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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 06:58

 

 

 

 

 

 

Situation économique désastreuse, chômage qui explose, affaire Cahuzac, tergiversations diverses, mariage gay contesté, patrimoine des ministres, président décrédibilisé, extrême-droite dans la rue … les Olympiens qui sont censés nous gouverner, victimes de leur hybris et/ou de leur naïveté, sont présentement au tapis.


Loin de moi l’idée de me réjouir de ce que Marianne appelle à juste titre un « désastre républicain », même s’il n’était pas difficile, hélas, de prévoir ce qui se passerait à partir du moment où  (à quelques exceptions près)  un groupe d’amateurs incompétents se retrouvait propulsé, le choix des électeurs aidant, à la tête de l’Etat. On pourrait gloser longtemps sur l’impréparation d’un parti qui avait tout de même, en dix ans d’opposition, tout le temps de réfléchir à une stratégie globale et cohérente : à se demander s’ils avaient vraiment envie de les gagner, ces sacrées élections, ou s’ils n’espéraient pas, secrètement, les perdre une fois de plus, ne serait-ce qu’en y présentant le candidat le moins charismatique possible !


Cela dit, ne leur reprochons pas trop vite de n’avoir rien préparé du tout. Car dans le cas de ceux qui ont anticipé, c’est encore PIRE. Voyez Vincent Peillon, Bruno Julliard et leur chouette équipe d’experts en expertise venus de l’UNSA-FEN, de la FCPE, du SGEN-CFDT et autres officines crypto-socialettes : ils avaient bien, quant à eux, concocté pour l’éducation un programme ficelé pour ne pas dire verrouillé, et, au terme d’une concertation qui, comme toutes les précédentes, a débouché sur le résultat que l’on attendait, ont allègrement (oui, j’ai fait exprès) entrepris de le faire appliquer.

Peu importe que les instituteurs soient vent debout contre la réforme des rythmes au primaire (même la base de l’UNSA (1)!), que la résurrection des IUFM sous la forme des ESPE inquiète une bonne part des universitaires (2), que le système des pré-recrutements mis en place par les «emplois d’avenir » ne débouche que sur du pas grand-chose pour les intéressés… Contre vents et marées, aveugle et sourd au mécontentement croissant des enseignants, le ministère avance, avec d’autant plus de détermination et de crispation qu’il lui semblerait se déconsidérer s’il donnait l’air de revenir en arrière. Il est même sans doute à prévoir que le ton se durcira, tant le gouvernement aura à cœur de dorloter le dernier carré de ses irréductibles électeurs, géniteurs professionnels d’apprenants, thuriféraires de l’élève au centre et prophètes autoproclamés de la vieille pédagogie moderne.

 

Projetons-nous donc dans quelques années, lorsque ces admirables réformes en fleur auront porté tous leurs fruits :  adoncques, après avoir effectué une scolarité néo-rythmée, bercée d’épanouissantes activités extra-scolaires, sans devoirs à la maison ni redoublement (reconnaissons à ce sujet que V. Peillon n’y est pour rien, et rendons au PS ce qui est à Hazan, puisque c’est grâce à un amendement déposé par des députés socialo-FCPE qu’une mesure aussi aberrante a été adoptée quasiment sans vrai débat), l’élève Kévin Dugenou (3), sorti du lycée Chatel-Descoings son bac obtenu sans coup férir, entre d’un pas gaillard (enfin, gaillard, gaillard, c’est vite dit… il entre, quoi)  à la fac.  La prépa, ce n’est pas pour lui, même si, de réforme en réforme et sous prétexte de rattachement à l’université, elle a perdu progressivement de son excellence (4).  Après trois ans, comme disait Verlaine, sa licence obtenue sans grand souci grâce à la compensation,  il peut (si tant est qu’il ait envie d’opter pour le seul métier où, tout en étant traité de gros fainéantas, on gagne toujours moins en travaillant de plus en plus) envisager de se présenter, son master-enseignement en poche, aux concours de recrutement de l’Education Nationale – à moins qu’il n’ait été pré-recruté comme « emploi d’avenir », ce qui lui aura permis de toucher du doigt les bonheurs suprêmes de la profession, surtout si on l’a envoyé en collège… en quel cas il ne choisira d’enseigner que s’il ne peut faire autre chose, sauf masochisme impénitent cela va de soi.


Mais passons, et revenons-en au moment où, divine surprise, le candidat Dugenou Kévin, émerveillé,  réalise qu’au CAPES la part disciplinaire est réduite à un sixième de la note globale d’admission, ce qui lui permet, même avec une méchante gamelle dans sa spécialité, de « devenir professeur d’anglais, de philosophie, de mathématiques ou d’histoire, du moment qu’il sau(ra) réciter dans l’ordre la liste des " compétences " pédagogiques et administratives inculquées par l’ESPE », comme le remarque désolé Paul-Henri Giraud, dans une tribune au vitriol, dont je vous recommande très fort la lecture (5).  Au terme de cet idyllique parcours, l’ami Kévin, reçu au concours, armé de sa seule ignorance disciplinaire mais d’un catéchisme pédagogique et administratif absolument « béton », est fin prêt pour enseigner devant les classes ejusdem tabacchi où il reproduira à l’identique (et pendant quarante et quelques années, vu l’allongement de la durée de cotisation…) des dizaines de petits Dugenou tout aussi incultes que lui et vraisemblablement encore plus en vrac dans leurs têtes, -- à moins que leurs parents, dans un sursaut de lucidité, n’entreprennent de les faire travailler le soir et pendant les congés : quelque chose me dit que la coutume des « cahiers de vacances » n’est pas près de s’éteindre, tant s’en faut, et qu’Acacadomia ne manque pas d’avenir.


En somme, ce que J.-P. Brighelli appelait voici bientôt dix ans de façon polémique « la fabrique du crétin » est en train de se mettre en place, lentement mais sûrement. Pendant que tout le monde s’affole autour du mariage pour tous (question qui aurait dû être réglée depuis plusieurs lurettes si nos gouvernants avaient agi aussi rapidement qu’en 81 Badinter et Mitterrand avec l’abolition de la peine de mort…), la  déroute scolaire entre dans sa phase définitive. L’histoire retiendra-t-elle que c’est sous un gouvernement qui se prétendait de gauche que la représentation nationale a majoritairement voté pour une loi qui organise de facto la casse finale de l’Ecole et l’enseignement de l’ignorance, dont pâtiront majoritairement les enfants issus des milieux les moins favorisés ? Cette réforme, conçue par des petits-bourgeois pour des petits-bourgeois, sacrifie de manière irresponsable les élèves des classes populaires, ceux qui n'ont que l'Ecole pour apprendre, laissés en friche et livrés aux seuls « savoirs » déversés par le web et l’opinion (pléonasme). « Voulez-vous vraiment des enfants idiots ? » demandait en 1983 (trente ans déjà…) Maurice T. Maschino. Manifestement, la réponse est oui : des imbéciles heureux – enfin, heureux, cela reste à voir…


Car on sait à quel point le désarroi et l’ignorance peuvent pousser des esprits faibles vers les idéologies rétrogrades et autoritaires, susceptibles de remettre des cadres dans leurs cerveaux en perdition : le nombre d’illuminés intégristes et fascistoïdes qui font tous les soirs le coup de poing contre le mariage gay laisse craindre que nous n’ayons pas fini de voir passer sous nos fenêtres des cortèges d’enfants perdus de la République, stupides, bornés, violents, ignares, destructurés --  et trahis par une Ecole qui désormais n’instruit plus.


(1)http://www.lesechos.fr/economie-politique/politique/actu/0202684418659-au-congres-du-se-unsa-la-bataille-des-rythmes-scolaires-prend-des-allures-de-cour-de-recreation-555280.php

(2) http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article6052

(3) Merci, Antoine D., de me l’avoir prêté !

(4)http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/01/19/les-prepas-s-irritent-du-projet-de-genevieve-fioraso-de-les-rattacher-a-l-universite_1819455_3224.html

(5)http://mediateur.blog.lemonde.fr/2013/03/27/education-enseigner-demande-une-formation/

 

 

 

 

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Published by leblogdelapresidente
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commentaires

visit this site 21/02/2014 13:27

Now we can see in real why J.-P. Brighelli called it the “factory of idiots”. The time has shown that his perception was right to the core. Anyway thank you for sharing this interesting post. Looking forward for more updates.

Dugong 22/04/2013 18:11



Le machin électronique a fait un editus praecox (?)


Je reprends :


Les dieux de l'Olympe sont maintenant totalement dégénérés et nous asistons au collapsus général.


L'école est une chose molle qu'on tripote du bout du pied, l'air écoeuré, comme on le ferait d'un truc qu'on préfèrerait savoir vraiment mort mais qui végète au delà de toute raison.


Qui a collabé l'école ?

Dugong 22/04/2013 18:02


Les dieux de l'Olympe sont maintenant totalement dégénérés et nous asistons au collapsus général.


L'école est une chose molle qu'on tripote du bout du pied, l'air écoeuré, comme

Loys 22/04/2013 14:09


Mais non, chère Présidente : la morale laïque, à raison d'une heure par semaine et d'un examen en bonne et due forme au brevet et au Baccalauréat, saura  certainement compenser l'ignorance
des élèves à venir. Pour penser, à quoi bon une culture, une autonomie et un esprit critique quand la morale peut s'y substituer si avantageusement ?