluations de compétences.

3. Le BNC (brevet national des collèges) est appelé à disparaître, remplacé à terme par le livret de compétences.

En somme, NVB ne fait rien d'autre que de continuer à mettre progressivement en œuvre le socle commun, comme tous ses prédécesseurs, MM. Fillon, Chatel, Peillon, Hamon. Inutile donc de la diaboliser puisqu'elle ne fait que son travail. Rien ne sert non plus de crier à la trahison contre les socialistes, puisque la mise en œuvre du socle est la mission conjointe que se sont donnée, en parfaite complicité, l'UMP et le PS.

Une contre-attaque efficace consisterait peut-être à obtenir l'abrogation du « socle commun » et donc respectivement des lois Fillon (qui l'a mis en place), et Peillon (qui l'a conforté).

Mais ce travail exigerait de monter un dossier juridique et législatif titanesque puisque en dix ans tout le Code de l'Education a été modifié en fonction de la loi Fillon. Il faudrait mettre sur le coup une armée de juristes dirigés par quelqu'un qui aurait une parfaite connaissance et une longue habitude des textes officiels. Quel est (quels sont) le(s) syndicat(s) qui pourrai(en)t aujourd’hui engager ce combat juridique de longue haleine ?

Et pourquoi pas un référendum national d'initiative partagée (8) ? Serait-il envisageable de trouver 20 % de parlementaires (185 députés et/ou sénateurs) qui, sans se contenter de protestations vertueuses, plus ou moins crédibles, (souvent ridicules, et tout à fait intéressées, dans le cas de l’UMP), seraient prêts à s’engager dans cette démarche ? ALORS, CHICHE ??? Avec contre lui la menace de cinq ou six millions de OUI (9), le gouvernement pourrait-il ne pas reculer ?

Soyons imaginatifs, soyons offensifs, faisons flèche de tout bois. La stratégie d’extrême-droitisation de l’adversaire n’est pas crédible et ce chiffon rose ne convainc que les déjà convaincus. Les partisans de la réforme, qu’il s’agisse de groupuscules syndicaux béni-oui-oui ou de la direction de la FCPE, déjà contestée en interne (10), ne représentent qu’une minorité des enseignants et des parents. Une journée de grève, même fort bien suivie, ne suffira pas pour ouvrir les yeux des Olympiens qui nous gouvernent ni pour les sortir d’une obstination pathologique -- que je n’ose pas qualifier d’autisme de peur d’offenser les personnes qui souffrent de cette maladie.

Cette fois-ci ne lâchons rien : si cette réforme passe, c’en sera fini non seulement du collège, mais de ce qui reste encore d’aplomb dans notre système scolaire, du primaire au lycée (donc à l’Université).

Donner le meilleur à tous, en finir avec les inégalités scolaires, bien sûr, certainement, cent mille fois oui, mais pas comme ça, pas à la hussarde, pas contre les personnels, les familles et les jeunes. Si madame Vallaud-Belkacem est vraiment de bonne foi quand elle parle de l’intérêt des enfants et des adolescents, qu’elle cesse de se/nous raconter des histoires, redescende de son piédestal de martyre du fascisme, cesse de calomnier ses adversaires, revienne sur sa réforme, et ouvre au plus vite, sans exclusive, des négociations avec tous les syndicats. La cause des élèves est trop importante pour être noyée dans des éléments de langage aberrants et une phraséologie ridicule qui fait perdre de vue l'essentiel : comment le collège doit redevenir le lieu d'où tout élève puisse sortir instruit.

(1) Le compte Twitter du gouvernement est tout ravi de faire la promotion de sa réforme avec ce joli dessin de Louison, -- qui a travaillé sur commande, ne l’insultons pas….

(2) http://www.gouvernement.fr/lettre-aux-familles-nobles-des-7-royaumes

(3) Opération déjà tentée au moment de la loi sur le mariage pour tous ; mais ce n’est pas médire de Najat Vallaud-Belkacem que de remarquer que Christiane Taubira, c’est une autre pointure, une autre hauteur de vues et une autre culture…

(4) Cf. http://www.lutte-ouvriere-journal.org/2015/05/12/reforme-du-college-degradation-en-perspective_37107.html , http://www.humanite.fr/la-reforme-du-college-ne-reduira-pas-les-inegalites, www.lepartidegauche.fr/actualites/actualite/soutien-la-greve-pourquoi-une-greve-le-19-mai-contre-la-reforme-des-colleges-32299 et http://www.jean-luc-melenchon.fr/2015/05/15/la-fin-du-college-unique/

(5) http://www.lepoint.fr/societe/reforme-du-college-michel-zink-decouvre-le-ministere-de-l-education-nationale-13-05-2015-1928279_23.php#xtor=CS2-238

(6) http://www.sauv.net/socle.php

(7) http://www.lemonde.fr/education/article/2015/05/17/mathematiques-le-niveau-des-collegiens-francais-a-recule_4634823_1473685.html

(8) L’article 11 de la Constitution indique qu’« un référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa peut être organisé à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales ». L’initiative appartient aux parlementaires, le soutien de simples électeurs n’étant qu’une condition supplémentaire à cette initiative Ce mécanisme peut être mis en œuvre depuis le 1er janvier 2015, date de l’entrée en vigueur de la loi organique n° 2013-1114 du 6 décembre 2013. Voir la suite sur Wikipédia…

(9) Un sondage n’est qu’un sondage, mais tout de même, c’est une photo de l’opinion à l’instant T… http://www.lejdd.fr/Societe/Education/La-majorite-des-Francais-contre-la-reforme-du-college-732506

(10) http://fcpe55.legtux.org/la-reforme-des-colleges/

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Published by leblogdelapresidente
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commentaires

Jean 19/05/2015 01:18

Magnifiquement dit!
J'ai partagé autant que faire se pouvait.
Reste à mettre en oeuvre le référendum...
Précision inquiétante : aucune des associations de défense des langues anciennes, je dis bien "aucune" , ne fait le lien entre la disparition du latin et du grec et la montée en puissance du "socle commun"! On s'y satisfait de gémir et de supplier ! Lamentations analogues et tout aussi déconnectées du côté des pseudo-zintellectuels !

Retraitée 18/05/2015 19:00

Bravo, Françoise, c'est clair et percutant ! Je partage ! L'ignoble représentant de l'UNSA vient de déclarer sur BFM que la grève sera peu suivie (c'est le comble, un syndicaliste qui se réjouit de l'échec des grèves que font les autres syndicats ), il faut lui prouver le contraire !