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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 09:47
LETTRE OUVERTE À UN AMI PÉDAGO,  ÉPISODE 2

Suite du feuilleton, et du grand roman épistolaire en cours…

Devant un ordinateur, c’est tout de suite plus facile, de lire, de répondre et de poster !

Résumé des épisodes précédents : mon excellent ami et collègue Joël B., que je qualifierai volontiers de « pédago » même s’il s’en défend véhémentement, a émis en commentaire ici même toute une série de propositions tellement dignes d’intérêt que j’y ai répondu là (1)

Ci-dessous, la réponse de Joël, et ma réponse à celle-ci.

NB : Pour plus de lisibilité et même si nos points de vue n’ont radicalement rien à voir, le texte de Joël est en italiques

A Françoise (Mes réactions à ta réponse - la suite)


Venons en aux quelques propositions délibérément iconoclastes (on dirait ailleurs thought provoking) que j’énonçais. Je constate d’abord que tu as préféré les traiter non point par point mais en bloc, une fois dûment étiquetées, labellisées, assimilées à une diablerie connue, dès lors aisément


Je récuse ce procédé, bien connu de nos jeunes années (staliniens, trotskistes, même combat) consistant, pour disqualifier une parole, à y coller une étiquette infamante, permettant dès lors de décliner les horreurs afférentes et préparer l’autodafé, sans lire. Idem pour disqualifier une personne. Je ne me reconnais pas pédago, et ne sais même ce que cela signifie au fond, si ce n’est qu’ici c’est une des figures de l’abomination. La présentation ainsi faite, le chien se sait noyé. Exit. J’ai adoré ton de facto, un moins latiniste aurait pu dire en dernière analyse. Cela permet dans le paragraphe d’accumonceler pêle-mêle toutes sortes d’horreurs, comme autant de fagots au bûcher. L’image que tu me tends n’est pas mon reflet, et la discussion reste à mener.

Joël, si j’ai traité tes propositions en bloc et non pas une à une, c’est parce qu’elles constituent un tout, qu’elles sont le fruit d’une même philosophie de l’école, d’une même vision du monde, qui ne sont pas les miennes. Il pourra m’arriver d’être d’accord avec toi sur des points de détail, mais il n’en reste pas moins que, globalement, les présupposés de ton programme, que j’ai lu avec attention, me paraissent très contestables.

Par ailleurs, pour ce qui concerne mes jeunes années, je crois qu’effectivement, si j’ai pris des rides et de l’âge, ce que je n’ai pas perdu, c’est – comment pourrais-je le dire sans te blesser ? – une certaine capacité à flairer les arnaques et à débusquer, sous le discours gogoche et bien-pensant de la social-démocratie, la magouille finale, quelles que soient par ailleurs, parfois, les bonnes intentions (dont l’Enfer est pavé…) de ceux qui portent ledit discours, tout persuadés qu’ils sont de faire le bonheur du peuple malgré lui, et, en l’occurrence, de savoir, mieux que les professeurs, ce qui est bon pour eux et pour des élèves qu’ils n’ont plus vus de près depuis plusieurs lurettes.

J’en resterai moi aussi au global, pour te confirmer qu’on diffère en effet sur le fond. Mais encore faut-il l’expliciter, remonter à l’impensé.


Je le vois affleurer quand tu parles de « la liberté pédagogique des professeurs : on enseigne comme on veut, on bidouille, on expérimente, avec ou sans informatique, avec ou sans tableau noir (ou blanc, interactif ou pas), avec livre ou avec tablette ». Que tu associes aussitôt à une question de « confiance ». Je crois que là est le fond, cette représentation du prof comme maître-artisan, voire artisan d’art, maître chez soi, chacun sa spécialité, son tour de main. On n’a plus de compte à rendre, une fois sa compétence certifiée, ou agrégée. Toute évaluation formelle est récusée, sauf très épisodiquement et l’enjeu n’en est que la rapidité de promotion. Il est inconvenant qu’un collègue vienne jeter un œil. Reste, comme pour l’artisan, ou la profession libérale, l’évaluation informelle et sauvage de la cour de récré, des rumeurs entre parents, de la salle des profs – mais qui doit rester tue. Cette façon de se percevoir, ce modèle économique du travailleur indépendant, a sa légitimité – même si elle reste dans le non-dit, et que la posture prise dans la revendication soit volontiers celle du prolétaire.

Joël, ne mélangeons pas tout et ne caricaturons pas.

La liberté pédagogique des professeurs, ce côté « maître-artisan », comme tu le dis très bien, est effectivement la clé de la confiance et de la créativité des collègues. Il ne s’agit pas de cuisiner tout seul dans sa classe – comme les artisans, les professeurs partagent, mutualisent, donnent un coup d’œil, apportent un regard extérieur. De plus en plus et tu le sais, les « tours de main », comme les recettes de cuisine, s’échangent,(les copies itou), les cours se préparent en commun, et c’est très bien parce que c’est informel. Les enseignants travaillent ensemble par affinités, amitiés, convergence dans la manière de faire et/ou enrichissement par la différence, et c’est parfait. A partir du moment où on va imposer aux gens de bosser en équipe et selon des démarches qui ne seront pas forcément les leurs, ça ne marchera pas. A se demander du reste si le but de la manœuvre est vraiment que « ça marche », ou de contraindre les professeurs à passer définitivement sous les fourches caudines de la pédagogie officielle unique.

Quant à l’inspection, parlons-en : les IPR aux ordres venus imposer à de bons professeurs de travailler en séquence et par méthode inductive, alors même que les résultats obtenus par ces collègues étaient excellents, nous les avons bien connus naguère dans l’Académie de Nantes, où le corps des IPR semblait devenu l’annexe du catalogue Bertrand-Lacoste.

Tout comme on ne peut pas imposer le travail en équipes, on ne peut davantage imposer la séquence didactique comme le schibboleth, l’alpha et l’oméga de la pédagogie du français. Il y a des programmes, à respecter impérativement, car le bac est encore, jusqu’à plus ample informé, un examen national, et puis des méthodes, des procédures, un savoir-faire, qu’il faut laisser se développer, que les collègues choisissent ou non de travailler ensemble. La créativité est à ce prix : n’oublions pas que Célestin Freinet a dû quitter l’Education Nationale et ouvrir une école privée (certes « prolétarienne », mais privée) pour pouvoir continuer à enseigner comme il l’entendait.

Quant à la « posture du prolétaire », si les salaires des professeurs n’étaient pas aussi ridiculement bas et si le point d’indice n’était pas bloqué depuis quelques lurettes, elle n’aurait pas lieu d’être.

LETTRE OUVERTE À UN AMI PÉDAGO,  ÉPISODE 2

Ce modèle est ce que nous avons connu, il a fonctionné. Son corollaire était aussi que n’arrivait dans le secondaire qu’une partie d’une génération (souvenons nous des classes de fin d’études où restaient ceux qui n’avaient pu passer, ceux souvent qui n’avaient pas l’appétit pour l’étude alors que les autres n’avaient en fait pas besoin de « pédagogie », ils avaient pigé le truc, suffisait de leur transmettre le savoir). Mais la société offrait assez de boulots non qualifiés qui allaient les absorber. L’écrémage, ou la production de déchets, se poursuivait d’ailleurs tout au long du secondaire. Mais une proportion de rebut est admise dans l’artisanat d’art.

Je ne vois pas le rapport entre le modèle « artisanal » et le fait que, « de notre temps », seule une partie de notre génération « montait » au lycée , comme si c’était cet « artisanat d’art » qui avait produit « l’écrémage », pour reprendre ta métaphore. « De notre temps », les instituteurs formés à l’Ecole Normale pratiquaient, justement, cette pédagogie artisanale qui te fait un peu sourire – avec les « leçons de choses », par exemple, où le maître bidouillait avec les moyens du bord un système solaire ou la digestion du pain blanc par la salive in vitro… Et toute la classe était bouche bée, y compris ceux qui n’avaient « pas d’appétit pour l’étude », certes, mais de l’intérêt pour le concret et le vivant.

Ton terme de « Corollaire » suppose que c’est le modèle artisanal qui était l’obstacle à la démocratisation scolaire, alors même que dans les campagnes bas-alpines ou autres, devant une « classe unique », les instituteurs inventaient des solutions pédagogiques au cas par cas et qui fonctionnaient. Ceux qui n’allaient pas au lycée reprenaient la ferme familiale, par exemple, ou l’atelier paternel : boulots qualifiés, certes, et même hautement qualifiés (un bon vigneron, un bon charcutier, c’est du vrai savoir et du vrai savoir-faire) mais d’une qualification non scolaire en ces temps-là : on apprenait avec son père ou sa mère, et avec des taloches éventuellement.

L’écrémage, comme tu le dis, tient à tout autre chose : toujours moins d’école à l’école, toujours moins de savoirs transmis, et la sensation, chez ceux qui décrochent, que rien de ce qu’on fait dans les classes n’a de sens.

Mais le monde a changé. Notre suprématie n’est plus là. Nos sociétés, si elles veulent préserver notre niveau de vie, ne peuvent se permettre de produire chaque année des milliers de jeunes non qualifiés. Cela obère l’avenir et le coût n’est pas supportable. Objectif indispensable : zéro déchet. Cela amène à réviser les processus, à changer les méthodes de travail. Car c’est bien d’un travail et d’un métier qu’il s’agit, auquel on se forme, et qui comme tout au monde change et évolue avec la vie.

La question que tu ne poses pas, c’est celle du « pourquoi » : pourquoi ces jeunes non qualifiés, pourquoi les « décrocheurs », pourquoi les désolantes statistiques de l’illettrisme lors des journées APD.

Tu n’es du reste pas le seul à refuser de la poser, mais ce n’est pas une raison. A partir du moment où l’Ecole n’instruit plus les élèves, où elle renonce à les instruire, où une IG constructiviste et Bertrand-Lacostienne explique sans rire que si un petit sixième ne sait pas lire, ce n’est pas grave, vu qu’il n’a pas terminé ses études, il ne faut plus s’étonner de rien.

Un enfant s’ennuie à l’école (au collège, au lycée) quand il a l’impression d’y perdre son temps, quand il n’en sort pas enrichi, quand il n’y apprend rien, quand, je le répète, les apprentissages ne font pas sens. Tu noteras que sur ce point je partage l’opinion de Meirieu – même si les conclusions que j’en tire ne sont pas exactement les mêmes :-)

L’accent est mis, au-delà d’abreuver de savoirs ceux qui ne demandent qu’à boire (pas besoin de « pédagogie » pour ceux-là, je te l’accorde, ils apprennent de toute façon – on en a peut-être fait partie) sur ceux à qui il faut donner l’envie d’apprendre pour X raisons, afin de les hisser à un niveau minimum, ou mieux déclencher le déclic qui leur fera prendre leur essor. Je te l’accorde aussi, beaucoup, travers bien Français de pseudo-cartésiens binaires, pensent qu’un objectif remplace l’autre et ne voient pas que les deux finalités doivent se prolonger, s’articuler, voire se renforcer l’une l’autre.

Sur ce point, je vais être d’accord avec toi : ce qu’il faut donner ou re-donner, c’est l’envie d’apprendre.

Mais pour cela, il faut… apprendre ! Je vais utiliser une métaphore gourmande, pour éclairer mon propos : faire découvrir à un enfant des nourritures un peu difficiles comme le foie gras, le roquefort ou les huîtres, suppose que l’enfant ait goûté le foie gras, les huîtres, le roquefort, qu’il puisse expérimenter les bonheurs gustatifs de ces plats. On ne peut pas gaver un gosse de jambon blanc-coquillettes et attendre qu’il ait le déclic pour une gastronomie un peu plus pointue.

Il y a un plaisir d’apprendre, qu’il faut effectivement susciter. Mais comme le dit Samy Joshua, un pseudozintellectuel de droite bien connu, « ce n’est pas parce qu’on fera faire aux élèves des choses rigolotes qu’ils apprendront mieux » (2). Les élèves, y compris et peut-être même surtout les décrocheurs, ne sont pas stupides : si ce qu’on leur apprend ne fait pas sens pour eux, ils ne voient pas les raisons de s’y accrocher, surtout quand le monde hors les murs paraît si gai, si drôle, si « plein de nègres et de négresses », si rentable, si plein de possibilités magiques (le football, le trafic, les « roots », la chansonnette, le mannequinat) tellement plus désirables que l’école, qui, à vouloir rivaliser en attractivité avec l’extérieur, sera toujours moins « sexy », comme le dit à propos du latin une des conseillères de NVB (3).

LETTRE OUVERTE À UN AMI PÉDAGO,  ÉPISODE 2

Cela implique un changement de modèle économique. On passe de la cueillette à l’agriculture. Du maître-artisan solitaire au travail de groupe, à la communauté éducative. Une large part de l’autonomie se déplace de l’huis-clos de la classe au niveau de l’établissement. Métamorphose, changements essentiels, qui implique une mutation de tous les paradigmes, et au-delà. Et qui implique surtout d’imaginer, de trouver les modalités d’application, les cadres, les pratiques, les pouvoirs et contre-pouvoirs, bref faire du neuf. Tout est à inventer, et se contenter de résister, c’est laisser les choses se mettre en place sans y peser, tout au plus les retarder. Combat d’arrière-garde. Dire « c’est le libéralisme ! les petits chefs ! » c’est laisser le champ libre, refuser le combat, s’avouer vaincu d’avance.

Si ce que tu appelles « la communauté éducative », c’était juste de rassembler les enseignants, de les laisser enseigner et de leur donner carte blanche pour, en mettant en commun leur créativité, créer une synergie profitable pour tous, profs comme élèves, je crois que tout le monde ou presque serait d’accord.

Mais soyons sérieux, Joël : tu connais l’institution aussi bien que moi (et même mieux, au sens où tu as été, toi, de l’autre côté des bureaux…), tu sais très bien comment ça se passe et comment ça se passera : des projets mousse-paillettes, parce ce qui compte, surtout dans un contexte de mise en concurrence des établissements (et des professeurs !), c’est le « faire-savoir » -- parfois même des projets Potemkine, très beaux sur le papier, intenables dans la pratique ; ou encore des projets chronophages, fatigants pour les collègues, et avec sur les élèves des résultats tout aussi aléatoires que ceux des approches plus conventionnelles. Je n’aurai pas la cruauté de revenir sur le tract ( !) en espagnol ( !!) à destination des floriculteurs kenyans, présenté sur F2 (reportage au collège Clisthène, où, ne l’oublions pas, l’on expérimenta la réforme) comme le nec plus ultra de la pédagogie innovante (4).

Il est possible avec des formes de gauche d’effectuer cette mutation, serait-on trop cons pour les imaginer ? Refuser a priori toute réorganisation, l’autonomie au sein des établissements, la coordination du travail, et des remises en cause bien au-delà, est dogmatique et suicidaire. Cela relève de la même intelligence que proscrire tout alcool pour éviter l’ivresse. C’est aussi se complaire dans la posture de la victime.

Si « l’autonomie au sein de l’établissement » se traduit, comme il est probable, par une réorganisation où chaque enseignant sera son propre flic, chapeauté de surcroît par son coordonnateur de discipline, devenu de facto (eh oui, j’insiste…) son supérieur hiérarchique, puis par le conseil pédagogique, instance de contrôle et, dans de mauvaises mains, de flicage, puis par le chef d’établissement, et éventuellement par le CA, je crains que le remède que tu proposes soit encore pire que le mal. Et je ne vois pas en quoi l’intérêt des élèves, là-dedans, s’en portera mieux.

Cela dit, on peut ne pas aimer, préférer légitimement, à titre personnel, le statu quo ante, où l’on a connu joies et épanouissement. Finie la liberté d’enseigner ? Mais un sportif ne s’épanouit-il que dans les sports individuels, pas dans les sports collectifs ? On peut préférer le tennis au rugby, mais difficilement tenir ce dernier pour lieu d’asservissement. Eternelle question du conflit entre intérêt général et intérêt particulier, du TGV dont on veut bien qu’il passe mais pas chez moi – auquel cas les justifications historiques, écologiques, environnementales – ou pédagogiques - ne manquent jamais. Que l’intérêt des élèves n’aura-t-il pas justifié, depuis trente ans au moins !

Là encore, tu déplaces les problèmes. Le rugby est un sport merveilleux, mais tu sais parfaitement que les équipes qui gagnent sont celles dont la dynamique de groupe est positive ; on peut dire la même chose à propos du football – si les Bleus ont été champions en 1998, c’est parce qu’ils jouaient très bien, certes, mais aussi parce qu’Aimé Jacquet avait sélectionné des joueurs dont il considérait qu’ils pourraient travailler efficacement ensemble (d'où l'éviction de Cantona).

Or d’une part tous les chefs d’établissement (même s'ils en rêvent) ne sont pas Aimé Jacquet, tant s’en faut. D’autre part, le recrutement des enseignants par lesdits chefs d’établissement (tout comme leur évaluation, du reste, si le corps d’inspection venait à disparaître) ouvre grand l’espace du copinage (au mieux) et du favoritisme, surtout dans des contextes de féodalités locales un peu... pesantes.

C’est ce qui se passe dans les institutions privées, certes, mais nous ne sommes pas, du moins pas encore, dans cette configuration-là.

Tout dans la situation présente me déplaît. Et surtout son verrouillage par les postures des acteurs. Le(s) gouvernement(s) avance(nt) par petites touches, un pion de-ci, de-là, morceau de puzzle après l’autre, mais sans qu’apparaisse le schéma d’ensemble, l’objectif final et toutes ses implications. Cela crée toutes les peurs possibles, cristallise tous les rejets. Et on assiste à l’hystérie récente, Marianne guidant le peuple en duo d’opérette avec Figaro.

L’intention des gouvernements est parfaitement claire, et le schéma d’ensemble tout autant : par petites touches, effectivement, mais comme le navire Argo ou la grenouille cuite, déconstruire l’existant, c’est à dire au premier chef le cadre national, et importer dans l’enseignement public les méthodes de gestion du privé. L’objectif final, du PS comme de l’UMP pardon de LR, c’est, sous les jolis mots et les généreuses intentions (adaptation aux urgences de l’heure, autonomie, libération des initiatives, intérêt des apprenants, sauvetage des décrocheurs, égalité républicaine ), de mettre en place un modèle d’Ecole où l’objectif final ne sera plus d’instruire mais de donner une sorte de bagage de compétences minimum (le fameux socle commun de F. Fillon) – un peu comme une médecine, qui, au lieu de soigner, se contenterait de réparer.

Définir, décrire, clarifier l’objectif final, ce serait en permettre la discussion, ouvrir le champ de la négociation sur les modalités, y compris rassurer sur la progressivité et le filé. Mais une telle communication est-elle possible ? Apparemment non, sans mettre le feu aux poudres, tant la culture générale est à la préservation des acquis, à la méfiance contre toute modification, à la haine des déplacements de lignes qui, forcément, ébranlent des équilibres personnels patiemment conquis. Le syndicalisme enseignant n’a pas peu contribué à solidifier ces réflexes depuis 20 ou 30 ans, les parant des discours les plus progressistes.

« La préservation des acquis » et l’attaque contre le syndicalisme enseignant, ce pelé, ce galeux, ce casse-pieds… Joël, mon cher Joël, on sait d’où tu parles. Ne deviens pas ta propre caricature, je t’en supplie : tu vaux mieux que ces désolants raccourcis. Et console-toi en te disant qu’il reste le SGEN-CFDT et l’UNSA-FEN pour dire toujours « amen » et sortir le stylo dès qu’il y a une réforme à approuver.

J’en veux encore à Jospin de n’avoir pas fait le boulot quand il avait 5 ans devant lui et à Allègre de ne pas avoir expliqué sa visée mais de s’être posturé en épouvantail.

LETTRE OUVERTE À UN AMI PÉDAGO,  ÉPISODE 2

Toutes mes excuses pour la photo : c'est BAS, je le reconnais, mais je n'ai pas pu y résister ! J'ai honte -- mais c'est BON, la honte....

« Fait le boulot », j’adore l’expression… Pourtant il l’a fait, le boulot, avec son acolyte Allègre, il l’a fait salement (et il l’a salement payé, faut reconnaître !), avec la loi de 1989 qui a signé le commencement de la fin pour le système scolaire français. Mais j’arrête là car nous perdons de vue le sujet et j’ai déjà été très longue dans ma réponse

Au lieu d’une vraie réflexion d’ensemble, sereine et approfondie, ce qui n’exclut pas l’affrontement d’idées et moins encore les vrais clivages entre gauche et droite (justice sociale ou laisser-faire des avantages acquis,…

Ce que j’aime bien chez toi, Joël, c’est ton sens du raccourci. Un « avantage acquis », c’est de droite. Magnifique, on dirait de l’Emmanuel Macron.

…. on s’enferme dans d’incandescentes conflagrations rhétoriques sur une heure de plus ou de moins ici ou là, bien de chez nous.

Il ne s’agit pas d’une heure de plus ou de moins ici et là, malheureusement, mais de la disparition à court terme d’un enseignement (le latin en tant que langue) ou de filières qui marchaient bien (bilangues).

Quant aux heures de français, rappelons simplement qu’en 1976, un élève qui sortait du collège avait reçu 2088 heures d’enseignement du français depuis son entrée en CP ; En 2004, c’était 800 de moins, soit l’équivalent de deux années et demie : comme si, au milieu de son année de 5eme on le faisait passer en 2nde.

Et après, on se demande pourquoi tant d’élèves sortent de l’Ecole sans qualification…

La notation ? Prononcez le mot et les couteaux sortent, et on se retrouve dans le fameux dessin « Ils en ont parlé ! ». Pourtant, la formation continue, en plusieurs décennies d’expérience, a fait des avancées, trouvé des modes pertinents qui méritent attention. Maos…

Maos, vraiment ? ;-)

… rien de rien n’a été intégré dans l’enseignement initial, non plus que les notions de compétences, d’acquis/non acquis, dont la greffe ne prend pas (je ne me suis pas contenté de bronzer sous les cocotiers, ni d’user le rond-de-cuir du rectorat, j’ai aussi glandé dans la formation continue qui, chacun le sait, n’est que billevesées - n’en déplaise à un commentateur).

Pour ce qui concerne les compétences et afin de ne pas produire une réponse interminable, je te renvoie à un texte que j’ai co-écrit voici quelques années avec Agnès Joste et Michèle Gally, sur le site de SLL, Collectif Sauver les Lettres (5), je crois qu’il te donnera la mesure de l’étendue de notre désaccord

Pendant ce temps, le monde change. Les enseignants seraient-ils les seuls incapables de se remettre en cause et de s’adapter quand tous les métiers l’ont su, jusqu’aux plus modestes ?

Que le monde change, on est tous d’accord ; mais que ce soit le prétexte pour proposer des remèdes qui sont pire que le mal et la pérennisation de pratiques qui ont fait la preuve de leur inefficacité, là je ne comprends plus.

Ne me dites pas que c’est parce que les autres risquaient la perte d’emploi à ne pas bouger.
Je rejoins là ce que tu dis, Françoise, dans « Gueule de bois et perspectives », à savoir « réfléchir à des contre-propositions sans se borner à une posture défensive. » Je n’aurai pas forcément dit « contre », mais il importe peu. On n’est pas « contre » la loi de la pesanteur, mais on peut parvenir à voler. PROPOSITIONS, réflexions, remises à plat. Le cycle inauguré en 1945 est terminé, bien des solutions trouvées alors, et qui ont démontré leur efficace, sont devenues contre-productives. Banale dialectique historique. il faut savoir les remettre en question, trouver et surtout négocier les formes nouvelles, originales, qui aillent même vers des améliorations. Impossible ? Pas aisé certes, mais impossible seulement si- arc-boutés dans la conservation, on laisse s’imposer les choses.

« Conservation », j’aime bien, aussi : c’est presque « conservatisme », non ?

1945, c’est le Programme National de la Résistance, « les jours heureux », etc., clairement dans le viseur. Au moins c’est clair…

Ce n’est pas la première fois que la social-démocratie, derrière un habillage lénifiant (je n’ai pas dit « léninifiant » !) et de bienveillantes proclamations d’intentions, met en place des mesures inefficaces pour ne pas dire nuisibles.

J’ai dit remise à plat complète. Je ne voudrais pas finir sans revenir sur les remarques de Pierre-Henri, qui soulève un point central, mais avec lequel je diffère car il réfléchit en termes statiques et non dynamiques. Il est évident que ce chamboulement à venir du métier d’enseignant va aussi avec une renégociation des conditions faites aux enseignants (obligations de service, carrières, temps de travail, et bien entendu rémunération). Le constat fait du manque d’attractivité de la profession est flagrant. La féminisation a un temps masqué le phénomène, mais c’est terminé. Et quand on est repoussoir, les conséquences sont multiples, à terme, et profondes. Là encore, quel est l’état des lieux, en gros, très simplifié. J’y vois un contrat tacite, jamais énoncé. Je te sous-paye largement, certes, tu vas en baver dans un premier temps, dit l’employeur, mais je t’assure la sécurité de l’emploi, beaucoup de temps libre, peu de risques de sanction, et au bout de quelques années, si tu sais y faire, une amélioration progressive de tes conditions de travail. Les inconvénients s’étant petit à petit aggravés, pas étonnant que, d’une part, le « contrat » intéresse de moins en moins les meilleurs, et que, d’autre part, à tout ce qui peut apparaître comme un coup de canif aux avantages les intéressés se sentent volés comme au coin du bois. Et comme on est dans le non dit, le dialogue est difficile. Il faut en sortir. Et revenir au point de départ. Jusqu’ici, les enseignants du secondaire sont des cadres A de la fonction publique (cela peut changer, comme tout, mais faut le dire). En outre, il faudra rendre le job attractif pour bien recruter. Cela peut aussi impliquer une révision de la définition du temps de travail, une modulation des rémunérations selon les tâches, les évaluations, voire les résultats (mais oui ! et là encore, ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain : cadrages, concertations, instances de régulation et surtout formation des acteurs peuvent éviter seigneuries, arbitraires et abus).Le changement du métier d’enseignant doit aller avec une revalorisation sérieuse de ce métier. Mais soyons réalistes : cela n’ira pas non plus sans poser la question du coût et donc des effectifs. Qui peut prendre ce risque ? En tout cas mieux vaut en parler, que feindre de ne pas voir en tonitruant sur des points annexes.

Si la redéfinition du métier va dans le sens d’une dégradation, vu l’état d’épuisement et de découragement des troupes (comme tu le reconnais toi-même, d’ailleurs), tu n’auras plus personne pour exercer ce boulot de chien. 35 heures hebdo, 5 semaines de congés annuels, des réunions chronophages et des tâches administratives à l’infini, je ne vois pas où est l’attractivité.

Quant à la modulation de la rémunération selon les résultats, je trouve cette proposition absolument insensée : nous travaillons sur du matériel humain, avec une composante aléatoire totalement inquantifiable, par définition. Exemple : l’année X, j’ai quatre admissibles et trois admis à l’ENS, je touche une prime – et l’année suivante, alors que je me suis investie avec la même énergie, un seul alpha et zéro admis : suis-je pour autant devenue un mauvais professeur ?

Pour ce qui concerne l’évaluation par le chef d’établissement, tu sais ce que j’en pense. Mieux vaut encore un corps d’inspection, même très imparfait, même autoritariste, même vérolé par le constructivisme, que la notation par le « patron » (sic, mais beaucoup de collègues emploient ce texte) : l’école n’est pas une entreprise, même si le programme socialiste rêve d’y importer les méthodes du privé.

Tiens, encore un paragraphe. Comment se fait-il que beaucoup qui prônent la démocratie participative se révulsent à l’idée d’une autonomie des établissements ? Dans tout changement, c’est celui qui fait qui prend le pouvoir, car ce qu’il met en place le privilégie. Plutôt que d’être seulement défensifs, pourquoi ne pas peser pour une gouvernance des établissements qui assure l’efficacité tout en se prémunissant de l’autoritarisme, de l’arbitraire et d’autres maux ? Faire de l’établissement un espace productif démocratique. Intéressant non ?

Une « gouvernance des établissements » se prémunissant de l’autoritarisme et de l’arbitraire, tout en accroissant les pouvoirs de l’équipe de direction, ça me paraît relever de la quadrature du cercle ou des antinomies de la raison pure.

La « démocratie participative », que je sache, ce n’est pas un machin où chaque lycée, collège, etc., va œuvrer dans son coin à la recherche du « caractère propre » qui lui permettrait de se faire bien voir des acteurs économiques et politiques locaux, tout en flattant les parents dans le sens du pelage. Si ce que tu appelles la « démocratie participative » (et que je comparerais plutôt aux « cercles de qualité » en entreprise, ce machin venu du Japon où les travailleurs collaborent à l’amélioration de leur propre oppression et à l’optimisation du poids des chaînes) doit aboutir pour l’Ecole à la fin du cadre national, je ne vois pas ce que les acteurs du système, élèves comme enseignants, auront à y gagner. Si la « démocratie participative » officialise les dékhonnages de type Clisthène, je pense que ce n’est vraiment pas la peine.

« Faire de l’établissement un espace productif démocratique », comme tu le dis, ce serait, simplement, commencer par laisser les enseignants enseigner, mettre en place les structures et les procédures de leur choix, se regrouper (ou pas) par affinités sur leurs propres projets – le seul impératif étant le respect de programmes à la fois ambitieux et progressifs. Que la créativité bouillonne et que cent fleurs s’épanouissent, loin des commissaires pédagogiques et des caporaux petits ou gros.

Dans l’état actuel des choses, c’est plutôt vers une extension du domaine de la garderie que l’on s’achemine. Je ne suis pas sûre que les élèves, pas plus que leurs enseignants, n’aient à y gagner quoi que ce soit.

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Published by leblogdelapresidente
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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 08:09
En forme de réponse, lettre ouverte à un ami pédago

« Phosphorons maintenant ! On pense mieux à plusieurs que tout seul ! », ainsi concluais-je mon précédent article consacré à la réforme du collège.

Mon excellent ami Joël B., joyeux compagnon, fin gastronome, gentil garçon, « pédago » devant l’Eternel (comme quoi ni lui ni moi ne sommes sectaires…) , au demeurant le meilleur fils du monde, a rédigé en commentaire une série de propositions à ce point dignes d’intérêt que j’entreprends de lui répondre ici publiquement et « en grand ».

Pour ceux qui auraient la flemme d’entreprendre une petite marche arrière pour retrouver l’exact intitulé de son propos, je le reproduis in extenso (à une nuance près, sur laquelle je m’expliquerai dans le corps de ma réponse en forme de lettre ouverte.)

N.B. J’ai d’ores et déjà supprimé, sur ce sujet, des commentaires grossiers, et j’en censurerai d’autres s’il le faut, sans états d’âme. Essayons de répondre à Joël de manière constructive et courtoise, sans céder à la facilité de déverser des insanités sur un discours dont l’aspect provocateur, effectivement, peut ressusciter en nous d’ataviques instincts belliqueux pour ne pas dire de dommageables réflexes d’entartage.

LE PROPOS DE JOËL, DONC

« Allez, un peu de provoc pour rigoler, maintenant que la messe est dite.

Mon expérience du grec au Lycée *** – souvenirs vivaces. Au premier trimestre d’une année scolaire assez tendue, services chargés. Une collègue de lettres classiques, bien sous tous rapports, agrégée et tout, arpentait les couloirs à la recherche d’élèves de grec. Il ne lui en restait que deux, peut-être même en partance, la pauvre, et il lui en fallait au moins quelques autres pour justifier ses heures. Elle a dû trouver.

Car l’enjeu était là. Pas pour l’amour du grec (Venez que je vous embrasse !!) mais pour avoir un service complet et léger. Car sinon c’était une classe de plus en français, trois au lieu de deux, et ça change la vie pendant l’année (moi qui avec quelques manants de certifiés en avions quatre -ce qui est une horreur de corrections - apprécions la situation). Parlons franc. Derrière les cris d’orfraie sur les humanités s’écroulent, il y a aussi des considérations de niches confortables, et de coûts exorbitants, qui pour être triviaux doivent aussi être pris en compte avec des solutions idoines.

Je me souviens avoir évoqué la possibilité, pour ce peu d’élèves dont il fallait en effet satisfaire l’attente, de recours au CNED – un service public très performant, qui, additionné d’un peu de répétition, peut jouer parfaitement son office.

J’avais aussi horrifié en suggérant que par exemple on pouvait mettre ensemble les élèves de grec de plusieurs établissements aixois, et rendre ainsi plus acceptables des heures d’agrégé(e)s.
Gene
viève (épouse de Joël, note de la Présidente) avait même rappelée qu’elle-même, dans les années 60, élève alors d’un établissement on ne peut plus catho de jeunes filles, allait alors avec ses camarades suivre des cours de grec au lycée public de garçons voisin (enfer et damnation !) pour faire un groupe « soutenable ». Les deux établissements avaient pu s’entendre sur cela, surprising isn’t it ? Mais je ne suis pas dupe, l’enjeu est bien ailleurs.

Encore une fois, à force de ne vouloir rien changer, de protéger des niches, de refuser des accommodements, de trouver des solutions adaptées et satisfaisantes pour tous, on se prend une réforme en pleine poire, et ne reste qu’à pleurer. La prochaine viendra de la droite, on peut faire confiance, mais on trouvera normal d'être un peu décoiffé.

Alors la réforme du collège ? du petit braquet tout ça, beaucoup de bruit pour rien. On commencera à en parler le jour où, au collège comme au lycée d’ailleurs :

1. Toutes les matières et tous les niveaux ne seront pas égaux par ailleurs, en termes de service


2. On instituera une mobilité obligatoire au bout d’un certain temps dans un poste, pour casser les situations de niche et les effets de queue – y compris avec des temps hors de l’enseignement


3. Les établissements jouiront d'une GRANDE autonomie, y compris en termes de recrutement, sur des projets pédagogiques (gouvernance à définir)


4. Les services seront définis en termes de tâches et pas seulement d’heures de cours (quelqu’un avait parlé de 35h, pas si con, si c'est bien négocié)


5. Les vacances scolaires seront pour les élèves, les profs quant à eux, fonctionnaires, bénéficiant du statut de la fonction publique et de 35 jours ouvrables, ou quelque chose comme ça


6. On utilisera pleinement les ressources de l’informatique et des logiciels interactifs pour transmettre des connaissances, concentrant le face à face pédagogique sur l’acquisition des savoir-faire, les travaux pratiques, l’encadrement rapproché des élèves en difficulté – ainsi que le coaching des meilleurs – ce qui ferait éclater la notion de classe, et la notion d’année scolaire, au passage, pour une pratique bien plus large de groupes de niveaux et d’évaluation des compétences.


7. On va en trouver d’autres, j'en ai encore sous le coude. J’avais dit provoc ? Finalement, c’est assez sérieux tout ça ! Et de gauche, en plus. A disposition pour argumenter chaque point. »

En forme de réponse, lettre ouverte à un ami pédago

Reprenons donc à présent point par point

« Allez, un peu de provoc pour rigoler, maintenant que la messe est dite.

Cher Joël, rien ne garantit que « la messe (soit) dite », tout d’abord. Je crois que tu as mal évalué le degré de mécontentement des collègues – et des parents d’élèves, comme le montrent les récents déboires du cher Raoult de la FCPE ; je ne pense pas que les professeurs de collèges (et ceux des lycées, qui les soutiennent) se laisseront imposer sans réagir une réforme qui va à l’encontre de leurs convictions les plus profondes.

Et pour ce qui est de « rigoler », je crois qu’on attendra une autre occasion…

Quant à cette manière expéditive et ingénument brutale de t’exprimer, « la messe est dite », avec ses inflexions manuelvallsesques, elle relève sans doute du dernier chic socialo dans la manière de gérer le dialogue avec les personnels. Mais comme captatio benevolentiae, tu avoueras que ce n’est pas top.

Certes, tu ne cherches pas la bienveillance, puisque tu reconnais toi-même faire « un peu (sic) de provoc ». Tu ne seras donc pas étonné du ton parfois un peu raide sur lequel, en toute amitié, je vais te répondre.

Mon expérience du grec au Lycée *** – souvenirs vivaces. Au premier trimestre d’une année scolaire assez tendue, services chargés. Une collègue de lettres classiques, bien sous tous rapports, agrégée et tout, arpentait les couloirs à la recherche d’élèves de grec. Il ne lui en restait que deux, peut-être même en partance, la pauvre, et il lui en fallait au moins quelques autres pour justifier ses heures. Elle a dû trouver.

Car l’enjeu était là. Pas pour l’amour du grec (Venez que je vous embrasse !!) mais pour avoir un service complet et léger. Car sinon c’était une classe de plus en français, trois au lieu de deux, et ça change la vie pendant l’année (moi qui avec quelques manants de certifiés en avions quatre -ce qui est une horreur de corrections - apprécions la situation).

Parlons franc. Derrière les cris d’orfraie sur les humanités s’écroulent, il y a aussi des considérations de niches confortables, et de coûts exorbitants, qui pour être triviaux doivent aussi être pris en compte avec des solutions idoines.

Compte tenu de la manière peu amène et pour tout dire indélicate dont tu parles de la collègue de lettres classiques, la désignant quasiment à la vindicte publique en sous-entendant que c’est ni plus ni moins qu’une grosse fainéantasse (encore le vrai chic socialo, j’imagine, mais ça devient un peu lourd, même en tenant compte du registre polémique), tu comprendras volontiers que j’aie anonymé le nom du lycée.

Puisqu’il faut « parl(er) franc », comme tu dis, dans ce même lycée et à propos de « niches confortables », j’ai connu pire en termes de situation : par exemple des gens qui partaient en cours d’année sous le ciel enchanté des bureaux rectoraux loin bien loin des élèves, en laissant en guise d’adieu à leur remplaçant quelques dizaines de dissertations, justement, à corriger.

Bref, le type de sous-entendu auquel tu procèdes, provoc ou pas provoc, est juste dégueu insultant pour la personne à laquelle tu fais allusion. Prétendre que les professeurs de grec s’accrochent à leur option pour ne pas travailler, c’est aller trop loin, c’est inadmissible, je te le dis gentiment mais fermement.

Je me souviens avoir évoqué la possibilité, pour ce peu d’élèves dont il fallait en effet satisfaire l’attente, de recours au CNED – un service public très performant, qui, additionné d’un peu de répétition, peut jouer parfaitement son office.

J’avais aussi horrifié en suggérant que par exemple on pouvait mettre ensemble les élèves de grec de plusieurs établissements aixois, et rendre ainsi plus acceptables des heures d’agrégé(e)s.
Geneviève avait même rappelée qu’elle-même, dans les années 60, élève alors d’un établissement on ne peut plus catho de jeunes filles, allait alors avec ses camarades suivre des cours de grec au lycée public de garçons voisin (enfer et damnation !) pour faire un groupe « soutenable ». Les deux établissements avaient pu s’entendre sur cela, surprising isn’t it ?

La solution du regroupement des heures de grec sur un seul lycée, ou même de la constitution d’un seul « pôle lettres classiques » par ville ne date effectivement pas d’hier. J’ai moi-même expérimenté, en classe de 1ere (1968-1969), ce type de configuration, puisqu’une demi-douzaine de jeunes filles hellénistes (c’était avant la mixité) avaient eu la joie, la chance et l’inestimable avantage d’aller traduire Homère et Euripide au lycée de garçons – tous ces beaux jeunes gens à nos pieds, et le prof de lett. class. aux petits soins, aaaah, c’était un vrai bonheur (soupir nostalgique).

Tout ceci marchait très bien, pédagogiquement parlant, et ne posait aucun problème il y a quarante-cinq ans, dans un contexte où les établissements n’étaient pas encore mis en concurrence. Depuis, on a connu les palmarès du meilleur lycée (dans divers magazines), le classement IPES, l’affichage triomphant des résultats du bac, la danse des sept voiles pour recruter, et j’en passe.

Concurrence entre public et privé, bien sûr (j’ai vécu vingt et un ans en Vendée, je connais…), mais aussi entre public et public. Dans ce sens, perdre une option de grec, pour un établissement, c’est toujours grave -- comme perdre l’allemand, le russe, l’option musique ou toute option rare, un BTS, une prépa, bref, tout ce qui peut constituer un « plus » pour la boîte non seulement en termes de résultats (il ne s’agit pas forcément de « bons » élèves) mais d’image et de faire-savoir, puisque, hélas, c’est à présent ainsi que l’on nous impose de raisonner.

Quant à interdire de classer les lycées, inutile de rêver : la tendance générale vers l’autonomisation (j’y reviendrai, d’autant que tu la prônes) ne va pas dans ce sens, bien au contraire.

Mais je ne suis pas dupe, l’enjeu est bien ailleurs.

Encore une fois, à force de ne vouloir rien changer, de protéger des niches, de refuser des accommodements, de trouver des solutions adaptées et satisfaisantes pour tous, on se prend une réforme en pleine poire, et ne reste qu’à pleurer. La prochaine viendra de la droite, on peut faire confiance, mais on trouvera normal d'être un peu décoiffé.

Parce qu’on ne l’est pas, « décoiffé » ? Tondu, oui, et même scalpé !

Etre malmené par la droite, ça a l’apparence de la logique. La droite ne peut plus nous décevoir. Par la « gauche » (enfin, cette gauche-là), on a beau avoir l’habitude depuis Allègre, ça fait toujours quelque chose : nous nous sommes tant aimés, on avait tellement envie de faire confiance, même après avoir été cocufiés tant de fois. On se disait : « Ils vont bien comprendre, quand même, ils vont bien finir par nous écouter »… Ben non. Toujours persuadés de détenir la vérité, contre le cours même du réel.

Oui, l’UMP revenue au pouvoir fera sans doute pire, aucune illusion là-dessus – ou plutôt elle parachèvera le sale boulot que le PS a commencé. L’ultra-libéral Madelin est à fond pour la réforme du collège : ça ne te trouble pas ?

Mais revenons au reste de tes propositions.

Alors la réforme du collège ? du petit braquet tout ça, beaucoup de bruit pour rien. On commencera à en parler le jour où, au collège comme au lycée d’ailleurs :


1. Toutes les matières et tous les niveaux ne seront pas égaux par ailleurs, en termes de service


2. On instituera une mobilité obligatoire au bout d’un certain temps dans un poste, pour casser les situations de niche et les effets de queue – y compris avec des temps hors de l’enseignement


3. Les établissements jouiront d'une GRANDE autonomie, y compris en termes de recrutement, sur des projets pédagogiques (gouvernance à définir)


4. Les services seront définis en termes de tâches et pas seulement d’heures de cours (quelqu’un avait parlé de 35h, pas si con, si c'est bien négocié)


5. Les vacances scolaires seront pour les élèves, les profs quant à eux, fonctionnaires, bénéficiant du statut de la fonction publique et de 35 jours ouvrables, ou quelque chose comme ça


6. On utilisera pleinement les ressources de l’informatique et des logiciels interactifs pour transmettre des connaissances, concentrant le face à face pédagogique sur l’acquisition des savoir-faire, les travaux pratiques, l’encadrement rapproché des élèves en difficulté – ainsi que le coaching des meilleurs – ce qui ferait éclater la notion de classe, et la notion d’année scolaire, au passage, pour une pratique bien plus large de groupes de niveaux et d’évaluation des compétences.


7. On va en trouver d’autres, j'en ai encore sous le coude. J’avais dit provoc ? Finalement, c’est assez sérieux tout ça ! Et de gauche, en plus. A disposition pour argumenter chaque point. »

En forme de réponse, lettre ouverte à un ami pédago

Tout ceci est peut-être « de gauche », Joël, mais d’une gauche qui n’est pas la mienne et pour laquelle, je l’écris solennellement en pesant chacun de mes mots, je ne voterai plus JAMAIS : déréguler, déréglementer, déconcentrer, autonomiser, tout cela présenté, bien sûr, comme un « plus » pour les professeurs, les élèves et les établissements, c’est instaurer le règne de la concurrence perpétuelle, non seulement entre les collèges et les lycées (ça existe déjà, nihil novi), mais à l’intérieur de l’établissement, entre collègues, entre équipes, entre projets. Non merci.

Ce que tu proposes, de facto, c’est la fin du cadre national, des programmes, des examens nationaux, et tout le pouvoir aux féodalités locales, aux groupes de pression économiques ou idéologiques, aux petits et grands chefs, aux géniaux concepteurs de projets innovants avec beaucoup de mousse, au meilleur VRP susceptible de vendre ses salades, au plus habile danseur de claquettes, au plus fin joueur de pipeau, aux coordonnateurs de discipline promus mini-inspecteurs de leurs collègues, au conseil pédagogique érigé en instance de flicage. Caporalisation accrue du métier. Non merci.

Ce que tu nommes poétiquement « gouvernance à définir », ce sont les méthodes du privé. Non merci.

La seule autonomie qui vaille d’être valorisée, c’est (à l’intérieur de programmes et d’horaires nationaux précisément définis) la liberté pédagogique des professeurs : on enseigne comme on veut, on bidouille, on expérimente, avec ou sans informatique, avec ou sans tableau noir (ou blanc, interactif ou pas), avec livre ou avec tablette, comme en 1950 ou comme en 2050, on s’en fiche : l’essentiel est qu’à la fin de l’année les élèves aient appris et travaillé.

Curieusement, cette liberté pédagogique, cette confiance accordée aux professeurs, tu n’en parles pas, les socialistes n’en parlent pas – parce que ce qui les anime, c’est tout le contraire, un ressentiment outrancier, une espèce de haine rance, une suspicion permanente vis-à-vis des enseignants, à qui l’on impose faute de les convaincre, et qu’il faut, comme le montre le passage en force sur la réforme, absolument mater pour que « la messe (soit) dite ».

Qu’on ne compte pas sur nous pour dire DEO GRATIAS

Joël, mon cher Joël, tu es un ami, mais en ce qui concerne l’Ecole nos positions, je ne t’apprends rien, sont, à quelques points de détail près, complètement incompatibles. Je crains fort que dans les conflits qui s’annoncent nous ne nous trouvions une fois de plus, de part et d’autre de la barricade.

Ce qui ne nous empêchera pas de déguster ensemble l’excellent vin de mon fils, naturellement. Ce sera sans doute le seul élément de synthèse possible entre nous dans ce débat…

En forme de réponse, lettre ouverte à un ami pédago
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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 10:15
Gueule de bois et perspectives

« Nous devrions savoir, depuis la réforme Peillon des rythmes scolaires, qu’il y a une catégorie devant laquelle un gouvernement socialiste ne recule jamais : les enseignants, considérés envers et contre tout comme un "électorat naturel"… », écrivais-je lundi ici même (1) dans un grand élan cassandresque.

Et de poursuivre, en espérant faire erreur : « Gageons que les pourcentages officiels (de la grève) seront ridiculement bas, et que (mardi) soir la ministre, dont la comm’ ne recule devant aucune contrevérité, se félicitera sur toutes les ondes de la "sagesse", du bon sens et de la modération des professeurs de base, qui auront su résister à l’opération de désinformation menée conjointement par des élitistes conservateurs et d’infâmes immobilistes corporatistes jalousement attachés à leurs privilèges et insoucieux de l’intérêt des apprenants patati patata patin couffin. »

Je ne me trompais pas, hélas. Mais ce que je n’osais imaginer, même dans mes cauchemars les plus fous, c’est que le décret, ainsi que l'arrêté portant sur la réforme du collège (2), paraîtraient ce mercredi 20 mai au Journal officiel (3), et datés du 19 – manière particulièrement inélégante d’exprimer la plus totale indifférence vis-à-vis des personnels en grève ce jour-là : même si le mouvement avait été suivi à 80 ou 90 %, la publication de ces textes était d’ores et déjà programmée. Cessez le travail, manifestez, battez le pavé, on n’en a "rien à cirer", comme disait Edith Cresson. Nous savons bien mieux que vous ce qui est bon pour vous, et nous ferons votre bonheur malgré vous, ah mais.

En bon français, ça s’appelle un passage en force. Admirable la part d’un gouvernement qui se prétend attaché à la concertation sociale, se proclame hautement « social-démocrate », et confirme dans les faits qu’il n’est ni l’un ni l’autre – ni démocratique ni social.

Souvenons-nous, nous qui avons de la mémoire…

« Moi président de la République, je ferai en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés, aussi bien les organisations professionnelles que les syndicats, et que nous puissions avoir régulièrement une discussion pour savoir ce qui relève de la loi, ce qui relève de la négociation… »

Cette composante de la célèbre anaphore du 2 mai 2012, est passée, avec bon nombre d’autres engagements sur lesquels ce qui me reste de charité m’interdit de développer, aux profits et pertes. « Les promesses faites n’engagent que ceux qui les écoutent », philosophait Jacques Chirac paraphrasant le petit père Queuille. Encore un point commun entre les deux Corréziens, un cynisme sans vergogne derrière le sourire bon enfant et l’affabilité rad-soc.

Le dialogue social, la discussion, qu’il disait ? Oui, mais ça, c’était avant.

A moins, naturellement, que l’on n’ait considéré en haut lieu que, la question du collège étant non seulement trop sérieuse pour être confiée à la représentation nationale mais encore trop sensible pour être soumise à négociation avec les syndicats représentatifs, seul le passage en force par décret pouvait s’envisager.

Après avoir fait voter le texte par un CSE globalement aux ordres (et du reste mis en place dans cette intention…), il était clair que pour madame la ministre et pour Manuel Valls, le débat était clos, fermez le ban, screugneugneu. Du reste les consignes semblent d’ores et déjà données aux médias : quelques minutes ce matin pour enterrer le sujet, et on enchaîne, tournez manèges, et circulez, y’a rien à voir.

Gueule de bois et perspectives

Les réactions des collègues sont naturellement contrastées : les partisans de la réforme (il y en a, ne serait-ce qu’au SGEN-CFDT et à l’UNSA !) se congratulent plus ou moins bruyamment. Les uns éclatent de Schadenfreude (la « joie mauvaise », clin d’œil à la langue de Goethe, tant qu’on peut encore l’étudier correctement…), les autres, plus lucides, se demandent comment ils parviendront à convaincre les réticents – au moins ont-ils compris qu’on ne peut pas faire réussir une réforme contre l’avis de la majorité de la profession.

Quant aux opposants, devant un tel mépris, les plus polis parlent de « baffe » ou de « camouflet », les cornéliens de « soufflet », les truculents de « doigt d’honneur » et même, horresco referens et révérence parler, de « fist-fucking ». Tous vivent la publication du décret et de l’arrêté comme une véritable déclaration de guerre, et jurent leurs grands dieux que jamais plus jamais au grand jamais ils ne mettront dans l’urne un bulletin socialiste.

Bonjour l’ambiance en salle des professeurs. Pour favoriser la constitution d’équipes et la coopération entre enseignants, faut reconnaître que comme plan nul c’est génial.

Il est bien tôt pour se hasarder à prédire les suites du mouvement, et dans quelle mesure, à l’approche du BNC, les professeurs seront prêts, et sous quelles modalités, à se mobiliser à nouveau.

J’imagine que l’intersyndicale va se réunir très vite et définir une stratégie : on ne peut laisser passer sans riposter un tel coup de force.

Ce qui semble clair, en revanche, c’est que la rupture est définitivement consommée entre le PS et le corps enseignant. On ne me fera pas croire que le Président et le premier ministre, dans leur entêtement, n’en sont tout de même pas un petit peu conscients. Alors, quel est le but de cette stratégie apparemment suicidaire ? Pour reprendre l’expression d’un de mes collègues (4), en agissant ainsi, les socialistes se coupent une main (la majorité de leur électorat enseignant) pour sauver le bras, la réélection de François Hollande en 2017. L’idée du gouvernement est de radicaliser le débat et l’électorat d’opposition afin que ce dernier aille vers un vote extrême, par dépit – en clair, de tabler sur la lepénisation d’une partie des professeurs et des parents d’élèves.

Disons-le crûment : si François Hollande comptait sur son bilan pour être réélu, les chances seraient bien faibles. En revanche, affaiblir l’UMP en hystérisant les débats ouvrirait pour lui une possibilité d’affronter Marine Le Pen au second tour, et, en tablant sur le front républicain, de nous refaire le coup de Chirac face à l’affreux Jean-Marie : 80 % de votants, et réélu dans un fauteuil. Misérable calcul; Elle est pas belle, la vie ?

Gueule de bois et perspectives

Pour les enseignants, là réside le piège dans lequel il ne faut pas tomber : ne rien espérer de la droite, a fortiori du FN bien sûr. Avant de se réjouir du soutien de Ferry, Chatel, Fillon et les autres, se souvenir que c’est ce même Fillon qui a mis en place le « socle commun » et l’enseignement par compétences, dont la présente réforme du collège vient en quelque sorte parachever l’exécution. Aucun UMP ne reviendra sur le « socle », parce que ce serait contraire à tout ce que le parti propose en termes d’enseignement et à tout ce qu’impose l’Europe libérale (5).

C’est donc aux professeurs, dans leurs syndicats, dans leurs associations de spécialistes, dans les mouvements pédagogiques auxquels ils appartiennent, dans des groupes de réflexion comme le Collectif Sauver Les Lettres ou, en toute modestie, Reconstruire l’Ecole, dont le site revient à nous après quelques déboires techniques (6), -- aux professeurs, disais-je, de réfléchir à des contre-propositions sans se borner à une posture défensive.

Le collège tel qu’il est n’est pas satisfaisant ? Les inégalités scolaires se creusent ? Le remède proposé par Mme Vallaud-Belkacem est pire que le mal ? Certes. Alors phosphorons maintenant ! On pense mieux à plusieurs que tout seul !

Devant à nouveau m’absenter pour quelques jours en « zone blanche », je ne pourrai répondre aux commentaires et vous prie de bien vouloir m’en excuser.

(1) http://leblogdelapresidente.over-blog.com/2015/05/demain-19-mai-juste-un-debut-pour-un-vrai-debat.html

(2) Décret n° 2015-544 du 19 mai 2015 relatif à l’organisation des enseignements au collège

(3) Arrêté du 19 mai 2015 relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de collège

(4) Merci, Alexandre !

(5) « La définition (du socle) et sa mise en application sont strictement les demandes de la communauté européenne, en réponse aux exigences des économistes et des commerciaux s’inquiétant du niveau de qualification des populations européennes réclamé par les changements des lois du marché [2]. On en trouvera tous les détails, et de nombreux éléments repris tels quels ou presque, en " version française ", par le Haut Conseil de l’Éducation (HCE), dans le document suivant de novembre 2005 : Proposition de recommandation du Parlement européen et du Conseil sur les compétences clés pour l'éducation et la formation tout au long de la vie, (p 1 à 14), qui applique scrupuleusement les recommandations de l’E.R.T. (Table ronde des industriels européens) en 1995 : " L’éducation doit être considérée comme un service rendu au monde économique". » Suite sur http://www.sauv.net/socle.php, en m’excusant de me citer (texte coécrit avec Agnès Joste et Michèle Gally)

(6) http://www.r-lecole.fr/

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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 16:04
Demain 19 mai : juste un début pour un vrai débat !

Demain mardi 19 mai, les professeurs, à l’appel de leurs syndicats représentatifs, seront en grève contre la réforme du collège telle que la propose ou plutôt l’impose madame Vallaud-Belkacem, soutenue dans ce funeste projet par messieurs Valls et Hollande, qui semblent avoir l’intention d’en faire un test (de quoi, je me le demande…) en se posant, jugulaire au menton et accent martial oblige, comme des modèles de courage politique et de transgression des tabous. De la part d’un gouvernement qui a capitulé (je cite dans le désordre et j’en passe) devant les Bonnets rouges, Angela Merkel, les agriculteurs productivistes, diverses multinationales, le lobby autoroutier, les diktats de Bruxelles, etc., il y aurait presque de quoi rire, et bruyamment. Mais nous devrions savoir, depuis la réforme Peillon des rythmes scolaires, qu’il y a une catégorie devant laquelle un gouvernement socialiste ne recule jamais : les enseignants, considérés envers et contre tout comme un électorat « naturel », malgré la défaite de Lionel Jospin victime de son gourou Allègre. Mais ces gens-là n’ont pas de mémoire…

Gageons que les pourcentages officiels seront ridiculement bas, et que demain soir la ministre, dont la comm’ ne recule devant aucune contrevérité, se félicitera sur toutes les ondes de la « sagesse », du bon sens et de la modération des professeurs de base, qui auront su résister à l’opération de désinformation menée conjointement par des élitistes conservateurs et d’infâmes immobilistes corporatistes jalousement attachés à leurs privilèges et insoucieux de l’intérêt des apprenants  patati patata patin couffin. 

Le tout résumé dans Le Monde par le cher Gorce, qui n'en rate jamais une (qu'on se souvienne de ses pingouins grecs de sinistre mémoire)

Demain 19 mai : juste un début pour un vrai débat !

C’est bien pourquoi ce mouvement doit être massivement suivi, si massivement qu’il ne sera plus possible, ni pour le ministère ni pour les médias aux ordres, de minimiser la colère des collègues, ni de la réduire à une extrême-droitisation d’esprits irresponsables, au bord de la crise de nerfs, et/ou trop prompts à s’affoler pour pas grand-chose.

Dans un premier temps, la comm' ministérielle s’est voulue ludique, « pédagogique » comme on dit (comprendre, instruire en amusant), par le biais de petits dessins nunuches(1)…

Demain 19 mai : juste un début pour un vrai débat !

… et d’animations (2) à la portée de caniches mentalement déficients, si j’ose m’exprimer ainsi. Puis le ton s’est durci, avec l’inénarrable sortie sur les « pseudo-zintellectuels », où NVB s’est proprement tiré une balle dans le pied.

Nous en sommes à présent à la phase III./ de la manœuvre, la dramatisation. Tremblez, mortels : cette opposition à la réforme, c’est tout bonnement le fascisme à nos portes, du moins tel que nous le « vend » le staff des communicants maison.

Passons rapidement sur la subtilité de la manœuvre, qui me rappelle ce que mon défunt père, grand amateur de rugby devant l’Eternel, appelait « une feinte de balayeur » : en clair, un story-telling mis en place avec une finesse si kolossale que ses instigateurs finissent par y croire eux-mêmes : une jolie jeune femme aux yeux de gazelle et au sourire craquant, pas sotte, d’origine marocaine, est mise en avant pour porter une réforme (3) touchant un sujet plus que sensible, le collège, dont chacun reconnaît l’échec. Tout opposant sera automatiquement traité de raciste, de sexiste, de réac faisant le jeu des fafs, et passez muscade. Peu importe que le SNES, la CGT et Sud-Educ, pas spécialement droitiers, désapprouvent sans ambigüité les modalités de la réforme, peu importe que le PCF, le PG, LO (4) et j’en oublie, la condamnent, tout ceci n’est que l’écume des choses : la terrible vérité, si l’on en croit les éléments de langage du ministère et de la ministre elle-même, c’est que, comme l’observe un extrémiste bien connu, le médiéviste Michel Zink (5), « il apparaît de plus en plus que madame la ministre et ceux qui embrassent sa cause avec le plus de zèle sont persuadés que les adversaires de la réforme du collège sont tous de mauvaise foi. Il semble aussi que madame la ministre divise l'opinion en deux catégories : ses partisans et l'extrême droite. Elle n'en connaît point d'autres. »

Fichaises, et je suis polie.

Soyons clairs et remontons à la source des problèmes, avec le « socle commun de compétences » voté en 2005 sous l'UMP (loi Fillon), censé garantir à tous les élèves, par contrat entre l'Etat et les familles, un niveau minimum de formation. De mauvais esprits, comme par exemple le Collectif Sauver Les Lettres (déjà de pseudo-zintellectuels, faut croire) en soulignèrent d’emblée le danger (6). Dix ans plus tard, ce texte résonne de manière prémonitoire, mais n’épiloguons pas : amère satisfaction que celle de Cassandre…

Le problème du socle, c'est que pour être « commun », le niveau de formation doit être le plus bas possible, sinon, en bonne logique, il n'est plus « commun ». Son contenu est donc, de fait, proche du zéro, comme le rappellent utilement les dernières statistiques relatives à l’effondrement du niveau des collégiens en mathématiques. (7)

Le résultat de l'instauration du « socle commun », sous couleur de mettre les familles en confiance, a été de vider l'enseignement au collège de toute substance cohérente, et ce n’est pas fini.

1. Les enseignements disciplinaires sont donc voués à la disparition progressive (aujourd’hui le latin, le grec et l'allemand, demain l'histoire, le français...), et à leur remplacement par des activités pluridisciplinaires cafouilleuses au cours desquelles on évaluera des « compétences » définies de manière plus ou moins discutable.

2. Les notes seront remplacées par des évaluations de compétences.

3. Le BNC (brevet national des collèges) est appelé à disparaître, remplacé à terme par le livret de compétences.

En somme, NVB ne fait rien d'autre que de continuer à mettre progressivement en œuvre le socle commun, comme tous ses prédécesseurs, MM. Fillon, Chatel, Peillon, Hamon. Inutile donc de la diaboliser puisqu'elle ne fait que son travail. Rien ne sert non plus de crier à la trahison contre les socialistes, puisque la mise en œuvre du socle est la mission conjointe que se sont donnée, en parfaite complicité, l'UMP et le PS.

Une contre-attaque efficace consisterait peut-être à obtenir l'abrogation du « socle commun » et donc respectivement des lois Fillon (qui l'a mis en place), et Peillon (qui l'a conforté).

Mais ce travail exigerait de monter un dossier juridique et législatif titanesque puisque en dix ans tout le Code de l'Education a été modifié en fonction de la loi Fillon. Il faudrait mettre sur le coup une armée de juristes dirigés par quelqu'un qui aurait une parfaite connaissance et une longue habitude des textes officiels. Quel est (quels sont) le(s) syndicat(s) qui pourrai(en)t aujourd’hui engager ce combat juridique de longue haleine ?

Et pourquoi pas un référendum national d'initiative partagée (8) ? Serait-il envisageable de trouver 20 % de parlementaires (185 députés et/ou sénateurs) qui, sans se contenter de protestations vertueuses, plus ou moins crédibles, (souvent ridicules, et tout à fait intéressées, dans le cas de l’UMP), seraient prêts à s’engager dans cette démarche ? ALORS, CHICHE ??? Avec contre lui la menace de cinq ou six millions de OUI (9), le gouvernement pourrait-il ne pas reculer ?

Soyons imaginatifs, soyons offensifs, faisons flèche de tout bois. La stratégie d’extrême-droitisation de l’adversaire n’est pas crédible et ce chiffon rose ne convainc que les déjà convaincus. Les partisans de la réforme, qu’il s’agisse de groupuscules syndicaux béni-oui-oui ou de la direction de la FCPE, déjà contestée en interne (10), ne représentent qu’une minorité des enseignants et des parents. Une journée de grève, même fort bien suivie, ne suffira pas pour ouvrir les yeux des Olympiens qui nous gouvernent ni pour les sortir d’une obstination pathologique -- que je n’ose pas qualifier d’autisme de peur d’offenser les personnes qui souffrent de cette maladie.

Cette fois-ci ne lâchons rien : si cette réforme passe, c’en sera fini non seulement du collège, mais de ce qui reste encore d’aplomb dans notre système scolaire, du primaire au lycée (donc à l’Université).

Donner le meilleur à tous, en finir avec les inégalités scolaires, bien sûr, certainement, cent mille fois oui, mais pas comme ça, pas à la hussarde, pas contre les personnels, les familles et les jeunes. Si madame Vallaud-Belkacem est vraiment de bonne foi quand elle parle de l’intérêt des enfants et des adolescents, qu’elle cesse de se/nous raconter des histoires, redescende de son piédestal de martyre du fascisme, cesse de calomnier ses adversaires, revienne sur sa réforme, et ouvre au plus vite, sans exclusive, des négociations avec tous les syndicats. La cause des élèves est trop importante pour être noyée dans des éléments de langage aberrants et une phraséologie ridicule qui fait perdre de vue l'essentiel : comment le collège doit redevenir le lieu d'où tout élève puisse sortir instruit.

(1) Le compte Twitter du gouvernement est tout ravi de faire la promotion de sa réforme avec ce joli dessin de Louison, -- qui a travaillé sur commande, ne l’insultons pas….

(2) http://www.gouvernement.fr/lettre-aux-familles-nobles-des-7-royaumes

(3) Opération déjà tentée au moment de la loi sur le mariage pour tous ; mais ce n’est pas médire de Najat Vallaud-Belkacem que de remarquer que Christiane Taubira, c’est une autre pointure, une autre hauteur de vues et une autre culture…

(4) Cf. http://www.lutte-ouvriere-journal.org/2015/05/12/reforme-du-college-degradation-en-perspective_37107.html , http://www.humanite.fr/la-reforme-du-college-ne-reduira-pas-les-inegalites, www.lepartidegauche.fr/actualites/actualite/soutien-la-greve-pourquoi-une-greve-le-19-mai-contre-la-reforme-des-colleges-32299 et http://www.jean-luc-melenchon.fr/2015/05/15/la-fin-du-college-unique/

(5) http://www.lepoint.fr/societe/reforme-du-college-michel-zink-decouvre-le-ministere-de-l-education-nationale-13-05-2015-1928279_23.php#xtor=CS2-238

(6) http://www.sauv.net/socle.php

(7) http://www.lemonde.fr/education/article/2015/05/17/mathematiques-le-niveau-des-collegiens-francais-a-recule_4634823_1473685.html

(8) L’article 11 de la Constitution indique qu’« un référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa peut être organisé à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales ». L’initiative appartient aux parlementaires, le soutien de simples électeurs n’étant qu’une condition supplémentaire à cette initiative Ce mécanisme peut être mis en œuvre depuis le 1er janvier 2015, date de l’entrée en vigueur de la loi organique n° 2013-1114 du 6 décembre 2013. Voir la suite sur Wikipédia…

(9) Un sondage n’est qu’un sondage, mais tout de même, c’est une photo de l’opinion à l’instant T… http://www.lejdd.fr/Societe/Education/La-majorite-des-Francais-contre-la-reforme-du-college-732506

(10) http://fcpe55.legtux.org/la-reforme-des-colleges/

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 12:40
ABISTIS, DULCES CARICAE ? (la fin des haricots ?)

Quinze jours de mamy-sitting dans une « zone blanche » (comprendre : au wifi cafouillant), reliée à l’actualité par une information télévisée partiale, partielle et schématique, et une presse écrite ne brillant guère par ses facultés d’analyse, quinze jours dans les tièdes et fades effluves de la courgette vapeur et de la soupe de légumes, bref, quinze jours bien loin des fracas de la bataille.

« Suave mari magno…», écrivait, pour illustrer la sérénité du sage épicurien, le poète Lucrèce. Aucun plaisir à se tenir loin des combats, ah fichtre non, plutôt un malaise à imaginer les collègues lutter, sans pouvoir, modestement, apporter mon pavé à la barricade !

Toujours est-il que le retour à la « civilisation » et aux affaires de l’heure, réforme du collège et nouveaux programmes, fut pour le moins difficile. Session d’intense rattrapage sur le ouèbe, sites syndicaux (les meilleurs et les pires…), associations de spécialistes, blogs, défenseurs des humanités, germanistes, historiens, Collectif Sauver les Lettres, Arrête ton char, APLAES, CNARELA, NéoProfs, réseaux sociaux … Je ne sais si j’ai tout « avalé », mais suffisamment pour tenter, dans cette ambiance globalement détestable, de poser clairement les problèmes, de faire le tri dans ce déluge internautique, et de fournir (fourbir ? ) avec du recul les armes de la critique.

.Quelques préliminaires d’abord: parce qu’elle est femme, jeune, mignonne et d’origine marocaine, Najat Vallaud-Belkacem est parfois attaquée d’une manière indigne. Je ne donnerai en aucun cas les liens vers des sites haineux qui déversent sur elle des tombereaux de calomnies (du genre : manœuvrer pour instaurer l’enseignement de la Charia à l’école !!!), vous êtes assez grands pour les trouver tout seuls au cas où vous auriez besoin d’un émétique puissant. Bref, la ministre tient suffisamment de discours contestables pour que l’on n’aille pas, en propageant des calomnies, alourdir la barque. Et si je suis clairement opposée aux réformes qu’elle porte, je la défendrai bec et ongles contre le torrent de boue dans lequel elle est parfois traînée.

Parce qu’elle a des yeux de gazelle et un joli sourire, on lui reproche d’être sotte. « Belcassine », évidemment. Tout comme naguère « Gogolène ». Tentante paronymie, certes, mais complètement à côté de la plaque. Cette jeune femme est tout ce qu’on veut, sauf stupide. Ce genre de calembour lui permet, en effet, d’adopter une posture de martyre, victime de la goujaterie et du sexisme de ses détracteurs. N’oublions pas qu’elle a été formée par Ségolène Royal : le sempiternel « C’est parce que je suis une femme que vous vous exprimez ainsi », est un gimmick efficace et qui marche toujours. Incompétente sans doute, bloquée dans ses certitudes certainement, idéologue œuf corse, mais nunuche, certainement pas. Rusée, et fine mouche. Quel est l’intérêt de se montrer insultant envers madame Vallaud-Belkacem, qui, formée à Sces-Po et drivée par tout un staff d’experts en comm’, saura retourner le joke à son avantage ? Nous avons des arguments à apporter, des points de contestation précis à opposer : faisons-le en gardant notre sang-froid, même si ce n’est pas toujours facile. Nous avons tout à y gagner.

Deuxième remarque (oui, ça fait beaucoup de préliminaires, je l’avoue, mais chacun sait que la suite n’en est que meilleure... ): je suis absolument sidérée du culot avec lequel tous les anciens ministres UMP de l’Education se drapent, pour attaquer la réforme, dans la toge des défenseurs de la culture et des humanités. Quel est le bilan de MM. Chatel, Darcos, de Robien, Fillon, Ferry ? Qui a eu cette idée folle du socle commun de compétences ? Qui a mis en place une réforme des lycées si aberrante qu’elle en a fait des usines à gaz ? Qui a supprimé des centaines de postes de professeurs ? Qui a intégré les IUFM à l’Université (ou désintégré l’Université dans les IUFM) ? Cerise sur le gâteau, Nicolas Sarkozy, qui fit subir tant d’outrages à La Princesse de Clèves, se pose désormais en fin lettré après avoir été frappé par la grâce en relisant (hi hi hi pffff) Mille sept cent quatre-vingt-treize (sic), l’immortel chef-d’œuvre de Victor Hugo.

De ces soutiens nous nous passerons sans difficulté. Si ces personnes veulent vraiment faire quelque chose contre la réforme et s’il leur reste encore un peu de vergogne, qu’elles se taisent, par pitié. Leur responsabilité dans la situation actuelle est aussi écrasante que celle du Parti Socialiste, et les professeurs ont autant de comptes à leur demander qu’à MM. Peillon, Hamon et Mme Vallaud-Belkacem réunis.

Un dernier point concernant ceux qui nous accusent de nous contenter de l’existant, et, en nous opposant aux réformes, de maintenir dans leur échec et leur décrochage les élèves les plus gravement en difficulté. Le reproche est tout de même un peu gros, de la part d'individus qui, pendant des années, ont chanté sur tous les tons que « le niveau monte » et que tous ceux qui déploraient sa baisse, de Maschino à Brighelli en passant par Terrail ou Nico Hirtt, étaient d’affreux immobilistes réac de gauche et même réac tout court. Il a fallu que notre classement PISA baisse dans des proportions inquiétantes pour que la prise de conscience se fasse enfin. Et comme nous sommes au bord du gouffre, la ministre et le CSE nous proposent de faire un grand pas en avant…

Même si tout a été dit à propos de la réforme du collège et des nouveaux programmes qui vont avec, je voudrais insister sur quelques points qui n’ont peut-être pas toujours été soulignés avec suffisamment d’acuité.

En ce qui concerne l’enseignement des langues anciennes (pas assez « sexy », j’y reviendrai un autre jour…), la ministre a été piégée par la patrouille de désintox d’ARTE (1) qui souligne bien sa « vision franchement optimiste » et le volume réduit de l’option LA proprement dite. Mais faisons-lui la grâce (décidément, c’est ma journée de bonté !) de la supposer de bonne foi, si si si si. Demeurent tout de même, au minimum, deux problèmes non réglés : d’une part (mèn) si j’ai bien suivi le film, 2 EPI différents par an, cela signifie que MÊME SI TOUS LES ELEVES choisissent l'EPI « Langues et cultures de l'Antiquité », ils auront en tout et pour tout une vingtaine d'heures dans toute leur scolarité à consacrer aux dites « langues et cultures ». Comment peut-on prétendre que tous les élèves auront, dans ces conditions, accès au latin? D’autre part (), la mise en place de l’option Langue Ancienne dans tel ou tel collège dépendra du chef d’établissement, lui-même soumis, depuis des années, à des DHG (dotations horaires globales) de plus en plus riquiqui. Même en supposant que le Principal soit favorable au latin-grec (ce qui n’est pas tout cuit, sans vouloir médire …) de quel volant horaire va-t-il disposer pour faire vivre cette option, quand on voit que naguère, dans un grand lycée de centre ville qui s’enorgueillit à juste titre de ses prépas (2) l’enseignement des humanités, dans un contexte budgétaire contraint, s’est trouvé fort malmené ?

Autre point inquiétant, -- parmi une foule d’autres je vous l’accorde, mais j’ai déjà été bien longue je le crains : la question des programmes. A partir du moment où l’on décide que tel ou tel point, par exemple en histoire, passe « au choix » de l’enseignant, il n’y a plus de cadre national, mais un enseignement à deux vitesses, non seulement (non solum) en fonction des établissements, ce qui existe déjà, hélas, mais encore (sed etiam) entre collègues. Et qu’on ne vienne pas justifier cette aberration au nom d’une hypothétique « liberté pédagogique »-- curieusement brandie par des gens qui jusqu’ici s’y sont opposés au nom de la sacro-sainte pensée unique iufémienne et officielle. Si « liberté pédagogique » il y a, comme le rappelle très justement dans son blog « Mezetulle » Catherine Kintzler (3), elle est dans les méthodes, et non dans les programmes, qui ne doivent pas devenir une carte de restaurant dans laquelle on pioche à son gré ou à celui des élèves, mais demeurer un cadre strict et surtout national. Faire confiance aux professeurs, qui sont, jusqu’à plus ample informé, des praticiens de terrain et les premiers professionnels de l’éducation, ce n’est pas leur permettre de sabrer tel ou tel point selon des critères plus ou moins flous, mais les laisser transmettre leur savoir de la manière qui leur semble la plus adéquate. Ce qui enchante les tenants des réformes (celle du Collège comme celle des programmes), c’est ce qu’ils baptisent du joli nom d’ « autonomie » (« on offre un surcroît d’autonomie aux établissements », explique la ministre au JDD (4) ) mais qui est de fait (de facto…) un pas de plus dans la déréglementation pour ne pas dire l’atomisation du cadre national et républicain, renforcée par la mise à disposition de 20% du volume horaire (5) -- tout de même beaucoup, surtout pour écrire en espagnol des « tracts » (sic) à destination des horticulteurs du Kenya (6).

S’obstiner, sous prétexte qu’elle a été votée par un CSE pour le moins complaisant, à maintenir une réforme dont l’écrasante majorité des collègues ne veulent pas, ce n’est plus de l’obstination, mais une persévérance coupable. Pour « marcher », une réforme doit d’abord convaincre ceux qui vont la mettre en œuvre, c'est-à-dire les enseignants eux-mêmes, qui sont au premier rang sur le front scolaire et du malheur social (zeugma). Dans l’intérêt des élèves, la ministre s’honorerait, plutôt que d’user d’éléments de langage préfabriqués et de tabler sur une comm’ hors de propos (7), d’entrer en négociation avec les syndicats représentatifs, et de tout mettre à plat quand il en est encore temps. Remember Allègre…

  1. www.youtube.com/watch?v=phuv1FFCg_4&feature=youtu.be
  2. http://leblogdelapresidente.over-blog.com/article-a-en-perdre-son-latin-83555846.html et http://leblogdelapresidente.over-blog.com/article-a-en-perdre-son-latin-episode-2-85186578.html
  3. http://www.mezetulle.fr/reforme-des-colleges-et-liberte-pedagogique/
  4. http://www.lejdd.fr/Politique/Najat-Vallaud-Belkacem-Le-probleme-c-est-la-passivite-des-eleves-au-college-731592
  5. La réforme prévoit de consacrer 20% du temps d’enseignement à l’autonomie : d’une part des heures pour mener des projets interdisciplinaires dans des thématiques définies par le ministère et pour accompagner les élèves dans leur travail et leur parcours, d’autre part des marges d’heures-profs pour pouvoir travailler en groupe réduit. Le conseil pédagogique, instance d’allélo-flicage du plus grand intérêt, aura un rôle essentiel à jouer pour utiliser ces marges d’autonomie.
  6. http://leblogdelapresidente.over-blog.com/2015/04/clisthenum-donare-ensuita-purgare-postea-saignare.html
  7. Ce sera l’objet de ma prochaine notule…
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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 11:50
CLISTHENUM  DONARE, ENSUITA PURGARE, POSTEA SAIGNARE

« Réforme du collège : vers la fin du latin et du grec » (les journaux)

« Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) vient d’adopter à une large majorité (51 pour, 25 contre, 1 abstention) la réforme du collège » (les journaux derechef)

Ayant (entre diverses pérégrinations médico-familiales) très momentanément retrouvé un accès internet autre que son minuscule androïd, la Présidente, animée d’une colère vigoureuse que donne la bêtise aux âmes vertueuses, met à profit cette opportunité pour proposer un petit point d’étape sur la réforme du collège, ses applications pratiques dans la vie de nos élèves et de vos enfants, et ses implications tout aussi concrètes sur le travail de nos infortunés collègues.

Hier soir (vendredi 10 avril, donc) le journal de France 2, décidément de plus en plus la voix de son maître, nous proposait, pour mieux nous "vendre" cette calamiteuse réforme, un reportage complaisant et pour tout dire nord-coréen tourné à Bordeaux (Clisthène, bien sûr, j'ai failli taper "Clystère" je me demande bien pourquoi).

Il s’agissait, dans le cadre d’une visite dans cet établissement-pilote qui a inspiré ladite réforme, de nous faire toucher du doigt les beautés et avantages de l’interdisciplinarité. Exemple proposé, entre géographie et langue vivante : dans le cadre d'un travail sur le développement durable, il est demandé aux élèves d'écrire un tract destiné aux floriculteurs kényans ... tract rédigé en espagnol (dont chacun sait, œuf corse, qu'il est la langue majoritairement parlée dans ce beau pays) !!!

Nooon, je n’exagère pas, ô nains de l’adhésion, lecteurs de peu de foi (et à 1mn 43’’ très précisément). Il faut le voir pour le croire :

http://www.francetvinfo.fr/societe/education/bordeaux-le-college-qui-a-inspire-la-reforme_873701.html?hc_location=ufi

Voilà ce qui s'appelle un enseignement tellement plus concret, tellement mieux tourné vers les réalités de notre temps ! De mauvais coucheurs pourraient faire remarquer que les enfants n’y sont pas plus connectés avec le réel qu’en version latine ou résolution d’équations du premier degré, mais il s’agirait naturellement d’esprits tordus sans réelle implication pédagogique digne de ce nom.

On ne sait ce qui laisse le plus pantois, de l’absence de sens critique des journalistes (dont aucun ne semble savoir que le Kénya est un pays anglophone), du ridicule dont se couvrent, devant la France entière ou du moins ce qui reste de sensé parmi les téléspectateurs, les deux malheureux collègues de Clisthène, -- ou de l’incommensurable BETISE qui sous-tend l’ « esprit » (les guillemets s’imposent) des promoteurs de cette expérimentation qui est donc amenée, puisque validée par le Conseil Supérieur de l’Education, à se généraliser. Ce grand n’importe quoi va se pérenniser, dans l’intérêt des élèves bien sûr, et avec la bénédiction des instances ad hoc.

Dans ce sens, ce reportage présente du moins le très vif intérêt de mettre en valeur le vide intersidéral de ce genre d’activité-sic, qui, ne l’oublions pas, se fera aux dépens des disciplines (ces pelées, ces galeuses dont vient tout le mal) : car on va réduire les horaires des matières fondamentales, sabrer dans les langues anciennes, l’allemand, l’italien, le français, les mathématiques, supprimer les classes bilangues… et tout ça pour ça !

Là encore, je n’exagère pas, comme le montre cet exemple d'emploi du temps post-réforme présenté au CSE ces derniers jours : pbs.twimg.com/media/CCNljfEUIAA24kG.jpg

Nous n’avons donc pas encore touché le fond : faisons allègrement (in memoriam) un grand pas en avant, qui nous permettra à court terme de postuler au titre des plus beaux fabricants d’abrutis de la planète bleue.

Mais foin de vaines polémiques : allons allons, tentons d’être constructifs. Ne concluons pas trop hâtivement que la seule chose que les collégiens de Clisthène auront retenue à moyen terme de ce beau travail d’interdisciplinarité, c’est que l’on parle espagnol au Keña, pardon au Kenya. Positivons : comme tout bon pédagogue, nous savons que l’erreur, même celle de l’enseignant, fait sens, et que, comme tout est en tout et réciproquement (« Clisthenum donare », vous dis-je…) elle peut être porteuse de vérité. La Présidente a donc réuni en hâte une équipe pédagogique de choc (1) afin de réfléchir collectivement et de manière interactive sur les moyens de prolonger efficacement ces premiers pas un peu hésitants de la réforme interdisciplinaire.

Il nous est donc paru essentiel (pour combler d'aise le SGEN-CFDT, l'UNSA et Madame Vallaud-Belkacem, que nous saluons bien bas ainsi que nos collègues d’ « Education et devenir », on ne sait jamais) d’impulser, dans le cadre de la citoyenneté, du vivre-ensemble et de la solidarité avec les PVD, un club UNESCO dont l’objectif sera de vendre des gâteaux lors des récréations -- afin de collecter de quoi acheter une palette de dictionnaires espagnol-anglais à destination des floriculteurs kényans.

Lesdites pâtisseries, dont le choix des recettes sera l’occasion d’un vote démocratique pendant l’heure de vie de classe, avec rappel des principes de la démocratie à travers les âges (recherche internet sous la direction de l’enseignant d’ECJS) feront naturellement l’objet d’un travail transversal avec les professeurs de technologie (pour la cuisine), de biologie et de mathématiques, sans oublier l’infirmière scolaire (calculer le pourcentage de cholestérol dans la charlotte au chocolat). Les résultats seront finalisés dans un tract sur le chocolat que l’on fera écrire en russe (car Moscou a de grandes usines de chocolat) par les élèves de 5eme pour leurs correspondants espagnols ; quant au corps de ceux qui auront boulotté les gâteaux au lieu de les vendre, il pourra servir de matériel d'expériences pour les élèves d'Italien et de mathématiques sur les méfaits d'une alimentation déséquilibrée et les dangers des régimes dissociés. Pourquoi italien et maths, mystère, mais à partir du moment où l’on peut écrire en espagnol à destination des Kényans, au nom de quoi se l’interdirait-on ?

Signalons enfin aux âmes sensibles que les dictionnaires espagnol-anglais seront imprimés sur un papier issu de forêts amazoniennes écoresponsables grâce au tract en tchèque réalisé par les élèves de 6eme du collège Chantal Goya de Sainte-Scholastique-la-Chapelle, avec le concours du professeur de grec - bah ouais, faudra bien qu'il serve à quelque chose, cestuy-là – et de la professeur de musique… élèves de 6eme avec qui nos louveteaux entretiendront, grâce à Tweeter, une correspondance scolaire d’un très haut niveau philosophique. On calculera enfin (maths + SVT, avec emploi des calculettes programmables) le bilan-carbone du transport des dictionnaires, afin de déterminer si le dico-bateau est plus ou moins gourmand en CO2 que le dico-avion.

Bref, voici venir le temps du grotesque et de l’inconsistant : il est ahurissant que le CSE, qui semblait a priori composé de gens un peu sérieux, ait pu avaliser un tel dékhonnage dont, je le répète, le reportage de F2 donne, dans ce sens, le parfait échantillon de ce qui nous (élèves et professeurs) attend.

Nous serons tous clisthénisés, et nous l’aurons… j’arrête avant de devenir grossière, sur ce coup-là.

Non seulement Mme Vallaud-Belkacem restera dans l’histoire comme la personne qui a donné le coup de grâce aux langues anciennes, mais encore elle portera la responsabilité (pour avoir institutionnalisé ce bricolage approximatif en lieu et place d’apprentissages construits, progressifs et méthodiques), des générations de nigauds, d’ignorants et de ras-du-bulbe qui ne manqueront pas d’éclore après quelques années de ce régime à 0% de matière grise.

Ce que la Ministre ne comprend manifestement pas, c’est que le jour où ces enfants gâchés se révolteront, ce sera entre autres contre elle, son parti, et les valeurs de gauche dévoyées dont ils osent sans vergogne se réclamer. Est-ce un hasard si les électeurs du FN se retrouvent parmi les catégories les moins instruites de la population en général et des jeunes en particulier ? Vous en agitez la menace, monsieur le Premier Ministre, madame Vallaud-Belkacem, vous prétendez lutter contre, mais c’est vous qui les fabriquez, et en batterie.

  1. Merci à Catherine et aux deux Elisabeth

Me trouvant à nouveau sans ordi ni autre accès internet que mon petit androïd, je suis temporairement dans l'impossibilité de répondre aux commentaires et vous prie de bien vouloir m'en excuser. A bientôt je l'espère !

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 12:29
SURSUM CORDA ET MOROKHONS

Mme Vallaud-Belkacem restera-t-elle dans l'histoire comme la personne qui aura porté le coup fatal à l'enseignement des langues anciennes ?

La présidente aurait aimé avoir le temps d'avoir le temps. Mais quand les soucis familiaux prennent toute la place, et qu'on n'est plus chez soi, sans accès internet, le blog se met en veille.

Alors, signez et partagez la pétition AVENIR LATIN GREC !

www.change.org/p/madame-la-ministre-de-l-éducation-nationale-de-l-enseignement-supérieur-et-de-la-recherche-réforme-du-collège-non-à-la-fin-des-langues-anciennes

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 19:28

NOTE À BENÊTS PRÉLIMINAIRE : LA RECENSION QUI SUIT N’ENGAGE QUE SON AUTEUR ET EN AUCUN CAS LE POINT DE VUE DE "RECONSTRUIRE L'ECOLE"..

          CINQUANTE NUANCES DE HOUELLEBECQ

Ainsi donc j’ai lu Soumission – avec beaucoup d’appréhension, des a priori peu favorables, de vives inquiétudes en somme, le tout alimenté par le wagon de critiques, globalement négatives ou pour le moins réticentes, qui ont accompagné la sortie du roman.

Naturellement, je n’avais pas attendu Soumission pour être lectrice de Michel Houellebecq ; j’avais apprécié certaines de ses œuvres (Extension…, La Possibilité d’une île, La Carte et le territoire), d’autres moins (Les Particules élémentaires, Plateforme). Notez que j’ai écrit « apprécié » et pas « aimé », Houellebecq ne cherchant guère à être « aimable » -- et, de ce point de vue, y réussissant parfaitement, peut-être même au-delà de ses espérances.

Adoncques disais-je, j’ai lu Soumission. Et, autant vous le confier tout de suite, c’est un bon roman, si si si si : pas exactement progressiste, on l’imagine bien (mais notre écrivain, que je sache, n’a jamais caressé ce type d’ambition), sans « véritable jovialité » pour reprendre l’expression d’Alexandre Vialatte commentant la peinture de Bernard Buffet, sans héros positif comme toujours chez Houellebecq. Mais cette politique-fiction, ou plutôt cet apologue, n’a rien d’un essai islamophobe à la Éric Zemmour. Ce n’en est pas pour autant une déclaration islamophile, certes, mais l’islam est ici prétexte plutôt que sujet, me semble-t-il.

Il serait donc intéressant, plutôt que de polémiquer dans le vide, de lire vraiment le roman et de voir « ce que dit le texte » (mes anciens étudiants, que j’ai malmenés avec ça des années durant, apprécieront).

Tentative, donc.

Tout le monde connaît l’histoire, abondamment commentée avant même la parution en librairie : dans un futur assez proche, notre cher et vieux pays porte à la magistrature suprême M. Ben Abbes, leader du Parti de la Fraternité Musulmane, qui, en instaurant la charia et renvoyant les femmes à la maison, redresse l’économie, rend à la France son statut de grande puissance, rétablit la paix civile, la prospérité, la culture, supprime comme par enchantement la délinquance (au prix sans doute de quelques morts…), et fait le bonheur des Français, fermez le ban.

Sujet sensible s’il en est, l’islam, avant même les attentats de ces dernières semaines…

Alors, soyons méthodiques (prof de prépa, on ne se refait pas !) et commençons par poser clairement la question de l’islamophobie dans l’œuvre, puisque c’est principalement ce qui fâche. Fils d’un épicier (comme Margaret Thatcher), le Président Ben Abbes est un homme intelligent, affable, sympathique, avec de fort nobles ambitions pour la France et l’Europe : il s’agit ni plus ni moins que de rétablir l’Empire romain (tout enseignant de lettres classiques se sentira « interpellé quelque part au niveau du vécu »), ce qui, vous l’avouerez, a tout de même une autre gueule que de limiter le déficit sous la barre des 3% ou de faire guili-guili avec Angela Merkel. Bien décidé à déplacer le centre de gravité européen de Bruxelles et Strasbourg vers Rome et Athènes, il entend (c’est son côté gaullien) redonner à la France sa grandeur passée. Réactionnaire en matière de mœurs, on s’en doute (néanmoins, tout bien pesé, guère plus que Christine Boutin), il n’a évidemment pas le profil du sage soufi éperdu dans la contemplation esthético-métaphysique des infinies Beautés de la Création, mais il n’a rien non plus des égorgeurs de Daesh : c’est en quelque sorte un islamiste-tajine, comme on parlait autrefois des radicaux-cassoulet. Et il a de la classe, un grand projet, de l’allure, une toute autre allure que les Franco-français qui, le premier moment de stupeur passé, se bousculent en rangs serrés pour lui prêter allégeance.

Car bien plus qu’islamophobe, ce roman est misanthrope – misogyne et misandre très exactement. De cette fiction féroce, personne (sauf Myriam, l’éphémère amante juive du narrateur) ne sort épargné. Ce à quoi l’on assiste, le premier choc digéré, c’est au grand bal des Collabos, où tous, et principalement les ratés, se précipitent pour décrocher le job, la place, le poste, à commencer – et je suis très étonnée que ce point n’ait pas été mieux souligné dans les critiques que j’ai pu lire -- par les intellectuels identitaires, qui adoptent sans angoisse, parce que quelque part ils les partagent, les valeurs d’ « ordre moral » prônées par le Président Ben Abbes et son Parti. Quant à l’Université française, censément bastion de l’esprit critique et de la liberté de penser, il suffit que les riches fonds des émirs viennent, en la privatisant, la sortir de sa misère fioraso-pécressienne en la dotant très largement et même davantage, et en triplant le salaire de ses professeurs (hommes, ça va de soi, les enseignantes étant fermement priées de retourner, stricto sensu, à leurs fourneaux) pour qu’elle capitule, intellectuellement parlant, avant même d’avoir combattu.

Et c’est bien ce qui arrange tous ces messieurs, dont la lecture du Coran ne va guère plus loin que leur bas-ventre et leur portefeuille : en renvoyant les femmes à la maison, le nouveau régime permet à la fois aux mâles en mal de reconnaissance d’éliminer des concurrentes parfois brillantes donc gênantes, et, cerise sur la baklava, de profiter en toute légalité des joies de la polygamie. Le passage où Robert Rediger, l’ex-identitaire converti musulman et devenu grand ponte en Sorbonne, fait découvrir ses deux épouses à François, le narrateur extasié, est dans ce sens un chef-d’œuvre de misogynie : Malika, la quadragénaire, excelle dans la confection des petits pâtés chauds, quand la deuxième, Aïcha, une nymphette de quinze ans avec pas grand-chose dans le citron, est cantonnée à l’érotisme. Ni l’une ni l’autre, du reste, n’a l’air de s’en plaindre, puisqu’il est supposé, on y reviendra, qu’elles « aiment ça » -- je veux dire la soumission.

Quant au narrateur, parlons-en. Ni jeune ni beau ni brillant, comme toujours chez Houellebecq, François c’est quelque part MH lui-même, avec ses obsessions sexuelles finalement assez simplettes : angoissé par le ramollissement des chairs féminines et la perte d’élasticité des tissus, il considère qu’après vingt-cinq ans une femme n’est plus baisable (il ne sait pas ce qu’il perd, le nigaud !!!), couchotte vaguement avec ses étudiantes (on se demande ce qu'elles lui trouvent...) et pratique les amours plus ou moins tarifées avec des créatures qui ne le satisfont jamais, à l’exception de la radieuse Myriam, l’amante juive, la lumineuse bien-aimée, mais qui choisit de suivre sa famille en Israël sitôt Ben Abbes élu. Authentique spécialiste de Joris Karl Huysmans, le narrateur végète à l’Université (« un tout petit monde » comme dit ailleurs David Lodge), sans y obtenir de véritable reconnaissance ; la perspective de voir tripler sa paie, plus la responsabilité du Huysmans dans la prestigieuse Pléiade, aura raison des quelques scrupules qui l’avaient amené, dans un premier temps, à faire valoir ses droits à la retraite. Il lui faudra se convertir à l’islam, bien sûr, mais Paris vaut bien une messe, n’est-ce pas … En outre, ce ne sera qu’une formalité, lui explique (devant un Meursault millésimé d’une grande année) Robert Rediger, le Président polygame de son Université. Car, et c’est ce qui épate et irrite dans cette impitoyable chronique d’une Collaboration annoncée (ou : Les Chinois à Paris, de feu Jean Yanne, en version harissa), c’est qu’à aucun moment il n’est question non seulement d’élan religieux ni même d’un minimum de conviction : il suffit de faire semblant, de jouer le conformisme, sans renoncer aux plaisirs de la vie (les grands crus de Bourgogne, par exemple) et en profitant, sans transgresser la loi, d’un cheptel féminin devenu d’autant plus disponible qu’il est désormais exclu de l’emploi.

Invraisemblable, me direz-vous. Heureusement, certes, mais je ne sache pas que Houellebecq ait eu l’intention d’écrire un roman réaliste… Pour ce que j’ai compris de son dispositif, je crois qu’il faut rappeler les deux hypotextes de l’œuvre, qui sont d’abord la trilogie de la conversion de Huysmans (En route, La Cathédrale et L’Oblat), ensuite l’Histoire d’O de Dominique Aury, cultissime roman du masochisme féminin. Et c’est sans doute là que nous trouvons les clefs de Soumission.

Houellebecq nous met pourtant sur la voie, et même un peu lourdement : son narrateur, en bon spécialiste de Huysmans, nous rappelle dans un des derniers chapitres, que son cher Charles-Marie-Georges, une fois converti au catholicisme, s’était bien gardé de se retirer complètement au monastère de Ligugé, comme on le pense généralement. Tout en partageant les rituels des Bénédictins, il avait pris soin, comme l’y autorisait son statut d’oblat, de ne pas loger dans l’abbaye – ce qui lui permettait de conserver son feu de bois, son tabac hollandais, sa bibliothèque et surtout la succulente cuisine bourgeoise de sa gouvernante. Huysmans n’est pas Claudel, dont la conversion emporte l’âme, le corps, le verbe et le souffle, il n’a rien non plus du tonitruant Léon Bloy ; c’est un converti modéré, en somme, pour qui « il est avec le ciel des accommodements », bien inoffensive tartufferie que son disciple, pragmatique, n’oubliera pas, pour ce qui le concerne, de reproduire en grand, au moment d’opter pour l’islam à l’instigation de son ami Rediger, intellectuel ci-devant identitaire désormais musulman, et qui a lui aussi conservé sa cave de vins fins, ses livres et son mode de vie.

Autre détail qui fait sens, la magnifique maison dudit Rediger est celle de Jean Paulhan, pour qui Dominique Aury avait écrit Histoire d'O. « C’est un livre fascinant, vous ne trouvez pas ? », demande Rediger à François, entre vieux Meursault et petits pâtés chauds de Malika. « J'étais du même avis, avoue le narrateur. Histoire d'O en principe avait tout pour me déplaire : les fantasmes exposés me dégoûtaient, et l'ensemble était d'un kitsch ostentatoire (…) complètement à chier. Il n'empêche que le livre était traversé d'une passion, d'un souffle qui emportaient tout. »

Cette passion, « c'est la soumission », dit doucement Rediger. « L’idée renversante et simple, jamais exprimée auparavant avec cette force, que le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue. C'est une idée que j'hésiterais à exposer devant mes coreligionnaires, qu'ils jugeraient peut-être blasphématoire, mais il y a pour moi un rapport entre l'absolue soumission de la femme à l'homme, telle que la décrit Histoire d'O, et la soumission de l'homme à Dieu, telle que l'envisage l'islam. »

Le bonheur, c’est donc aussi simple que cela : se soumettre, -- pour l’homme à Dieu et pour la femme à l’homme. Que demander davantage, surtout quand, comme le narrateur, on n’est ni jeune ni riche ni beau ? D’autant que cette soumission, pour le mâle, n’exige aucun sacrifice que ce soit, bien au contraire. C’est tout bénéf, à tous points de vue ! Du reste et au cas où l’on n’aurait pas saisi le fond de ses motivations, François, en prenant congé de Rediger, ne peut s’empêcher de songer au mode de vie plus qu’enviable de son collègue : « une épouse de quarante ans pour la cuisine, une de quinze ans pour d'autres choses ... sans doute avait-il une ou deux épouses d'âge intermédiaire, mais je me voyais mal lui poser la question. »

Et François se convertira, ou plutôt se convertirait, dans un dernier chapitre absolument épatant, entièrement écrit dans un conditionnel qu’on peut interpréter, suivant son humeur, comme un futur dans le passé, un potentiel ou un irréel du présent, et qui se clôt en quelques phrases d’explicit résonnant comme la morale de cette fable qui n’en a guère :

« Une nouvelle chance s'offrirait à moi ; et ce serait la chance d'une deuxième vie, sans grand rapport avec la précédente. Je n’aurais rien à regretter. »

Voilà le fin mot de l’histoire : la vita nuova, ce n’est ni celle de Dante ni celle à quoi aspirait Barthes, mais une conversion opportuniste à l’islam, qui donne à un « miteux » aurait dit Céline, l’occasion unique d’une vie à laquelle il n’aurait jamais, même dans ses rêves les plus fous, espéré accéder. Se soumettre pour avoir les femmes qu’on veut, un bon salaire, un peu de pouvoir, telle est la solution. Mieux vaut vivre à genoux que de mourir debout, d’autant que ces genoux, finalement, reposent sur des coussins moelleux. Résister, n’est pas envisageable – du reste à peine entrevoit-on protester Onfray et Mélenchon, sans aucun écho d’ailleurs. Même Marine Le Pen, présentée au début du roman comme seule alternative crédible à Ben Abbes, disparaît rapidement du récit, sans doute aspirée elle aussi par le grand élan de soumission qui saisit nos compatriotes tout à la recherche d’un bonheur pour soi, peu important le pour tous.

Une noire misanthropie donc, dont nul ou presque ne sort indemne. Les intellectuels rebelles, l’insurrection de l’esprit, les valeurs de la République, la France debout, qui se lève, qui résiste, qui combat ? Quelle blague, ricane amèrement Michel Houellebecq, à qui on peut sans doute reprocher de faire de sa laideur et de son désenchantement atrabilaire une généralité étendue à l’échelle de la nation tout entière. Ni appel du 18 juin, ni Général de Gaulle, ni Jean Moulin dans ce roman. Ni René Char ni Malraux. Tous obsédés, opportunistes et collabos en puissance, voilà pour ces messieurs. Toutes soumises et finalement pas si mécontentes de l’être, voilà pour ces dames et demoiselles. L’islam, dans ce déprimant apologue, fonctionne d’abord comme le révélateur des faiblesses, des lâchetés et des compromissions de l’âme humaine et plus encore de l’âme masculine. À l’exception de la belle et douce Myriam, mais que l’on perd de vue très vite dès son départ pour Tel-Aviv, le seul personnage qui se tienne un peu, dans cette désolante galerie de portraits, c’est finalement le président Ben Abbes (ce qui, pour un romancier « islamophobe », est tout de même un comble !).

Cette fable grinçante, qui nous tend le miroir de nos petitesses, met donc infiniment mal à l’aise, et on peut ne pas apprécier la Weltanschauung qui s’y exprime. Mais ne nous trompons pas de procès : ce que ressasse avec rage ce roman, plus que la haine de l’islam, plus encore que celle du genre humain, c’est une haine de soi que Michel Houellebecq, au fur et à mesure qu’il construit son œuvre, érige en système de pensée et en dispositif littéraire. À côté de lui, Céline, qui aime au moins les gosses, les bêtes et les danseuses, en paraîtrait presque bienveillant. Il est permis de déplorer, certes, cette détestation tous azimuts, cette extension à l'infini du domaine de la bile, mais cela ne fait pas de Houellebecq, loin du compte, un mauvais romancier.

Soumission, Michel Houellebecq, chez Flammarion, 21 €

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 14:49
Harcèlement scolaire : deeds, not words !

Du harcèlement scolaire, « on pou(rr)ait dire, oh Dieu, bien des choses en somme », qu’il s’agisse de celui dont sont victimes les enseignants, parfois devenu une véritable méthode de gestion des ressources humaines (je renvoie à ma note sur l’incontournable ouvrage de Daniel Arnaud publié en 2013, préfacé par votre servante et recensé naguère (1) ici même) ou encore, et qui fait la une ces derniers temps, celui dont sont victimes, de la part de leurs condisciples (difficile ici de parler de « camarades »), des élèves de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes. Actuellement ce terrible drame fait, qu'on me pardonne l'anglicisme, le buzz des médias, de la radio (2), de l'internet et de la télévision (3). Et ce n’est pas trop tôt.

De l’aveu même de Mme Vallaud-Belkacem, l’Éducation Nationale est «en retard» dans la lutte contre le harcèlement scolaire. L’institution a trop tardé à identifier le phénomène, puisqu’il a fallu attendre 2011 pour que paraisse sur ce sujet un premier rapport dû au sociologue Eric Debarbieux (4), alors président de l'Observatoire de la Violence Scolaire. Les statistiques y sont accablantes : elles révèlent un taux de harcèlement (violences répétées, physiques et verbales) de l’ordre de 6 %. Ce chiffre monte à 14% pour le harcèlement verbal répété. Dans le détail, un peu plus de 39% des enfants déclarent être affublés d'un surnom méchant, 52% ont été insultés, 36% bousculés et 32% ont fait l'objet de mise à l’écart. Pour les violences physiques, 19,5% ont déjà été frappés souvent ou très souvent. Les violences à connotation sexuelle, toujours entre enfants, ne sont pas rares non plus: 6% des élèves disent avoir été regardés aux toilettes, 14% forcés de se déshabiller et 10% forcés d'embrasser ou de caresser un autre enfant. Le racket concerne environ 5% des élèves, mais le cumul n’est pas interdit : 87% des victimes de harcèlement très sévère le sont également de racket en groupe, contre 1,5% en moyenne. Bref, ces chiffres sont désespérants. En 2014, plus de 700.000 enfants et adolescents seraient concernés (5).

On ne sera pas surpris d’apprendre que « la multivictimation est plus fréquente pour les élèves de sixième », trop petits pour se défendre, « que pour ceux de troisième », et qu’elle « concerne plus souvent les garçons que les filles » : quand des ados acnéiques et beuglants, aux neurones encrassés de testostérone, s’acharnent sur un trop grand, trop maigre, trop juif, trop petit, trop roux, trop zozotant (6), trop pédé, trop musulman ou trop gros (7), laissons toute espérance : les plus bêtes seront, encore et toujours, les vainqueurs. Néanmoins, les trop belles, trop intelligentes, trop bonnes élèves (ou inversement, les boutonneuses et les obèses), bref, toutes celles qui ne ressemblent pas à la pétasse-lambda, ne sont pas épargnées par leurs copines-sic, surtout si elles sont assez gentilles pour ne pas savoir, comme on dit, se défendre.

Tout le monde n’a pas la chance, comme Abdel Benazzi ou Christophe Lemaître, de trouver sa résilience dans le sport de haut niveau. Certains de ces enfants harcelés ont décidé, à bout de peur, de désespoir et de solitude, de se supprimer – et sans doute a-t-il fallu, après la mort de Marion Fraisse, cette adolescente de treize ans poussée au suicide par une bande, je pèse mes mots, de petites crapules aussi féroces qu’irresponsables, que Nora, son admirable maman, remue ciel et terre pour que le harcèlement soit vraiment pris en compte comme il convient par l’Éducation Nationale, et que les choses semblent, enfin, un tant soit peu bouger.

Avant de parler des enfants ou des adolescents, posons-nous la question des adultes : il est tentant, peut-être même parfois trop, d’incriminer l’aveuglement des enseignants, comme le fait par exemple sur France-Inter Patrick Cohen affirmant qu’ils ne prennent pas bien la mesure du problème, traitent le harcèlement de « gamineries » et considèrent qu' « il faut bien un souffre-douleur ». Encore plus tentant d’accuser l’indifférence ou la cécité des surveillants, puisque l’essentiel du harcèlement, reconnaissons-le, ne se passe pas en classe mais dans les couloirs ou la cour de récréation, -- ou encore celle des CPE, régulièrement accusés de vivre au pays des Bisounours. Sans parler, naturellement, des proviseurs et principaux, attachés à ce qu’il n’y ait surtout « pas de vagues » dans leur établissement, à la fois pour sauvegarder leur prime de fin d’année et préserver la réputation de leur boîte. Ceci est possible, probable, vraisemblable, au cas par cas sans doute, mais n’explique pas tout. On peut également déplorer, et je suis la première à le faire, le manque de moyens dans l’encadrement, le nombre insuffisant de pions, les conditions de travail difficiles des CPE, des budgets de plus en plus contraints. Mais tout de même, tout de même…

Je me demande s’il ne faut pas aussi et d’abord incriminer le discours de l’institution dans son ensemble, qui, à force de mettre l’élève au centre et de développer ad nauseam la culture de l’excuse, a livré en pâture, à des apprentis gestapistes de bac à sable, des enfants ou des ados que l’on n’a pas protégés parce qu’on n’a pas voulu appeler un chat un chat et un bourreau un bourreau. À force de rousseauisme mal compris sur l’élève « naturellement bon », on a laissé s’exprimer les pires instincts dans la plus totale impunité : pour ceux qui auraient encore des illusions sur la bonté native des enfants, aurai-je la cruauté de renvoyer à la lecture du terrifiant Lord of the flies de William Golding, et à sa remarquable adaptation par Peter Brook (8) ? aux Faux-monnayeurs de Gide (1925), où le petit Boris, trop joli, trop homo, trop seul, harcelé par la « Confrérie des hommes forts », finit, dans la salle d’étude de la pension Vedel, par se tirer une balle dans la tête ?

Les seuls que l’on n’a pas mis au centre, précisément, ce sont les victimes, soit qu’elles n’aient rien dit, de peur de n’être pas crues, ou, comme le raconte simplement Christophe Lemaître, de sembler quelqu’un de faible, soit qu’elles aient parlé, et qu’on leur ait alors reproché d’être des faiseuses d’embarras – sans oublier tous ceux et celles que l’on n’a pas écoutés.

Car enfin, désolée de mettre ainsi les pieds dans le plat : a-t-on jamais parlé de SANCTIONS pour les harceleurs ? Pourquoi, quand un-e élève est harcelé-e, est-ce lui/elle qui doit partir se faire scolariser ailleurs, et pas ceux ou celles qui, des mois ou même des années durant (quatre ans pour Lemaître, cela semble insensé !), l’ont persécuté-e ? En d’autres termes, pourquoi l’Institution, de fait et malgré ce qu’elle en dit, « couvre »-t-elle les coupables ?

Dans ce sens, les déclarations de N. Vallaud-Belkacem, en dépit de sa bonne volonté, sont pour le moins maladroites : « Ce sont les élèves qui souvent peuvent rompre le silence, a-t-elle expliqué mardi 10 février sur Inter. Parce que le harcèlement scolaire se fait souvent dans une relation de triangulation: vous avez l'auteur du harcèlement, la victime, mais aussi des spectateurs. Et si les spectateurs apprennent, comprennent qu'il faut refuser cela, c'est la meilleure manière d'y mettre fin.» (9)

La ministre semble ignorer toute la dimension psychologique du phénomène, au sens où elle ne prend pas en compte l’état de sidération de l’enfant harcelé, qui ne comprend pas ce qui lui arrive parce que le choc traumatique le transforme en zombie, quand il n’est pas victime, de la part de ses harceleurs, d’un lavage de cerveau lui faisant croire que le problème vient de lui -- d’où le silence, exactement comme dans le cas des femmes violées ou battues. Elle ne prend pas mieux en compte l’état d’esprit des « spectateurs », témoins passifs des maltraitances mais qui, de crainte de passer pour des fayots délateurs, préfèrent ne rien dire et donner l’air de n’avoir rien vu. Les « spectateurs », dit la ministre, doivent « compren(dre) qu’il faut refuser cela » : mais pourquoi le comprendraient-ils, à partir du moment où, jusqu’ici, l’interdit n’est pas clairement prononcé et des sanctions sévères ne sont pas prises ?

« Ce sont des enfants, ou des adultes en construction », nous répète-t-on, qui ne se rendent pas bien compte de la portée de leurs actes. Le remarquable film de Michael Haneke, Caché, rediffusé ces jours-ci sur Arte, montre avec une très grande pertinence qu’il est possible, dès l’âge de six ans, d’être un petit salopard tout en sachant parfaitement ce que l’on fait.

Par ailleurs, il faudrait tout de même savoir : on ne peut pas à la fois dire que dès le collège les élèves sont autonomes, réfléchis et suffisamment mûrs pour aborder des sujets graves comme la Shoah, la peine de mort, et en général toutes les questions « citoyennes » y compris celles dont ils n’ont a priori pas grand-chose à faire, et les disculper au nom d’une hypothétique immaturité. Je le répète, rien ne ressemble plus à un innocent qu’un coupable assuré de l’impunité. Pour ce qui est des auteurs de harcèlement, il n’y a rien à « comprendre », encore moins à excuser : il y a à rappeler la loi c'est-à-dire à sanctionner. Dans la construction de ces adultes en devenir, comme on nous en rebat les oreilles, la punition peut être pédagogique et même thérapeutique : elle fait redescendre le bourreau, tout dans son fantasme de toute-puissance, au niveau d’où il n’aurait jamais dû sortir, celui d’un élève, d’un enfant, d’un ado, de quelqu’un qui n’a pas le droit de nuire à son semblable sous quelque prétexte que ce soit. C’est, me semble-t-il, le B-A BA du « vivre ensemble » : PRIMUM NON NOCERE. On ne te demande pas d’aimer ton condisciple, mais de le respecter et de le laisser en paix.

On nous parle beaucoup, ces temps-ci, du retour de l’autorité à l’École, à grands coups de Marseillaise, de parcours citoyen et d’éducation à la laïcité. La première mesure à prendre dans ce sens, ce serait de punir, et avec la plus grande sévérité, tous les élèves harceleurs et leurs complices, non seulement afin de protéger leurs victimes (c’est le minimum) mais encore afin qu’il apparaisse clairement à tous les persécuteurs en exercice ou en puissance qu’un établissement scolaire n’est pas une jungle où s’applique la loi du plus fort, mais un espace de droit où l’unique règlement que l’on ait à respecter est le règlement intérieur, que les faibles y sont protégés et surtout que seuls les adultes référents (enseignants, surveillants, administration) ont pouvoir sur les élèves. Ce serait toute une révolution culturelle… mais c’est à l’épreuve des faits que l’on pourra juger.

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 10:42
 CHARB nous manque tellement ...

 

D'accord, il ne faut pas que la drogue entre à l'école. D'accord, il ne faut pas que la violence entre à l'école. D'accord, d'accord, l'école doit rester ce temple sacré moquetté d'amour et tapissé d'intelligence qu'elle na jamais été. Mais, alors, pourquoi laisse-t-on grouiller les parents d'élèves dans les couloirs des écoles ?

 


Pourquoi les laisse-t-on même approcher des grilles des établissements scolaires ? Pourquoi ne pas éradiquer carrément ces vers qui n'arrivent à justifier leur existence qu'en brandissant le navrant résultat de leurs accouplements asthéniques? Les parents d'élèves ne sont pas seulement les parasites de leurs enfants, ils sont aussi les parasites de l'Éducation nationale. Des insectes xylophages peuvent détruire une école.Les parents d'élèves, eux, détruisent l'institution. Au motif que son gosse contient des morceaux de son ADN, le parent d'élève se croit autorisé à se mêler de tout ce qui touche de près ou de loin à sa progéniture. Son seul brevet de compétence en matière d'éducation, c'est d'avoir réussi à procréer.

 


Parce qu'un spermatozoïde a exceptionnellement fini dans un ovule plutôt que dans un Kleenex, le parent d'élève est omniscient. Il est capable de réécrire les programmes scolaires, d'enseigner la pédagogie aux profs, de composer le menu de la cantine, de décider des sorties scolaires, d'estimer que celle matière est plus importante que telle autre et de rogner sur tes cours du vendredi après-midi pour pouvoir partir en week-end avec son chiard. Dès qu'un parent d'élève ouvre sa gueule, c'est pour postillonner les lieux communs les plus nauséabonds sur l'éducation. Il déplore que les profs n'aient plus d'autorité sur le sale petit con qu'il n'a lui-même jamais su dresser, mais il ameute la Cour européenne des droits de l'homme si un enseignant claque le beignet du gnome en surpoids qu'il a engendré.

 

 

Je crois que vous en serez d'accord, il faut ouvrir les couilles et les ventres de tous les parents d'élèves pour y faire entrer de force ce qui n'aurait jamais dû en sortir. Amen.

 

Les fatwas de Charb - Petit traité d'intolérance tome 2 - Les écharpés Charlie Hebdo.

 

Merci à Daniel R.  pour ce beau morceau de poésie...

 

La Présidente s'évade pour quelques jours dans la ville capitale, et revient la semaine prochaine. 

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