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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 18:29

Ou : toutes les raisons d’être à Paris (RER Port-Royal), le 10 octobre à 13 h 30 !

À LA SAINT GHISLAIN, BATTONS LE PAVÉ PARISIEN !

Les grands médias, à quelques exceptions près, et l’audiovisuel public en particulier ayant décidé (ou y ayant été gentiment incités) de ne piper mot de la manifestation nationale du 10 octobre prochain contre la réforme du collège, je ne vais pas vous faire l’offense de vous rappeler l’importance de ce rendez-vous qui va marquer une étape décisive dans la mobilisation.

Je me contenterai de revenir sur quelques points gravissimes, qui devraient décider les hésitants, s’il y en a encore, à se jeter illico et toutes affaires cessantes sur leur auto ou leur billet de TGV, qu’ils soient enseignants, parents d’élèves ou simple défenseurs de la culture et des humanités.

À LA SAINT GHISLAIN, BATTONS LE PAVÉ PARISIEN !

OUI, ô vous qui hésitez, contrairement à ce qu’a répété la ministre, cette réforme marque la fin de l’enseignement du latin et du grec au collège. Non solum les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) en langues anciennes ne seront pas forcément mis en place dans tous les établissements, non solum le latin ne sera pas nécessairement proposé en enseignement de complément dans tous les établissements (ce qui, entre parenthèses, constitue une rupture scandaleuse de l’égalité républicaine sur l’ensemble du territoire), sed etiam les principaux de collège ont décidé, en s'appuyant sur la lettre ministérielle ou plutôt en s’asseyant dessus (pour reprendre l’expression du jus pédagol, très saignant sur ce coup-là) de revenir à la baisse sur l'organisation de ces EPI. Ladite circulaire précisant que l'EPI « Langues et cultures de l'Antiquité » peut être suivi en 5ème, 4ème et 3ème, « il y aura un seul EPI de langues anciennes de 5ème mais pour tous les élèves » (1), annonce le SNPDEN, syndicat des chefs d’établissement -- affilié à l’UNSA, on s’en doutait un peu. Voilà ce qu’on appelle démocratiser le latin, sans aucun doute, et créer les conditions favorables à l’éclosion d’un véritable vivier de latinistes dans les années à venir…

Par chance (enfin, façon de parler), Florence Robine, directrice de la DGESCO (2), n’a pas de ces pudeurs. Dans ce verbatim relevé par des collègues du SNES infiltrés dans une réunion destinée aux « perdirs » (chefs d’établissement) de Rouen (3), on appréciera tout particulièrement ce qui est dit du latin : « Ça m'arrangerait de ne pas parler du latin … À l'heure actuelle, il va mourir tout seul », explique-t-elle tout crûment – surtout si on lui tient bien la tète sous l’eau – au latin, pas à cette brave dame, naturellement. Manque de bol, on va en parler, du latin, et pas seulement de lui.

OUI, ô vous qui croyez encore à ce que raconte la ministre, contrairement à ce qu’elle a répété et au numéro éhonté qu’elle a joué en Lorraine (4) pour faire semblant de promouvoir l’allemand, cet enseignement se trouve de plus en plus compromis – et la promesse de l’introduire dès le primaire n’est rien d’autre qu’un mensonge de plus dans une liste aussi pinochienne que cléopatrale.

À LA SAINT GHISLAIN, BATTONS LE PAVÉ PARISIEN !

Si l’allemand va connaître une progression aussi fulgurante, pourquoi les stagiaires d'allemand de Créteil ont-ils reçu la consigne orale de passer une habilitation dans une autre matière (5), ce qui fait montre d’un singulier respect et pour les germanistes et pour les qualifications ? Toujours à Créteil, certaines inspections du premier degré, sollicitées pour autoriser l'ouverture de l'allemand en CP ou CE1, ont répondu que, la réforme du collège ne leur permettant pas de s'engager sur la pérennité de l'allemand dans les collèges de secteur, et les classes bilangue anglais-allemand en 6ème étant appelées à disparaître dès septembre 2016, il leur était impossible d'initier l'enseignement de l'allemand en CP ou CE1 à la rentrée 2015, et plus encore de l'initier à la rentrée 2016, le principe de continuité de l'enseignement étant un impératif.

Bref, l’allemand sera bien, lui aussi, au centre du cortège parisien samedi prochain (6)

Quant aux langues vivantes en général, on peut se demander en quoi l’introduction de la LV2 dès la cinquième, à raison de 2 h 30 par semaine, va améliorer quoi que ce soit pour les élèves en difficulté, c'est-à-dire ceux qui ont déjà du mal en français et en LV1 !

Autre point qu’il faut encore et encore rappeler tant la Propagandastaffel se déchaîne, ô lecteurs de peu de foi, ô nains de l’adhésion,: les matières fondamentales vont perdre des heures de cours pour laisser se mettre en place les fameux EPI dont on a déjà vu ici même (7) à quel point ils sont… nous dirons « bidon » pour rester polis. Par exemple, un élève de 6eme bénéficie aujourd'hui de 5 heures de français. En 2016, il en aura 4h30, qui ne consisteront pas seulement en des cours « classiques » ; en effet, sur ces heures, les professeurs devront obligatoirement travailler en EPIpeau (dont l’efficacité peut être mise en doute, au vu des grotesques expérimentations hispano-kényanes sur lesquelles nous aurons la délicatesse de glisser mortels sans appuyer) et faire de l’accompagnement personnalisé (AP ) en méthodologie, alors qu’aujourd'hui, l’AP se fait en plus des heures de cours et non à la place.

Reprenons l'exemple du français, pour ceux qui doutent encore ou n’auraient pas bien suivi. Aujourd'hui, le jeune Kevin Dugenou a en 6ème 5h de cours et, en plus, de l'AP. Dès la rentrée 2016, son petit frère Brandon aura 4h30 de français en 6ème, dont une demi-heure pourra être utilisée pour un EPI avec de l’histoire ou autre, et une heure pour l'Accompagnement Personnalisé. Il lui restera donc 3h de cours proprement dits.

J’aurai même la cruauté de renvoyer aux tableaux statistiques publiés sur le site du Collectif Sauver Les Lettres SLL (8), qui vous montrent à quel point, depuis des années, l’institution a renoncé à enseigner le français, si cela peut vous décider, vous qui vous tâtez encore, à monter à Paris samedi

Si l’on ajoute à cela des programmes désolants (9) sur lesquels on reviendra dans un prochain billet, on peut vraiment douter de la volonté ministérielle et gouvernementale de faire véritablement progresser les élèves et d’amener Kevin, Brandon et les autres au maximum de leurs possibilités.

Bref, comme dit Le Canard enchaîné, ce sont des paroles verbales…

Dernière remarque, car il faut bien se limiter : « La nouvelle organisation du collège entre en vigueur, pour tous les niveaux d'enseignement, à compter de la rentrée scolaire 2016 » (10), ce qui rend quasiment irréversible la mise en place de cette usine à gaz.

À LA SAINT GHISLAIN, BATTONS LE PAVÉ PARISIEN !

Naturellement, comme tout ceci est fait dans la précipitation depuis le passage en force du printemps dernier, et que bien des enseignants renâclent (11) à mettre et faire mettre en application ce qui semble à la majorité de la profession une réforme délétère, l’autoritarisme et le caporalisme, les deux mamelles de l’Éducation Nationale à la sauce socialiste, reviennent (12) comme au bon vieux temps du regrettable Allègre !

Bref, le ministère perd son sang-froid, les recteurs paniquent, et le flic qui sommeille en tout socialopédago se réveille dans son insondable et flaubertienne bêtise. Et c’est ainsi qu’on apprend par la très sérieuse AEF que « l’académie de Toulouse met en place un outil de pré-repérage pour détecter les établissements dans lesquels la formation prévue dans le cadre de la réforme du collège s’annonce 'complexe', explique Dominique Maillard, IA-IPR d’EPS, chargé dans le cadre de la réforme du collège, d’une mission de 'conseil, formation et assistance au pilotage pédagogique', par Hélène Bernard, Rectrice de Toulouse (…) Deux questions sont posées aux chefs d’établissement : quelle est la répartition de la typologie des acteurs au sein du conseil pédagogique ? Chez les enseignants ? Font-ils partie du groupe des 'opposants, rebelles, hostiles, irréductibles', du groupe des 'attentistes, passifs indifférents, indécis' ou du groupe des 'progressistes, proactifs, convaincus, avocats ou relais' ? »

NVB ou NKVD ? Jules Moch, sors de ce corps !

À LA SAINT GHISLAIN, BATTONS LE PAVÉ PARISIEN !

Comment tout ceci va-t-il se terminer ? Pour le moment, les professeurs, sans doute parce qu’ils ont un surmoi particulièrement développé, en sont à retourner la violence contre eux-mêmes, comme le montrent les grèves de la faim qui se multiplient des derniers mois, dans l’indifférence totale des autorités (13).

En arriverons-nous à des débordements violents tels qu’on a pu les voir ces derniers jours à Air France ?

L’histoire retiendra-t-elle qu’une toute petite personne, un joli produit marketing qui est au PS ce que fut Rachida Dati à l’UMP, aura pu d’un trait de plume donner le coup fatal à un système scolaire déjà bien esquinté par ses prédécesseurs toutes tendances confondues ?

Est-il encore temps de mettre un coup d’arrêt à cette calamiteuse réforme et de contraindre la ministre à négocier avec les organisations syndicales représentatives et majoritaires ?

À LA SAINT GHISLAIN, BATTONS LE PAVÉ PARISIEN !

Un autre collège est possible et souhaitable -- mais pas celui que nous propose, le sourire figé, Mme Vallaud-Belkacem. Alors, n’hésitons plus, bougeons, et soyons nombreux samedi à défiler pour lui montrer, ainsi qu’au Premier Ministre et au Président, que nous ne laisserons pas détruire ce qui demeure du collège, et que, quelle que soit l’issue de la bataille, nous vendrons chèrement ce qui nous reste de peau. La cause que l’on défend vaut moins que l’honneur qu’on met à le faire, dit-on. Et notre cause, celle de l’instruction, des humanités, de l’humain, est noble, belle et bonne. Kalè kagathè !

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Published by leblogdelapresidente
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Jean67 12/10/2015 09:02

La "grande manifestation nationale" est un échec. Si nos collègues ne se sont pas mobilisés, si la réforme ne les inquiète pas, c'est qu'il y a quelque chose dans les appels des syndicats à manifester qui n'était pas au point. Quant on prétend combattre une réforme et qu'on oublie de dénoncer la disposition sur laquelle elle repose toute entière, le "socle commun" qui, par toutes ses conséquences, anéantit notre métier, il ne faut pas s'étonner que les enseignants qui n'ont pas le temps de s'informer par eux-mêmes ne comprennent pas pourquoi ils devraient s'alarmer.

leblogdelapresidente 16/10/2015 15:39

Je suis précisément en train d'écrire quelque chose sur cette vaste et importante question -- ou comment un terme aussi intéressant que "socle commun", connotant à la fois la solidité d'un socle (+ le fait qu'on peut y construire par-dessus) et le partage généreux de la communauté, s'est révélé une imposture majuscule !

Jean 67 09/10/2015 14:06

C'est vrai : la presse aux ordres ne dit pas un traître mot de la manifestation de samedi. C'est bien la preuve que cette réforme n'est pas au service des citoyens, car si c'était le cas elle aurait donné lieu à un large débat public. De toute façon, imposer comme unique objectif de la scolarité obligatoire pour TOUS les élèves l'acquisition d'un "socle commun de connaissances, de compétences et de culture" qui sera nécessairement du plus bas niveau possible pour être "commun", donc validé pour Tous les élèves quelles que soient leurs capacités, c'est tout à fait étrange et c'est bien pour cela que le débat public a été soigneusement évité !

leblogdelapresidente 16/10/2015 15:42

Le "socle commun" n'a pas été assez analysé dans tous ses dangers ; beaucoup de syndicats et d'associations se sont contentés de dénoncer les "compétences", terme venu de l'entreprise avec toutes les dérives que cela peut comporter, sans aller plus loin.

Arlette 08/10/2015 10:32

Bravo, Françoise, j'étais sûre que vous publieriez un billet ! À samedi !

Presidente 08/10/2015 18:30

Nickel, à samedi !

Theatre 07/10/2015 23:50

Extrêmement intéressant ! Mais attention à corriger une erreur qui fait perdre un peu de crédibilité : il n'y a pas d'EPI prévu en 6ème, seulement au cycle 4.

Presidente 08/10/2015 18:29

Oups, y'a keksauge que j'ai pô bien compris ! Je retourne lire les textes zofficiels et je corrige de ce pas !

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