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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 12:18

 

 

 

 

 

 

 

Dernier volet du rapport « Refondation », tout ce qui concerne le numérique, et que la Présidente aurait peut-être dû commenter bien plus tôt…

 

Mais j’ai une excuse, indépendamment des piles de khopies sous lesquelles je croulais régulièrement : j’attendais les déclarations du ministre, afin de voir quelles propositions précises allaient être faites à partir des préconisations de la Grrrande Concertation, et je dois dire que je n’ai pas été déçue.

 

Une remarque préalable : il ne s’agit pas pour nous (à Reconstruire l’Ecole ou ailleurs) de nous autogratuler à jet continu, crispés sur des positions d’arrière-garde,  tout en concélébrant en chœur notre refus massif de nouvelles technologies dont nous savons bien qu'elles sont de facto incontournables : si nous avions été les contemporains de l'imprimerie, nous n’aurions certainement pas  défendu mordicus l'ancien monde, et, sous prétexte que nous émettons quelques objections ou réticences, il serait aussi stupide de nous traiter de passéistes qu’il peut l’être de reprocher aux écologistes (quoi qu’on en pense par ailleurs…) de vouloir en revenir au cheval de trait ou à la bougie.

Cela dit, quand j’ai fait mes premiers pas dans le numérique à la fin des années 90, notre formateur, un professeur de lettres classiques extrêmement vigilant, insistait avec sagesse sur le fait que ce n’était qu’un outil à utiliser avec modération, et qu’il fallait se garder comme de la peste de la « folie internet » consistant à fétichiser la technologie et à en faire un but en soi.

Je crains que cette belle époque de sagesse soit désormais révolue.

 

Le fait même que le ministre ne parle pas de « plan numérique » mais de « stratégie globale » est déjà un signe pour le moins inquiétant. Je veux bien croire que le numérique représente une transformation « aussi importante que le fut, au quinzième siècle, l'invention de l'imprimerie », et même, en me forçant un peu, qu’il soit absolument et impérativement nécessaire d’équiper tous les établissements. Mais ce qui me pose problème, justement, c’est que Vincent Peillon défende une « vision d'ensemble » qui va bien au-delà de la traditionnelle problématique « équipement-raccordement ».

 

Il s’agit en effet d’une véritable révolution culturelle (terme que l’on devrait pourtant utiliser avec précaution, si on se souvient un tant soit peu des ravages qu’elle fit sous Mao-Dze-Dong),  qui repose sur un postulat de base absolument invérifiable : l’usage du numérique améliorerait l’efficacité des enseignements, afin d'aider l'Ecole dans l'accomplissement de ses missions fondamentales, en « donnant à chacun le goût d'apprendre ».

Tout se passe donc comme si la technologie rendait l’apprentissage plus attractif, comme le célèbre morceau de sucre de Mary Poppins, qui aide la médecine à couler…  Loin de moi l’idée de dénier tout intérêt au ludique, qui peut permettre, effectivement, de faciliter l’accès à des notions difficiles, et de donner du plaisir aux apprentissages. Nous avons tous peu ou prou, à un moment ou à un autre de nos carrières enseignantes, usé de ces stratégies de jeu, qu’il s’agisse (pour en rester à ma matière, c'est-à-dire les lettres) de théâtre, de pastiches, de réécritures, de journal lycéen, et j’en passe. Même si Alain considère, dans les Propos sur l’Education, que l’ennui fait partie des conditions sine qua non de l’apprentissage réussi, on n’est pas obligé d’empoisonner l’existence des élèves à coup d’exercices systématiquement austères. C’est justement le bon dosage entre ludique et austérité qui produit, me semble-t-il, les apprentissages réussis.

 

Le problème, c’est que le numérique devient, de fait, la panacée qui va, magiquement, régler l’échec scolaire. « Plus d’excuses pour les cancres avec le numérique », se réjouit le Web Pédagogique (1), car désormais « pour échouer, il faudra le vouloir ». L’histoire ne dit pas ce que deviendront, seuls devant l’étrange lucarne de leur ordi, les enfants qui ne maîtrisent ni la lecture ni la compréhension écrite, mais j’imagine que ce cas de figure n’a pas été prévu par les géniaux concepteurs du bidule. Nous sommes plus que jamais dans une « folle solitude » (2), où les élèves seront peut-être, grâce au numérique, reliés au « cerveau planétaire », -- mais ils le seront seuls, et ce sont toujours les mêmes, on peut le craindre, qui n’en ramasseront que les miettes, ce qui fait que le niveau général, ipso facto, ne progressera pas (3).

 

Point du tout, me rétorquera-t-on. Pas de solitude, mais du lien, du lien et encore du lien… La rue de Grenelle insiste, en effet, sur la relation renforcée entre l’Ecole, les familles et les collectivités, grâce à l'usage des espaces numériques de travail (ENT), l'utilisation du cahier de texte numérique, la mise en place des espaces d'échange enseignants-parents, etc. ... D'ici 2017, nous explique-t-on, chaque établissement devra disposer d'un site internet donnant aux parents des informations sur le quotidien de la vie scolaire : absence des enseignants, cantine, liste des fournitures, et j’en passe.

Ne revenons pas sur le cahier de texte numérique, dont l’entrée en vigueur a suscité  la légitime irritation de bon nombre de professeurs, et qui relève peut-être davantage de l’entrave (pour ne pas dire du flicage) que du lien. Pour le reste, c’est une simple question de bon sens, qui ne mérite peut-être pas les grands sons de trompe avec lesquels on l’accueille : que les familles soient informées par internet ou support papier, qu’importe, à partir du moment où elles le sont – encore faut-il qu’ensuite les parents fassent leur boulot de parents, ce qui est certes une autre paire de manches.  Et que dire des espaces de travail numérique profs-élèves, qui permettront aux enseignants d’être dérangés à toute heure du jour et de la nuit par des apprenants en difficulté ou des parents mécontents ?

Mais je suis pessimiste, défaitiste, grognonnette, obscurantiste et parano, d’accord, admettons.

 

Que nous soyons parents, enseignants, élèves, nous aurions donc tout à gagner de cette numérisation à grande  échelle de notre système éducatif.

Voyre mais, dist Panurge, avant d’épouser le numérique, qu’il me soit permis de voir un peu plus loin que la séduction qu’il exerce sur l’opinion.

 

En effet, si l’on en croit le ministre, la prise en compte du numérique sera « renforcée »  dans les programmes, ce qui signifie en clair que la technologie, loin de se borner à être un outil, va influer sur les contenus. De même, les examens, « dans leurs contenus et modalités » pourraient évoluer « sur la base des enseignements qui seront tirés des expérimentations en cours », ce qui laisse la porte ouverte à n’importe quel n’importe quoi, y compris l’institutionnalisation de ce que de petits esprits appellent mesquinement la triche – et, là encore, ce seront les plus « habiles », comprendre ceux qui sauront déjà ce qu’il faut chercher, qui tireront avec le plus de maestria leur épingle du jeu.

 

Certes, nos enfants et petits-enfants étant devenus de « Petites Poucettes », pour reprendre l’expression de Michel Serres, très papa-gâteau sur ce coup-là, ces mutants seraient mieux armés que nous pour faire leur miel de ce déferlement d’informations que met à leur disposition le web. Je ne suis pas sûre que ces jeunes gens et jeunes filles, nés avec une zapette à la main, soient pour autant plus aptes à s’orienter dans le vaste univers internautique, où l’on ne trouve, rappelons-le, que ce que l’on veut et que l’on sait chercher.

 

Enfin, et c’est sans doute le plus inquiétant, cette stratégie numérique tous azimuts va influer, évidemment, sur la manière de faire la classe, et pas seulement dans le cadre de ladite classe, appelée de fait à disparaître via tous ces dispositifs de services en ligne et en réseau, comme le démontre avec un enthousiasme absolument confondant une certaine Maryline Baumard, qui écrit dans Le Monde (5), ce qui est évidemment une totale et absolue garantie de sérieux dans l’expertise, comme disent les khuistres. 

 

Cependant, « le numérique qui a passé les portes de l'école n'a pas modifié en profondeur les pratiques ni eu d'impact sur la réussite des élèves », affirme Rémy Thibert,  chargé d'études au service « veille et analyses » de l'Institut français de l'éducation, et auteur en novembre dernier d’un dossier fort intéressant,  Pédagogie + Numérique = Apprentissages 2.0 (6).  On pourrait en conclure qu’il faut donc s’abstenir de suréquiper les établissements, puisque les NTICE n’impactent qu’à la marge la réussite éducative. Que nenni ! « Pour que les espoirs dont (le numérique) est porteur se concrétisent, il faut que les enseignants (…)  remettent en jeu leur façon de faire la classe. ». Et de conclure, au cas où vous n’auriez pas compris, angéliques que vous  êtes : «  C'est l'ensemble de notre système, encore très disciplinaire, très cloisonné, qui doit être remis en cause. »

 

La stratégie numétique, ce n'est donc pas QUE du gadget : c'est, par destination, une arme de destruction massive de l'instruction publique. 

 

Car enfin, au moins c’est dit et clairement, sans enrobage : nous savons à présent à quoi nous en tenir. Fondamentalement, le but de la manœuvre, ce n’est pas, grâce à l’outil numérique, de faciliter les apprentissages ou l’accompagnement pédagogique des élèves en difficulté, mais, par une généralisation du dispositif, de remettre en cause les savoirs disciplinaires, au nom, naturellement, du sacrosaint décloisonnement, -- comme si les élèves, qui mélangent à peu près tout, n’avaient pas déjà assez de bord confusion dans leurs têtes…

J’observe par ailleurs que (7) les employés des socié­tés high-tech de la Silicon Valley, bien conscients de ce que « les ordi­na­teurs inhibent la créa­ti­vité, le mou­ve­ment, les inter­ac­tions sociales et la capa­cité d'attention » des enfants, dépensent de véritables for­tunes pour envoyer leur progéniture dans une école « Waldorf » totalement dépour­vue d'ordinateurs.

 

Comme le note l’excellent Loys B., dont je ne saurais trop recommander le blog  La Vie moderne.net  (8) à propos du copier-coller, le numérique, tel qu’il sera utilisé dans la pratique (et tel qu’il l’est déjà, du reste), « permet à l’élève qui ne sait ni lire ni écrire de donner l’illusion de l'un et de se dispenser de l'autre ». J’irais même plus loin : il permet à l’élève qui ne sait rien de se donner l’illusion qu’il sait quelque chose, jusqu’au moment où son ignorance le rattrapera. Ce jour-là, il pourra toujours se remettre à apprendre, modestement, avec un livre et un crayon. Mais c’est une autre histoire…

 

 

 

.

(1)  http://lewebpedagogique.com/blog/plus-dexcuses-pour-les-cancres-avec-le-numerique/

(2)  http://www.m-pep.org/spip.php?article204

(3)  http://www.internetactu.net/2011/09/21/dans-la-salle-de-classe-du-futur-les-resultats-ne-progressent-pas/ 

(4)http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2012/12/13/vincent-peillon-lance-sa-strategie-numerique_1806198_1473688.html

(5) http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2012/11/14/la-classe-est-finie_1790111_1473688.html

(6)  http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA-Veille/79-novembre-2012.pdf

(7) http://www.vousnousils.fr/2012/02/28/pas-dordi-a-lecole-pour-les-enfants-des-cadres-de-google-ou-debay-522349

(8)  http://laviemoderne.net/lames-de-fond/034-eloge-du-copier-coller-a-l-ecole.html

 

 

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commentaires

Wikibuster 21/12/2012 15:49


Désolé je crois que c'est moi qui ai un problème avec la technologie mon commentaire est bien là en réalité mais je ne le voyais plus. J'en profite pour vous signaler cet article particulièrement
instructif sur Wikipédia, où l'on commence à bien comprendre que "l'encyclopédie libre" est bien plus qu'un simple projet culturel, c'est sans doute aussi un projet politique qui avance masqué
(l'article est en anglais) : http://www.theregister.co.uk/2012/12/20/cash_rich_wikipedia_chugging/ 

leblogdelapresidente 21/12/2012 16:31



Je ne le voyais plus non plus ! 


Je vais chercher mon Harrap's et lire l'article de ce pas. Encore merci à vous ! 



Wikibuster 21/12/2012 14:39


Bonjour, Juste par curiosité pourquoi avez-vous supprimé mon post précédent, qu'est-ce qui vous a déplu si c'est le cas ? Merci. Cordialement, Wikibuster

leblogdelapresidente 21/12/2012 15:43



Fausse manip ! Remettez-le, au contraire, je vous en prie ! Avec toutes mes excuses -- mais vous voyez, décidément, face à la technologie, on est bien peu de chose...



Wikibuster 20/12/2012 10:53


Bonjour,


Je ne voudrais pas trop ajouter à votre désarroi mais le package numérique assurant votre conversion dans un monde nouveau et radieux incluera nécessairement l'encylopédie libre du
savoir ultime : Wikipédia ! Vous croyez connaitre Wikipédia ? Détrompez-vous en butinant à temps perdu sur http://wikibuster.blog.lemonde.fr/ :)


Cordialement,


Wikibuster

leblogdelapresidente 20/12/2012 11:06



 et  ...



mihailovich 19/12/2012 23:05


L'opposition "amateurs vs professionnels" est un leurre, tout comme le médiatique débat "élitisme vs démocratisation" appliqué aux contenus de l'enseignement. De fait, la douceâtre et très
institutionnelle promotion de l'amateurisme par le ministère de la Culture correspond très exactement à "l'adaptation" de l'enseignement du français ou des mathématiques à une supposée "demande"
des "nouveaux publics", invoquée de manière tout aussi obsessionnelle dans les couloirs grenelliens. Nous sommes une fois de plus face au cheval de Troie pédagogiste de la "modernisation"
budgétaire. Un centre aéré coûte moins cher qu'un conservatoire, et un animateur moins qu'un professeur, et les gestionnaires qui sont en charge de "piloter" la "démocratisation culturelle" par
le bas sont les premiers à le savoir.

leblogdelapresidente 20/12/2012 11:32



La stratégie numérique tous azimuts, en revanche, va coûter une fortune. Pour paraphraser Malraux parlant du cinéma, "c'est par ailleurs, une industrie", et qui brasse beaucoup de soussous. Je
frémis en pensant au gaspillage que va provoquer cette frénésie numérique, pour des bénéfices très contestables -- en termes d'apprentissages, veux-je dire. 



mihailovich 17/12/2012 23:39


A comparer avec ce qui s'amorce dans l'enseignement de l'art à la sauce du "changement c'est maintenant" : l'un des cinq piliers de la "concertation pour l'éducation artistique" qui sévit en ce
moment même s'intitule " Le numérique et les nouveaux médias : quelle place dans l’éducation artistique et culturelle ?". Un hasard ?


Cependant, l'innovance est somme tout modeste : chez la crèmerie concurrente, le mémorable rapport Lockwood faisait déjà dire il y a un peu moins d'un an à Bernard Stiegler (toujours lui !) que
la "démocratisation de l'outil informatique" était en train de "faire émerger de nouveaux langages musicaux" concrétisant rien de moins qu'un "glissement de la pratique musicale vers une pratique
amateur".


Recette infaillible pour "produire du consensus" : se concerter entre cons vaincus, exclusivement.


 


http://www.culturecommunication.gouv.fr/Actualites/A-la-une/Consultation-nationale-sur-l-education-artistique-et-culturelle

leblogdelapresidente 19/12/2012 19:23



L'amateurisme, c'est sympathique et  beau. Jouer au rugby l(ou peindre) le dimanche, ou pianoter gentiment, qui serait contre ? On se fait plaisir et on ne nuit à personne. Mais cela reste
de l'amateurisme, càd qu'artistiquement ou sportivement parlant, le compte n'y est pas. Je peux regarder avec plaisir jouer le XV de Montner, parce que je les aime bien, mais je préfère le
Clermont-Auvergne ou naturellement les Bleus. La chorale de mon lycée se débrouille, certes, mais moins bien qu'Accentus...  Bref, et pour synthétiser : c'est une bonne chose que la
pratique amateur de la musique, du sport ou du théâtre se développe. Mais il ne faut pas pour autant tout mélanger :  ! Mon fils (la chair de ma chair, purrrrrée popopopo) joue moins
bien du baryton que Gerry Mulligan, même lui le reconnaît ! 



Pedro Cordoba 17/12/2012 21:24


Ayant le nez plongé dans les évaluations internationales pour mon propre blog, j’ajoute mon grain de sel.



 
PISA 2006 sciences montrait une corrélation négative entre l’utilisation du numérique et les résultats en sciences. Autrement dit, plus on « ticifie » l’enseignement et plus les élèves sont nuls
en sciences. La Finlande était nettement en-dessous de la moyenne de l’OCDE pour l’équipement informatique tandis que les autres pays nordiques (Norvège, Suède, Danemark), qui se situaient
au-dessus de la moyenne, avaient des résultats aussi affligeants que la France. Cela n’a pas empêché les experts norvégiens de dire qu’il fallait accroître l'utilisation des TICE dans les écoles
afin d'atteindre des notes supérieures dans PISA. Idem en France avec Allègre et toute la suite des ministres. Et maintenant Peillon qui en rajoute une couche.



 
De façon plus générale, les pédagogies basées sur la « mise en autonomie des élèves » à travers des méthodes actives d’apprentissage et d’enquête (dites IBSE = Inquiry Based Science Education =
en français « méthode d’investigation ») donnent des résultats désastreux en sciences. C’est ce que montrait déjà l’enquête TIMSS 1995 : les élèves américains étaient 15 ° sur 16 en maths et 16°
sur 16 en physique.


 


A la question : « Quel est votre premier objectif pédagogique ? » 71 % des professeurs japonais de mathématiques répondaient : « l’apprentissage du raisonnement mathématique et l’exploration des
solutions d’un problème particulier ». Cette réponse était choisie par 24% des professeurs américains, qui privilégiaient au contraire « l’acquisition d’automatismes et de techniques de
résolution ». Idem en physique où les asiatiques choisissent la réflexion et la mathématisation tandis que les américains en restent à une démarche purement empirique.  Les résultats de PISA
montraient que les asiatiques avaient raison et que les américains avaient tort. Que fit alors la France (Claude Allègre) ? Mettre en place « La main à la pâte » copiée sur la « méthode
d’investigation expérimentale » américaine (du prix Nobel Léon Lederman). On en est toujours là malgré la parenthèse des ministres de droite qui ont suivi exactement la même politique : il faut
"déscolariser" l'enseignement des sciences, mettre en place des "thèmes de convergence", promouvoir les approches pluridisciplinaires (programmes de 2008)


 


On voit que même lorsque leurs propres enquêtes leur donnent tort, les experts persévèrent dans l’erreur. On voit aussi que les didacticiens français se contentent de traduire ce que produisent
les didacticiens américains : la fameuse « transposition des savoirs » se limite en réalité à la transposition des langues.

Pedro Cordoba 17/12/2012 21:15



Dugong 17/12/2012 20:30


Mais tout à fait d'accord sur le fond (où gît ce qui a sombré). Le numérique salvateur devrait être aux contemporains ce que le "cheval génial" de Musil fut pour son personnage : le signal de
l'urgence de prendre des vacances de nos propres vies d'enseignants.


Encore une foi(s) : sauve qui peut !


 


 

Cécilia Suzzoni 17/12/2012 20:08


Dont acte! et pardon pour la coquille: on s'exhibe aussi sur un blog...surtout quand on veut aller vite!

Dugong 17/12/2012 19:59


"ce que n'auraient pas manqué de lui "répliquer" un Krauss ou un Stefan Sweig: ce n'est évidemment pas cette culture la responsable, mais bien - ce que devait voir Heidegger- le fait qu'elle
avait déjà sombré, que l'on avait commencé à basculer dans une ère où elle avait, avec le langage démonétisé, cessé de compter..."


Kraus car le Krauss est un autre...

Cécilia Suzzoni 17/12/2012 19:29


Utilisatrice raisonnable et raisonnée, comme beaucoup, des TICE, et entièrement d'accord avec la condamnation d'une stratégie à court terme qui prétend en faire le nec plus ultra d'une
refondation de l'Ecole, je voudrais cependant préciser que , tout comme l'imprimerie n'a pas précédé les grands enjeux de l'humanisme, mais qu'elle y a magnifiquement répondu, le numérique (pour
aller vite) n'a pas précédé la vague de technicisation impudente et naïve qui a défiguré le paysage littéraire- pour ne parler que de celui que je connais un peu-: il ne fait que le continuer,
l'accompagner, le parfaire, avec des moyens plus radicaux. Beaucoup, parmi nos zélés collègues, n'ont pas attendu la vague du numérique pour se gaver et gaver leurs élèves - d'autant qu'ils en
étaient souvent les rapides auteurs- de digests en tout genre, avec la complicité d'éditeurs peu scrupuleux; de "Profil d'une oeuvre" , de telle ou telle synthèse qui entend de fait débarrasser
l'élève de l'obligation de lire, d'aller au texte pour ne retenir soit -disant que l'essentiel, aux "préparations" offertes sur Google, il n'y a pas grande diférence.


Le problème est bien là: l'imprimerie est venue merveilleusement au secours d'un humanisme magnifiquement innovant; le numérique qui pourrait, qui peut certainement apporter son soutien à un
renouvellement décisif en matière de paideia, vient aujourd'hui servilement conforter des pratiques déjà bien en place avec la complicité de ceux qui depuis longtemps ne croient plus à la
littérature, ou se méfient plus que jamais de sa force subversive. Ce n'est évidemment pas le numérique qui est en cause, mais bien sa tranquille, massive instrumentalisation censée pallier la
crise énorme qui stérilise depuis longtemps les pratiques de transmission. "Le rituel technique s'accroît à proportion de la dégration des objectifs", avait déjà diagnostiqué le Docteur Jacques
Lacan, excellent Cassandre en la matière, et j'avais cité son mot dans un rapport de CAPES de lettres qui date de ..1987...


Le récent débat -Répliques- entre Alain Finkielkraut et Michel Serres illustre assez piteusement les faux -problèmes: d'un côté Michel Serres, fort évidemment de cette évidence: il est vrai que
l'on entre dans un nouveau monde, mais le même complètement aveugle quand il brandit la "présomption de compétence" de l'étudiant ou de l'élève, nouvelle donnée qui serait alors, à son corps
défendant, responsable de ce brouhaha censé devenir normal dans une classe...; jonglant en vrai sophiste avec la comparaison  Citation/Copier-Coller, sans que le maleureux Finkielkraut,
décidément pas en forme, lui fasse remarquer que la citation exibe et commente sa source là où le copier-coller veut justement la dissimuler...Un Michel Serres qui, bien sûr, voit juste quand il
analyse le processus d'"externalisation du savoir", mais se fourvoie totalement sur la portée inaugurale et en cela irremplaçable de la parole du maître, a fortiori quand cette parole s'adresse à
un jeune élève. De l'autre, un Finkielkraut plus coincé que jamais, enlisé dans ses obssessions, curieusement intimidé, et ne trouvant mot à répondre à l'étonnante conclusion de son
interlocuteur: la Culture (avec un grand C , je suppose, la culture allemande ) n'a pas empêché le désastre que l'on sait ! Je croyais ce genre d'argument depuis longtemps  balayé, et j'ai
été bien déçue que Michel Serres, dont j'admire beaucoup telle ou telle finesse d'analyse, le brandisse d'une manière aussi caricaturale; étonnée, donc, qu'Alain Finkielkraut ne lui opoose pas ce
que n'auraient pas manqué de lui "répliquer" un Krauss ou un Stefan Sweig: ce n'est évidemment pas cette culture la responsable, mais bien - ce que devait voir Heidegger- le fait qu'elle avait
déjà sombré, que l'on avait commencé à basculer dans une ère où elle avait, avec le langage démonétisé, cessé de compter... 

Pierre-Henri 17/12/2012 18:57


Oh, le plan informatique pour tous ! J'étais au collège, à l'époque, et nous, les élèves, avions déjà des Amstrads devant lesquels les Thomsons ministériels étaient de vieux rossignols
cacochymes. Vu la vitesse à laquelle les matériels informatiques deviennent obsolètes,  les dépenses engagées risquent fort de rencontrer les mêmes sourires narquois des élèves, qui auront
toujours une génération d'avance sur la bureaucratie de Grenelle.

Dugong 17/12/2012 18:40


« Plus d’excuses pour les cancres avec le numérique », se réjouit le Web Pédagogique (1), car désormais « pour échouer, il faudra le vouloir ».


Comme me le contait ma grand-mère au coin du feu pour m'expliquer l'inanité de toute quincaillerie électronique autrement qu'en soins palliatifs : "doigt dans le culot ne clique pas le mulot".


La foi hyper-surjouée de tous ces grotesques thuriféraires du "numérique über alles" portera ses fruits : il y a tellement de "collègues" et de "parents" pour vouloir y croire !


On ne peut rien comprendre à tout cela si on reste dans la raison. Nous sommes à pleins pieds dans le religieux le plus gluant.


Sauve qui peut !


 


 

guy morel 17/12/2012 17:22


Un petit rappel :


http://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_informatique_pour_tous

leblogdelapresidente 17/12/2012 17:29



Pour autant qu'il m'en souvienne, ce fut un bide total (même si j'ai appris à programmer en basic, ce qui était rigolo...) mais manifestement tous ces doublezons ne furent pas perdus pour tout le
monde 



rudolf BKOUCHE 17/12/2012 17:11


Le numérique n'est pas un gadget mais son usage dans l'enseignement  relève du gadget.Le numérique a plusieurs usages, la recherche
sur Internet, le  courrier électronique et les usages spécifiques dans divers domaines  du savoir et de la technique. Si on ne distingue pas ces usages, alors  tout devient vide.
Je sais, pour avoir entendu des exposés de personnes qui travaillent  au carrefour de l'informatique et des mathématiques la richesse d'une  tel carrefour, mais cette richesse dépasse
le cadre de l'enseignement secondaire. Ce qu'on appelle l'informatique pédagogique en est une  caricature, et elle ne peut conduire quà des désillusions ou des  leurres. Pour avoir
travaillé avec des logiciels de géométrie, je sais  que ce travail, pour être intéressant, exige des connaissances de géométrie élémentaire préalables. Il s'agit donc moins d'outil
 pédagogique que d'un nouvel outil de dessin qui demande des  connaissances pour être utilisé à bon escient. Les constructions à la  règle et au compas, dans la mesure où elles
sont contrôlables, ce que  les logiciels ne sont pas, sont plus utiles pour celui qui apprend la  géométrie. Quant aux calculatrices, si elles sont un outil de calcul,  non
seulement elles ne sont pas un outil d'apprentissage mais elles  peuvent être nuisibles dans la mesure où elles occultent la part technique du calcul, part technique nécessaire à la
compréhension des  nombres (ne pas confondre l'usage des nombres et les techniques  numériques). Sur ce plan, l'usage systématique des ordinateurs dans la  classe de mathématiques
peut constituer une régression, d'autant qu'il  y a une tendance à renouveler les programmes en fonction du numérique.  Heureusement nombre de professeurs résistent mais les engouements
 peillonesque ne présagent rien de bon.Il serait bon d'aller regarder dans d'autres disciplines. Je me  contenterai de dire un mot sur la physique avec une tendance à réduire
 l'expérimentation à la simulation. L'expérimentation constitue un  heurt avec la matière ; elle est à la fois une matérialisation de la  théorie comme l'explique Bachelard dans la
mesure ou d'une part les  conditions de l'expérimentation sont définies par la théorie, y  compris les outils de mesures, et un heurt avec la matière dans la  mesure où elle
rencontre la matière sous diverses formes. Dans la  simulation, le heurt avec la matière disparaît ; si matière il y a c'est l'ordinateur et le disque sur lequel est inscrit le logiciel ;
 on pourrait parler d'expérimentation décalée qui consiste à vérifier  que le logiciel est bien construit.Il est donc important d'étudier, pour chaque discipline, quel est
 l'apport de l'informatique avant de décider de sa place
dans  l'enseignement.En ce qui concerne la recherche sur Internet, c'est un leurre de dire  qu'elle facilite la recherche. Si on tape un mot-clé sur un moteur de  recherche, on
trouve entre quarante mille et quelques millions  d'entrées ; qu'est-ce qu'on fait ? rien. Chercher sur Internet demande  des connaissances et ce sont-elles qui vous guident dans la
recherche.  Imagine-t-on un illettré dans les couloirs de la Bibliothèque  Nationale à qui on dirait : tout le savoir du monde est à toi. Si on  prend au sérieux l'expression
"autoroute de l'information", il faut  alors rappeler qu'une autoroute est munie de panneaux qui vous  dirigent, ce qui exige de savoir les lire et de savoir où on veut  aller.
Quant aux ouvrages en ligne, sont-ils plus lisibles parce  qu'ils sont en ligne ? On est ici dans le mythe. S'il est vrai que  c'est plus facile d'y accéder, la révolution numérique
n'est que le  prolongement du livre de poche qui a marqué une véritable révolution  dans l'accès à la connaissance.Le courrier électronique représente une véritable innovation dans la
 mesure où il facile les échanges, à condition de savoir que l'on  n'échange pas avec le monde mais avec des personnes ou des groupes  restreints de personnes.  Innovation,
mais pas révolution culturelle.Contrairement aux discours à la mode, le numérique ne représente ni une révolution aanthropologique, ni une révolution culturelle, mais  seulement des outils
nouveaux dont il faut apprendre à user. C'est  déjà beaucoup.Plutôt que des discours délirants sur l'informatique, il faut penser la  question de sa place dans l'enseignement, soit
comme une discipline  nouvelle à enseigner, soit dans son intervention spécifique dans  certaines disciplines, mais l'idée d'un e-enseignement me semble  relever du fantasme et en
fin de compte représente une forme  d'obscurantisme.


rudolfLe 17 déc. 12 à 15:02, 

leblogdelapresidente 17/12/2012 17:15



Ce point de vue venant de vous, Rudolf, dont on connaît l'exigence mathématique, me paraît extrêmement précieux. Merci beaucoup ! 



Pierre-Henri 17/12/2012 15:10


On sait au moins où part l'argent qui servirait à revaloriser le salaire des professeurs. D'un côté, les emploi-jeunes à qui le ministre offre royalement 400 euros par mois pour (je cite Madame
Fioraso) faire de l'enseignement "l'exemple de la promotion sociale par les études" (*), de l'autre, des millions engloutis en tablettes numériques.


De la "promotion sociale par les études" à 400 euros par mois, qu'importe, tant qu'on a les tablettes et le haut débit. Paradoxe de notre société, à la fois hyper-technologique et précarisée ;
tous pauvres, mais tous branchés.


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(*)  http://www.genevieve-fioraso.com/2012/12/10/2834/

Loys 17/12/2012 14:43


Ce n'est pourtant pas faute d'avoir
prévenu !


Beaucoup d'autres sites sur le même modèle, d'ailleurs, avec plus ou moins de transparence. Bernard Stiegler disait récemment que les lobbys du numérique agissaient avec l'école comme il y a peu
les laboratoires Servier.

leblogdelapresidente 17/12/2012 14:49



Terrible, la comparaison avec Servier : le  numérique, médiator de l'instruction ??? 


 


 


 


 



Pierre-Henri 17/12/2012 14:32


En regard, pour illustrer un certain illuminisme technologique qui sévit à l'éducation nationale :


http://www.educavox.fr/actualite/debats/article/le-numerique-pour-quelle


Rappelons que Pierre Frackowiak s'exprime là sur le site fondé par Apple France, ce qui garantit (comment en douter ?) sa parfaite impartialité. Seul un esprit mal intentionné imaginerait que les
fondateurs du site cherchent, avant tout, à fourguer leur matos aux écoles et aux frais du contribuable :


http://www.educavox.fr/qui-sommes-nous/Les-co-fondateurs/Les-co-fondateurs,360


L'intérêt seul des élèves les motive, ces braves gens.

leblogdelapresidente 17/12/2012 14:35



Oui, le volet phynancier de l'affaire, dans ma littéraire naïveté, m'avait échappé 



Loys 17/12/2012 14:05


Autre lecture complémentaire : cette
apologie du copier-coller par une collègue de khâgne... sans ironie malheureusement.

leblogdelapresidente 17/12/2012 14:17



A partir de remarques fort justes, ma collègue en arrive à des conclusions pour le moins contestables... Dommage ! 



Loys 17/12/2012 13:48


Belle synthèse à laquelle je souscris sans réserve et que je note soigneusmeent dans mes tablettes !


J'ajouterais une précision : si révolutions il y a, les révolution de l'imprimerie et du numérique sont très différentes parce que l'une donne accès à l'écrit quand l'autre en éloigne.