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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 16:23

 

 

 

 

 

 

 

Chic chic c’est la rentrée, forcément meilleure que les précédentes, depuis que nous avons à présent au gouvernement des ministres qui nous aiment puisqu’ils sont socialistes (du moins en théorie), citent Michelet, Edgar Quinet, Victor Hugo et Jules Ferry, évoquent les Lumières, le libre jugement, la laïcité, et  déclarent vouloir refonder l’Ecole  autour de la République et la République autour de l’Ecole – paroles douces aux oreilles des vieux « Républicains » (nous l’a-t-on assez reproché…) que nous sommes, naturellement.


Alors, pourquoi la Présidente, qui comme tous les enseignants a repris le collier pleine d’énergie, d’élan et de vigueur, se sent-elle néanmoins assaillie de noirs pressentiments, concernant en particulier tout ce qui pourra sortir de la  concertation sur l’Ecole organisée par le ministre sous la bienveillante égide de Bruno Julliard ?


Est-ce d’avoir entendu M. Peillon expliquer sur Europe 1 que « les élèves français (…) sont ceux qui souffrent le plus, avec les petits Japonais », ce qui ne peut que faire hurler de rire et/ou de rage tout enseignant normalement constitué s’évertuant contre vents et marées à mettre lesdits élèves au travail, eux qui souffrent surtout de ne rien faire et de perdre leur temps ? Une telle ineptie, proférée sur le ton dramatique qui convient, et assimilant nos potaches aux infortunés petits Japonais qui, effectivement, se suicident tant on leur met la pression, devrait ridiculiser celui qui la profère, même s’il se réclame des sociologues, dont on sait qu’ils sont suffisamment experts en expertise pour être crédibles dans les hautes sphères de la rue de Grenelle.


Est-ce, à propos de la grande  concertation,  de remarquer, et de déplorer avec Catherine Kinzler (http://www.mezetulle.net/article-l-ecole-de-la-republique-refondation-ou-reforme-109609448.html, une contribution passionnante au débat),  la « mise à l'écart des spécialistes disciplinaires, aussi bien les sociétés savantes que les associations de professeurs spécialistes », ce qui laisse mal augurer de la place du SAVOIR et de l’INSTRUCTION dans la synthèse à venir


Certes, m’a-t-on objecté après la parution sur ce blog en juillet dernier de ma note http://leblogdelapresidente.over-blog.com/article-dans-concertation-il-y-a-d-abord-certation-107924933.html , mais de quoi vous plaignez-vous, jamais contente que vous êtes ? Parmi les personnalités invitées, on trouve plusieurs représentants de l’anti-pédagogisme (pour aller vite), comme Denis Kambouchner ou  Jean-Paul Brighelli ! Vous voyez bien qu’on parlera pour vous !

 

Bien sûr, et je ne doute pas une seule seconde de la pertinence des observations que livreront nos deux amis. J’observe simplement qu’aucune ASSOCIATION de défense de l’Ecole et/ou des humanités n’a été conviée, pas plus « Sauver Les Lettres » que le GRIP ou RE, pas davantage l’ALLE ou SEL, qui, comme les sociétés savantes et les associations de spécialistes, semblent inconnus au bataillon Peillon.

En clair, on reconnaît en haut lieu que notre parole existe, mais portée par des individualités aussi brillantes qu'isolées, et ne représentant, en quelque sorte, que leur génie personnel. L’idée qu’il existe des associations de terrain faites de militants, d’alterpédagogues qui travaillent au contact des élèves, de défenseurs de l’instruction, ne semble pas avoir été intégrée par le Comité de pilotage – comme si rappeler encore et toujours  le DEVOIR D’INSTRUCTION avait quelque chose de gênant pour nos nouveaux gouvernants. Il faut dire que lorsque le discours officiel pose en principe numéro un qu’apprendre est pour les élèves français à l’origine d’une grande  souffrance,  on voir mal comment pourrait sortir de la concertation Peillon autre chose qu’un infâme brouet pédago enrobé dans de la phraséologie laïque et républicaine, comme on nappe de sauces trop riches les viandes un peu faisandées.

 

Bref, on va nous payer de mots, et ne rien faire – ce qui vaudrait peut-être mieux que d’entreprendre des réformes délétères qui achèveront le malade sous couvert de le refonder. Peut-être faudra-t-il que notre système scolaire descende encore un peu plus bas, si c’est possible, et que l’on touche le fond du fond, pour que le coup de pied salutaire, qui remette l’instruction (ni l’élève, ni l’enseignant) au centre du projet, soit enfin donné ?

En attendant (et il semble que ce soit, a priori, la seule mesure de grande  ampleur susceptible d’être prise),  les professeurs et les instituteurs auront le plaisir de voir rognées leurs vacances au nom du respect des rythmes biologiques, ce qui les fera travailler plus pour gagner autant. On a viré Sarkozy pour moins que ça, non ? ! Et la Présidente, qui a mauvais esprit, se demande avec intérêt comment le SGEN-CFDT et l’UNSA-FEN nous feront passer la pilule…  Mais c’est une autre histoire. 

 

Et toujours, le site de RECONSTRUIRE L'ECOLE, http://www.r-lecole.fr/

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Published by leblogdelapresidente
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commentaires

devenir professeur 11/10/2012 19:07


Personnellement, je suis très sceptique sur ce "programme" de sauvetage de l'école. Il me semble que cela avait été entrepris par Chirac auparavant, et ça n'a aboutit à rien de très intéressant
au final. J'espère que ça sera différent là, mais je n'y crois pas trop.

leblogdelapresidente 12/10/2012 04:06



Certaines des préconisations du rapport sont aberrantes pour ne pas dire dangereuses. Attendons pour voir ce qui sera concrètement retenu et appliqué. Mais on peut légitimement craindre de voir
transformer l'Ecole, du primaire au collège et peut-être même au lycée, en grande garderie plus ou moins culturelle. L'instruction publique, là-dedans, n'y retrouvera pas ses
petits 



Moyal 19/09/2012 13:50


Oui, sans doute, chère Présidente.


En mots, dans les positions de principe, le Snes est (lui aussi) expert.


En actes et dans les stratégies d'opposition...


Je le sais, je l'ai fréquenté 30 ans dont 15 de très près. Mais l'espoir fait vivre...


Amicalement.

Moyal 06/09/2012 20:56


Bonjour, Pleinement en accord avec l'analyse, tout comme je l'avais été avec la précédente...et les autres.


D'emblée le Peillon et le triste Juliiard de pacotille ont envoyé des signes qui ne trompent pas (par exemple s'empresser de se rendre au Salon de la Vache, euh, pardon, des Enseignants
Innovants, les 72 abrutis spécialistes de l'enfumage et du fil à couper le beurre, dont l'imbécillité le dispute à l'ignorance crasse ). Les caresses et les trémolos dans la voix pour vanter
l'exemplarité des enseignants - tout en affirmant que pour la revalorisation de leurs salaires, ils sont priés d'attendre la fonte des neiges du Sahara (mais pourtant "ils en sont dignes",
variante de "ils le valent bien") - font partie des grands classiques de la duperie...


Juste une remarque sur la fin du propos : on peut très allègrement (un mot aux consonances bénies) rajouter le Snes à la liste des syndicats nommés. Pour ce qu'il a été capable de faire depuis
2003, lui aussi, il le vaut bien.

leblogdelapresidente 07/09/2012 08:29



 Le
cas du SNES est plus compliqué. Je pourrais citer par exemple un extrait sans ambiguité du dernier  bulletin académique :  "(...)elles
ont la vie dure, les idées vieilles de trente ans portés par les experts auto-désignés, les recteurs  inamovibles et les syndicats sans aucun relai sur le terrain ! Socle commun, école
fondamentale ou école du socle, primarisation du collège, polyvalence des maîtres, orientation en adéquation avec les besoins locaux et immédiats du marché du travail, uniformisation des voies et
des séries, parcours à la carte, autonomie de l’établissement… Bien que, depuis trente ans, les
personnels ne cessent de faire la démonstration de l’inadéquation de ces réformes successives, les lieux
communs et les a priori idéologiques pourraient ressortir à l’occasion de cette concertation. La profession devrait alors rapidement
réagir". C'est dit en termes galants, mais c'est clair. Je crois que nous allons bientôt nous retrouver dans la même configuration qu'en 98 sous Allègre, avec d'un côté, de facto,
un front SNES SNALC SAGES FO, quelles que soient par ailleurs leurs divergences (les "conservateurs", comme dit l'UNSA) et de l'autre les syndicats pédagos, SE et SGEN-CFDT. 




 



Dugong 06/09/2012 10:22


Merci pour cette note.


Hélas, le travail de sape a été long et productif et le système bascule maintenant à grande vitesse dans le trou noir.


Ainsi, le jus pédagol du jour qui sait si bien tendre le micro à tous les destructeurs d'instruction, nous explique le processus de "concertation" en cours :


"Nathalie Mons explique pourquoi le mécanisme de la concertation produit du consensus"


Comme s'il n'y en avait pas déjà assez...


http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/09/06092012Article634825125388583195.aspx


 

leblogdelapresidente 06/09/2012 15:59



Merci, Dugong,  pour ce lien. Il y a effectivement de quoi se flinguer -- mais nous ne leur ferons pas ce plaisir ! Sursum corda et venceremos !