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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 17:46
Anaphores

 

 

 

 

 

Sarkozy, c’est fini : une défaite amplement méritée, et vécue par tous ceux qui y ont un tant soit peu contribué, ne serait-ce que par leur vote, comme un véritable soulagement.  

 

A l’occasion du débat qui opposa voici quelques jours les deux finalistes, la gent journalistique découvrit, émerveillée ébahie ravie, l’existence de l’ANAPHORE http://www.rue89.com/rue89-presidentielle/2012/05/03/moi-president-de-la-republique-letrange-anaphore-de-hollande-231816, stupéfaction indiquant bien, soit dit en passant, que le niveau ne monte pas plus à l’ISFJ que chez le lycéen lambda…

 

La présidente de Reconstruire l’Ecole, n’écoutant que sa présomption et conjoncturellement revigorée par la victoire du candidat socialiste, n’hésitera donc pas une seule seconde avant de se lancer elle aussi dans le jeu de l’anaphore.

 

Si François Hollande, Président de la République, ne restitue pas à l‘Education nationale, comme il s’y est engagé, les postes dont elle a besoin, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, ne revient pas, comme il s’y est engagé, sur le décret n° 2012-702 du 7 mai 2012 confiant aux chefs d’établissement l’évaluation des enseignants, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, ne redonne pas leur valeur aux concours du CAPES – et d’abord en supprimant la honteuse épreuve de servilité dite « agir en fonctionnaire de l’Etat » --, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, ne rétablit pas l’année de stage des néo-titulaires, il nous trouvera résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, sous prétexte de réimpulser la recherche en pédagogie, se contente de ressusciter le fonctionnement monocolore des IUFM en y consacrant l’hégémonie du constructivisme et des pseudo-sciences de l’éducation, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, ne revient pas sur la scandaleuse réforme de la licence, qui a fait de l’examen un parchemin sans valeur ni contenu, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, n’abroge pas la LRU et le décret n° 2009-460 du 23 avril 2009 réformant le statut des enseignants-chercheurs, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, n’entreprend pas de limiter les effets délétères de la mastérisation, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, ne rétablit pas le caractère national du « mouvement » (pour les non-initiés, des affectations et mutations), il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, sous couvert de favoriser l’expérimentation dans les établissements et d’assouplir leur fonctionnement, renonce aux examens, concours et programmes nationaux, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, n’abroge pas la désastreuse réforme Descoings, qui a fait du lycée une usine à gaz, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, porte atteinte, sous prétexte d’ouverture sociale, aux CPGE, (seules niches préservées dans le post-bac avec les BTS et les IUT), il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, n'organise pas un débat pluraliste sur les programmes, tout d’abord ceux du primaire, et ne rappelle pas fermement l’impérieuse nécessité, pour tous les enfants qui n’ont que l’Ecole pour apprendre, de savoir lire, écrire, compter et calculer, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, n’envisage pas de revenir sur le « socle commun », ce smic culturel qui méprise l’intelligence des élèves, et d’abolir les « livrets de compétence » à remplir cette année pour la première fois de manière nationale en troisième, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, ne reconnaît pas l’importance d’une revalorisation des séries littéraires, tout particulièrement pour ce qui concerne les langues anciennes, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, entreprend en quelque manière de toucher aux statuts des enseignants, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, envisage, au nom d’une hypothétique pacification scolaire, de faire la moindre fleur à l’enseignement privé, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, ne revient pas sur les accords de Latran en rétablissant le monopole de la collation des grades, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, ne revient pas sur les avantages fiscaux dont bénéficient les structures (privées) de soutien scolaire ou les officines comme la « Fondation pour l’Ecole », il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, ne donne pas aux enseignants les moyens de faire leur travail sans être harcelés par leur hiérarchie et/ou les parents d’élèves, dont la marge d’intervention au sein des établissements mérite d’être clarifiée, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

Si François Hollande, Président de la République, ne prend pas des mesures susceptibles de protéger nos collègues des violences physiques, pressions psychologiques et autres calomnies s’étalant sur les divers réseaux sociaux, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

 

Nous n’ignorons pas que le programme socialiste pour l’Ecole est largement inspiré des thèses de l’UNSA-FEN et du lobby provisoral « Education et devenir », avec une touche de SGEN-CFDT en renfort de potage. Si François Hollande, président de la République, ne se montre pas assez pragmatique pour comprendre que ces sensibilités sont minoritaires dans le corps enseignant, il nous trouvera, résolus, sur son chemin.

 

Notre intense satisfaction de voir messieurs Chatel et Sarkozy coiffés du bonnet d’âne et relégués au coin après avoir reçu un sérieux coup de règle sur les doigts ne signifie pas pour autant que nous accordons des bons points a priori à François Hollande, Président de la République.

Car nous avons de la mémoire.

Nous nous souvenons d’Allègre, de sa violence haineuse, de sa morgue, de son mépris.

Nous nous souvenons de Meirieu, de sa « consultation des lycéens » si scandaleusement démagogique, et des dérives que celle-ci entraîna en termes de déréglementation de l'école et d'instauration d'enseignements sans contenu ni programme, comme les TPE et l'ECJS.

Nous nous souvenons de Mme Royal proposant, devant un parterre ricanant de proviseurs et de principaux épanouis par leur propre audace, de porter à 35 heures le service hebdomadaire des professeurs de collège et de lycée.

 

R.E., comme le collectif Sauver Les Lettres et quelques autres associations de défense de l’Ecole et des humanités, naquit des « comités anti-Allègre », et peut repartir au combat « avec sous les talons les côtes de Rossinante, et sur les grands chemins le bouclier au bras ».

C’est pourquoi, à présent que François Hollande est élu Président de la République, nous resterons en permanence critiques et vigilants, afin de le rappeler au devoir d’instruction publique. Résolus.

 

 

 

Et toujours, le site de "Reconstruire l'Ecole" : http://www.r-lecole.fr/

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Published by leblogdelapresidente
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commentaires

formation enseignant 11/10/2012 19:11


Alors je crains que François Hollande vous trouvera résolus sur son chemin. Comment pourrait-il réussir dans autant de points différents, alors que l'école passe malheureusement en second plan à
cause de cette crise dû aux banquiers voraces et sans scrupules ?

leblogdelapresidente 12/10/2012 04:09



Et surtout lorsque ce gouvernement si prompt à capituler devant quelques patrons de start-up énervées (hypallage), plutôt que de faire preuve d'un vrai courage politique 



Pedro Cordoba 24/05/2012 17:45


Quelques optimistes avaient voulu voir une défense de la liberté pédagogique dans le discours d'investiture de François Hollande. Ils s'appuyaient sur le passage suivant :



« Certes depuis Jules Ferry, tant de choses ont changé ; la société n'est plus la même, les conditions de l'enseignement non plus, mais les principes, eux, demeurent. Les conditions de
travail de l'enseignant, les comportements des élèves, l'irruption de la technologie numérique dans nos vies dans nos classes, tout cela bouleverse la pédagogie, les manières d'apprendre, mais
une chose est pérenne, une chose est éternelle : si le savoir n'est pas le monopole du maître, celui-ci - le maître, le professeur, l'enseignant - doit garder la responsabilité d'en ordonner le
sens. »



Selon l'interprétation optimiste, ces phrases voudraient dire que le nouveau président de la République aurait fait le choix de ne pas imposer une « pédagogie officielle ».


Le démenti vient d'arriver par la bouche de la nouvelle ministre des universités. Elle a d'abord nommé à son cabinet Daniel Filâtre, vous vous souvenez de lui, je suis sûr : un président du
Mirail, docteur es sciences de l'éducation, élu sur une liste SGEN, chargé de la pédagogie à la Conférence des Présidents d'Université et auteur du mémorable rapport Filâtre sur la formation des
maîtres (ce devait être le rapport Marois-Filâtre mais le pédagogue et le recteur se bouffèrent le nez et il y eut deux rapports différents). C'est donc le pédagogue qui a gagné et qui sera
chargé de mettre en place les « Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation » promises par Hollande dans sa campagne : les IUFM en pire, à n'en pas douter. A quoi il faut
ajouter les déclarations de Mme la ministre elle-même :



« Il nous faut plus de doctorants, notamment dans les sciences humaines, que je me refuse à appeler "sciences molles"", a-t-elle également plaidé, insistant notamment sur "l'utilité des
sciences de l'éducation". "La pédagogie est une science à part entière, essentielle pour la formation des professeurs, que nous devons d'ailleurs reprendre à zéro." »



Si la pédagogie est une science, elle énonce la vérité. Et il ne peut pas y avoir simultanément deux vérités scientifiques. Il y a aura donc une pédagogie officielle, celle des chercheurs en
sciences de l'éducation qui contrôleront de A à Z la nouvelle « formation des enseignants ». 

leblogdelapresidente 24/05/2012 20:13



Totalement d'accord avec l'analyse de Pedro. Il y a d'une part le discours du Président, qui peut, effectivement, sembler un signe positif, comme on dit. Et puis la composition de l'équipe
Peillon, avec l'étrange attelage Duwoye, Siné, Delahaye (un chevènementiste, un gestionnaire, et un thuriféraire du socle commun. La chèvre, le chou, le loup : qui mangera qui ?),  sans
oublier le retour de Bruno Julliard, appelé par le ministre de l’Education Nationale pour participer à l’encadrement des négociations autour de la future loi d’orientation.


On s’achève avec la nomination de Filâtre, et, cerise sur le gâteau, les déclarations de la nouvelle ministre des Universités.


Que je sens de rudes combats (à venir…)



leblogdelapresidente 23/05/2012 22:56


Manifestement, il ya a comme qui dirait un souci  

Pedro Cordoba 23/05/2012 22:50


Je recommence :



leblogdelapresidente 23/05/2012 21:15


Heu, Pedro, le commentaire n'est pas passé... C'est un grand silence blanc !

Pedro Cordoba 23/05/2012 21:11



leblogdelapresidente 14/05/2012 07:17


Très bonne remarque, II Rêve (quel joli pseudo). Nous sommes conscients de nos limites : nous ne sommes pas encore, tant s'en faut,  une organisation de masse, la transcroissance n'est pas
pour tout de suite ;-))) et la référence finale à Don Quichotte, (où je cite de mémoire une lettre de Che Guevara à ses parents) ne tient pas du hasard. Il faut construire, se regrouper, avancer,
porter notre parole partout où nous le pouvons, dans nos syndicats, dans nos partis, dans nos associations, sur la toile. C'est un travail de fourmi, avec un premier temps fort le 2 juin au lycée
Henri IV pour une réunion-débat "L'Ecole est-elle une machine de Turing ?" (des détails sur le site de RE). Bien cordialement à vous.

Il Rève 14/05/2012 07:01


Remerciements à Madame la présidente pour l'ensemble des ses remarques pertinentes. Nous ne pouvons que souscrire aux recommandations faites à François Hollande. Cependant je crains que le "Nous"
employé ne soit pas suffisamment nombreux pour l'émergence d'un rapport de force, ou d'intelligence nécessaire à tant de changements revendiqués. Quel autre syndicat, ou quels autres syndicats
peuvent prendre l'ascendant sur l'unsa ? Quelle autre, ou quelles autres organisatins peuvent se mettre en travers de la route de "Education et Devenir".


Si les propos de la présidente  possèdent une forte pertinence ils ont besoin d'un ou plusieurs organismes pour être portés sur la place politique. Où sont ils ? Qui sont ils ? Comment
les joindre ? Comment les rejoindre ?

Loys 10/05/2012 14:16


Pas une ligne que je n'aurais aimé écrire : exhaustivité, précision et concision.


Merci, Présidente, de si bien défendre l'école : puisse-tu être entendue rue de Grenelle pendant les cinq années qui viennent, car nous avons la même mémoire !

leblogdelapresidente 09/05/2012 23:04


Saine réaction de V. Peillon :  http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20120509.OBS5194/peillon-le-decret-sur-l-evaluation-des-profs-sera-abroge.html


Donc, un bon point. Au bout de trois bons points, une image :-)

Didier Glad 08/05/2012 21:10


Présidente, vous avez mon suffrage !


Merci.

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