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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 16:38

– qui n’engage pas le point de vue de l’association « Reconstruire l’Ecole », précisons-le…

PETIT BILLET D'HUMEUR

Jouons un peu : dans le compte rendu de ces quatre manifestations, se cache une caricature malhonnête, pas gentille, pleine de stéréotypes idiots pour ne pas dire épouvantablement outrancière. Cherchez-la !

Le week-end dernier se tenait au parc des expositions de Sainte-Mère de Mère le Salon de la femme catholique. Son slogan, « mettre la femme à l’honneur », belle intention. Notre reporter, animé d’un noble zèle, s’est donc rendu sur place pour y jeter un coup d’œil.

Dans le public, des cathos apparemment « normaux », je veux dire : ni Christine Boutin ni l’abbé Pierre. Le dress-code, si l’on excepte le perfecto du Père Gilbert, n’est pas exactement rock and roll, juste clean sans ostentation, et l’on observe même de jolies jeunes filles élégamment minijupées au rouge à lèvres appétissant, plusieurs charismatiques à l’air babacool égarées sous leur grand poncho et quelques bonnes sœurs en croquenots.

La journée débute avec le show culinaire de Mary Alacock, animatrice du blog « Cuisine catholique », qui réalise en direct et sous les applaudissements sa célèbre recette du « Blueberry Pie for the Most Holy Name of the Blessed Virgin Mary ».

Chez les exposants, aucun signe ostentatoire d’intégrisme. De banals stands de parfums (encens religieux, parfums d’ambiance du sanctuaire de Lisieux…), d’artisanat monastique, (on recommandera les madeleines pur beurre venues encore toutes tièdes du Carmel de Luçon) ou de vêtements : comment assortir gants et serre-tête, jupe-culotte ou portefeuille, au-dessus ou au-dessous du genou, mi-bas ou chaussettes, mocassins, bottillons ou richelieus, confectionnez vous-même votre chapelet – telles sont les tendances en cette rentrée.

Retenons enfin, entre plusieurs conférences d’un intérêt inégal : « Ne plus se reproduire comme des lapins », « Divorcé-e-s : répulsion ou communion », « Banc d’essai des mouvements de scoutisme », « Marthe et Marie, doit-on choisir ? », « Mon chien ira-t-il au Paradis ? », « Chanter juste depuis Vatican II, le défi », et « Comment pécher sans concevoir », par Sœur Pélagie de la Charrette, spécialiste de la méthode Ogino.

PETIT BILLET D'HUMEUR

Le week-end dernier se tenait au parc des expositions de Dieulefion sur Lignit le Salon de la femme protestante. Son slogan, « mettre la femme à l’honneur », très belle intention. Notre reporter, un peu las mais toujours animé d’un noble zèle, s’est donc rendu en pays parpaillot pour y jeter un coup d’œil.

Les plus matinaux ont pu commencer par un temps de recueillement dans la tente des communautés, où quelques pasteurs dynamiques organisaient un culte d’accueil. Puis plusieurs études bibliques étaient proposées avant les conférences proprement dites. Dans le public, des protestants apparemment « normaux », entre Lionel Jospin et ministre anglican. Le dress-code n’est pas exactement rock and roll – il n’est pas exactement quoi que ce soit, d’ailleurs, mais se caractérise, à quelques exceptions près, par une simplicité confinant parfois à l’absence de look.

La journée se poursuit avec le show culinaire d’Abigaël Durand, animatrice du blog « Cuisine protestante », qui réalise en direct et sous les applaudissements sa célèbre recette de « soupe de lentilles à la mode de Rachel ».

Chez les exposants, aucun signe ostentatoire d’intégrisme. Peu de place pour les marchands du temple, on s’en doute, à l’exception notable de plusieurs viticulteurs d’Ardèche et de Drôme aux trognes généreuses (dégustation à volonté), et quelques stands à usage pratique : « Comment ne pas décorer votre temple », « Le repas de paroisse, quinze erreurs à éviter », «Louons le Seigneur sans claquer des mains à contretemps », « Banc d’essai des associations de scoutisme », « Confectionner soi-même une croix huguenote », « Cuisiner le picodon ».

Retenons enfin, entre plusieurs conférences d’un intérêt inégal : « Le Saint-Esprit c’est simple », par le Pasteur Vedel-Azaïs (dont on rappellera à ce sujet l’indispensable « Que sais-je » en onze volumes, malheureusement épuisé – le Que-sais-je, pas le Pasteur), « Pasteure, pastourelle ou pasteur, la femme est-elle l’avenir du protestantisme ? », « Ecole du dimanche : le catéchumène ou le Saint-Esprit au centre du projet ? », « Faut-il bénir un mariage gay ? », sans oublier « Chantons juste lors des fêtes œcuméniques, ou : laissons détoner les cathos ».

PETIT BILLET D'HUMEUR

Le week-end dernier se tenait au parc des expositions d’Anserelles le Salon de la femme juive. Son slogan, « mettre la femme à l’honneur », très très belle intention. Notre reporter, de plus en plus fatigué (les vins de la Drôme sont traîtres) mais toujours animé d’un noble zèle, s’est donc rendu sur site pour y jeter un coup d’œil.

Les plus matinaux avaient pu commencer, après la prière du matin, par une séance de réveil musculaire animée par de charmantes et dynamiques spécialistes du Krav-maga et de l’Abir – puis plusieurs études sur la Torah étaient proposées avant que ne débutent les conférences proprement dites.

Dans le public, des juifs apparemment « normaux » : quelques Loubavitch ou « La Vérité si je mens », certes, des perruques un peu, des chapeaux aussi, du blingbling parfois. Le dress-code n’est pas exactement rock and roll, et si l’on observe bien quelques gourmettes dorées et des magen David de 5 centimètres de hauteur, le look se caractérise globalement par un sympathique et pagailleux mélange des modes et des registres.

La journée se poursuit avec le show culinaire de Belinda Koplan, célèbre animatrice du blog « Cuisine juive », qui réalise en direct et sous les applaudissements sa célèbre recette du « pain aux œufs et raisins secs », suivi d’un débat passionné sur l’utilité et la taille des raisins dans la préparation.

Chez les exposants, aucun signe ostentatoire d’intégrisme. De banals stands d’épices, de conserves et de vins kasher, de fleur d’oranger, de sirop d’orgeat et de boukha. Les sandwiches au thon sont dévalisés.

Retenons enfin plusieurs conférences d’un intérêt théorique et pratique inégal : « Entretenez le Shtraïmel de votre époux », « Les matriarches dans la Bible », « La cuisine juive au régime minceur », « Les boulettes, avec ou sans cumin ?», « Mon fils, comment couper le cordon », « Sexualité et plaisir dans le judaïsme », « Quelle contraception selon le Talmud », « Raoul Journo, sa vie, son œuvre », sans oublier « Banc d’essai des psychanalystes » et « Pas de carottes dans les légumes du couscous ! ».

PETIT BILLET D'HUMEUR

Le week-end dernier se tenait au parc des expositions de Pontoise le Salon musulman du Val d’Oise. Son slogan, « mettre la femme à l’honneur », très très très belle intention. Notre reporter, animé d’un noble zèle bien qu’extrêmement las (le vin kasher, c’est du brutal), s’est donc rendu sur place pour y jeter un coup d’œil (1).

Dans le public, des musulmans apparemment « normaux » : pas de burqa à la talibane, et même deux ou trois chevelures au vent. Le dress-code masculin est plus strict : crâne rasé, barbe et biceps. Chez les exposants, aucun signe ostentatoire d’intégrisme. De banals stands de parfums, de « bonbons sans gélatine animale » ou de vêtements : comment choisir sa djellaba, ce qui manque un peu de variété en attendant le défilé de mode traditionnelle musulmane, où les hidjabistas vont trouver de quoi concilier chic et pudeur : car « dans l’islam, la femme est un diamant ».

La journée a bien débuté avec le cooking-show de Madame Choumicha, célèbre animatrice de la télévision marocaine (cheveux découverts, sourire éclatant et look moderne), qui a réalisé, en direct et sous les applaudissements, ses recettes préférées, avant de se poursuivre par toute une série de conférences et communications (2), dont «Les solutions pour un couple harmonieux », par Rachid Habou Houdeyfa, imam controversé de la mosquée de Brest, « La valorisation de la femme en islam » ( causerie interrompue par l’irruption non moins controversée des Femen au moment où l’on glosait sur l’utilité de battre son épouse ), « La femme, éducatrice au grand mérite », et « L’éducation des enfants, entre théorie et réalité ».

Si l’on peut regretter l’absence de la musique et des arts en général, le coin « livres » propose plusieurs ouvrages sur la sexualité en islam, avec plein de conseils pratiques sur les positions sexuelles, (pas très kamasutresques au demeurant… ô belle Schéhérazade, qu’en aurais-tu pensé ?), et le best-seller du salon, Le Vrai visage de Muhammad, de Noureddine Aoussat, sapé marketing-costume-cravate qui, tout en citant Voltaire et prônant le dialogue et l’ouverture, sans approuver les attentats, renvoie de fait dos à dos dessinateurs de Charlie et terroristes djihadistes.

PETIT BILLET D'HUMEUR

Que n’aurait-on pas ricané, que n’aurait-on pas dit, si sur ces quatre saints événements, trois avaient réellement eu lieu ?!

  1. En fait, ce gros fainéantas alcoolique vous a synthétisé les comptes rendus de la presse, Libé, Le Monde et Charlie-Hebdo en particulier…
  2. Le programme là http://www.salon-musulman-valdoise.com/saf/?uid=programme

DERNIERE MINUTE ET LA ON NE RIT PLUS :

Céline Pina, conseillère régionale PS d’Ile de France, est menacée d’exclusion du parti par le premier fédéral du Val d’Oise, pour avoir protesté contre la tenue d’un de ces quatre salons (devinez lequel…)

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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 09:23
AH ÇA HERA ÇA HERA ÇA HERA !

Aaaah, septembre…

Pour les uns la rentrée des classes, pour ma part un retour temporaire dans mes foyers (et d’émouvantes retrouvailles avec mon ordinateur chéri…), pour tous le choc frontal avec le réel de l’Education Nationale dans toute son obtuse brutalité, la réforme du Collège, dont on a dit et redit tout le mal qu’on pouvait en penser, et que la ministre, nonobstant l’opposition de la majorité des enseignants et même des parents, a entrepris de faire appliquer à marche forcée.

En effet (et qu’on n’hésite pas à me donner des contre-exemples si je Mabuse sur ce coup-là), c’est sans doute la première fois, depuis que je suis entrée dans la carrière, c’est-à-dire septembre 1976 si je compte l’année de stage, que je vois une réforme s’appliquer d’un bloc, et non pas niveau par niveau. Et pourtant, Dieu ( ?) sait si j’en ai vu passer, des réformes à la khon.

EXEMPLI GRATIA

Rien ne valant mieux qu’un petit exemple, je reviens sur la calamiteuse réforme des lycées dite Chatel-Descoings, appliquée à la rentrée 2010-2011 pour la classe de seconde, 2011-2012 pour celle de première et 2012-2013 pour la terminale, donc progressivement (à défaut de progressistement).

Puisqu’on parle de progressisme, rien de tel pour Mme Vallaud-Belkacem, qui, après le passage en force du printemps dernier, sur lequel on ne reviendra pas, entend imposer en bloc toutes les mesures délétères décrétées, on le sait, au nom des valeurs de la République (que de crimes on commet en ton nom !) de l’égalité et du savoir émancipateur – noyade du poisson obscurantiste dans un discours se réclamant des Lumières, ça c’est de la comm’ coco.

En clair, dès la pré-rentrée, les professeurs ont été fermement incités à plancher en chœur sur les EPI et autres admirables trouvailles (1) susceptibles d’être proposées à nos chères têtes blondes, rousses et brunes en septembre 2016. Message subliminal pour les ceusses qui n’avaient pas encore compris : quoi que vous puissiez dire ou faire, nous avons les moyens de vous faire exercer ces pédagogies que vous désapprouvez mais qui ouvrent sur les « nouvelles identités professionnelles », comme dit le think-tank (tank, c’est exactement le mot) Terra Nova (2), qui vont avec. Nous ferons de vous un professeur nouveau -- et votre bonheur malgré vous !

Bref, comme vous pouvez le voir sur le site du jus-pédago (3), « le texte envisage l'application en bloc de la réforme pour tous les niveaux du collège dès la rentrée 2016 et non une application niveau par niveau à partir de la rentrée 2016. »

Précisons de surcroît, -- et là encore c’est le Café Pédagogique (4) qui l’explique, pas une bande de pseudozintellectuels de mauvaise foi, que « la formation des enseignants prévue dans la réforme du collège, aura sans doute lieu en plus des heures de cours et sans aucune rémunération. « C'est la thèse développée par Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN, le syndicat très majoritaire des personnels de direction, le 10 septembre. Ces propos se basent sur le nouveau statut des enseignants en application depuis le 1er septembre et sur la "zone grise" des obligations de service en dehors des heures de cours. »

Travailler plus pour gagner toujours aussi peu, même Sarkozy ne nous l’avait pas faite, celle-là…

ODERINT, DUM METUANT

Peu importe que l’intersyndicale appelle, pour le 17 septembre, à une grève dont on espère qu’elle sera massive : la ministre s’assoit dessus, avec son beau sourire certes, mais la totale indifférence des puissants persuadés, à force de croire en leurs propres mensonges, qu’ils ont raison envers et contre tous, y compris et surtout contre les professionnels et les gens du terrain.

AH ÇA HERA ÇA HERA ÇA HERA !

Quant à ceux qui protestent un peu trop fort, il pourrait leur en cuire ! Le caporalisme, dont on sait qu’il est, dans l’Education Nationale, bien mieux en usage que le bon sens, s’exerce alors sans scrupule.

EDERE EXEMPLUM SEVERITATIS

Ainsi ces amoureux des langues anciennes venus de tous les horizons politiques et syndicaux, réunis par les réseaux sociaux, et qui ont entrepris, en posant pour un calendrier déjanté, de défendre avec humour le latin et le grec, menacés de disparition par la réforme : http://fr.ulule.com/calendrierdesimmortels/ (5). L’un d’eux, convoqué au Rectorat de son académie, s'est entendu dire que le calendrier pouvait relever d'une « atteinte à la dignité de la fonction publique » et au « devoir de discrétion » et s'est vu menacer, en cas de « récidive », de sanctions pouvant aller jusqu'à « l'exclusion temporaire » (sic !).

Peu importe que le devoir de réserve, rappelons-le, n’existe pas dans les textes de loi, précisément la loi Le Pors de définition du statut de la Fonction publique (6) : l’essentiel est d’intimider et de faire taire.

PERSEVERARE DIABOLICUM

Encore plus fort : Romain Vignest, Président de l’Association des Professeurs de Lettres, et en tant que tel auteur le 22 mars dernier, sur le site de l’APL, d’une déclaration énergique inspirée par la juste colère de tout défenseur des humanités qui se respecte, http://www.aplettres.org/pages.php?p=article&art=69, a reçu le soir même, du directeur académique des services de l'Éducation Nationale en charge des collèges au rectorat de Paris (comme quoi monsieur sait lire…) un courriel s'indignant, je cite, de « la violence outrancière des propos qui sont tenus à l'égard d'une politique issue de la représentation nationale » -- très drôle, quand on pense que la réforme du collège n’est pas passée devant le Parlement, mais glissons, mortels, n'appuyons pas : et pas de blague, la République est en danger !

Traiter d’extrémiste un garçon aussi pondéré que Romain Vignest, que j’ai croisé naguère aux « Assises des Lettres » à Toulouse, où nous intervenions chacun pour son association (7), ferait tout bonnement sourire, si les choses s’en arrêtaient là ; mais tel ne fut pas le cas.

En représailles, ledit «directeur académique des services de l'Éducation Nationale en charge des collèges au rectorat de Paris » (oufff !) retire le soutien du rectorat à une conférence sur Voltaire organisée par l'APL, qui doit se tenir – et se tiendra malgré tout – au lycée Henri-IV. « Censurer Voltaire, il fallait y penser ! », soupire Sophie Coignard (8) dans une de ses chroniques du Point.

QUO NON DESCENDENT ?

Toujours d’après Sophie Coignard, « ce haut fonctionnaire, l'un des principaux représentants de la ministre pour l'académie de Paris », s'en prend également, sans aucun motif, aux qualités professionnelles de Romain Vignest, dont il est par ailleurs le supérieur hiérarchique : « Je suis inquiet pour les élèves que vous formez si vous vous situez dans le registre de l'outrance en usant de termes qui sont implicitement vecteurs de violence » , explique-t-il, confondant sans vergogne le représentant d'association et le professeur

Dans un second courriel, le directeur académique etc. etc. de la rhubarbe et du séné déplore « que la déclaration hostile à la suppression du latin et du grec comme disciplines à part entière à partir de la rentrée 2016 ait pu être tenue… un jour d'élection. Ce dimanche 22 mars avait lieu le premier tour des élections départementales. Où est passée la neutralité de la fonction publique ? »

« L'usage républicain veut que l'administration fasse la différence entre le militant associatif (ou le syndicaliste) et le fonctionnaire, et qu'elle ne prenne pas prétexte des activités du premier pour s'en prendre au second », conclut la journaliste du Point. Il semble que dans leur crispation autoritariste et leur précipitation à agir vite pour mettre tout le système devant le fait accompli, les instances qui nous régissent aient juste oublié ce menu détail.

NUNQUAM TIMERE, NUNQUAM DOLERE

AH ÇA HERA ÇA HERA ÇA HERA !

… Face à une telle accumulation de caporalisme et de mauvaise foi, une seule réponse, l’action. L’intersyndicale appelle à la grève ce jeudi 17 : soyons nombreux et motivés, et, sans prendre nos désirs pour des réalités (seule une action de grande envergure fera plier la ministre), soyons nombreux à y participer, et, pour ceux qui ne sont pas, ou plus, dans ce grand navire en perdition que devient l’Education Nle, à rejoindre les cortèges.

  1. Voir par exemple ici même les anthologiques tracts écolo-bien-pensants rédigés en espagnol à destination des floriculteurs kényans http://leblogdelapresidente.over-blog.com/2015/04/clisthenum-donare-ensuita-purgare-postea-saignare.html
  2. Lien ici. ATTENTION, âmes sensibles et humanistes s’abstenir, c’est du très brutal http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/09/10092015Article635774657847003012.aspx
  3. http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/06/11062015Article635696055976231470.aspx
  4. http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/09/11092015Article635775523069451796.aspx
  5. Dépêchez-vous,bientôt la fin de la souscription ! Le 16 septembre, c’est après-demain ! Festina, sed non lente !
  6. http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/Visu?cid=5296&indice=1&table=CONSOLIDE&ligneDeb=1 loi 83-634
  7. www.canal-u.tv/video/universite_toulouse_ii_le_mirail/table_ronde_enseigner_les_humanites_enseignement_secondaire_les_filieres.6419
  8. http://www.lepoint.fr/editos-du-point/sophie-coignard/education-gare-a-ceux-qui-osent-critiquer-la-reforme-07-09-2015-1962499_2134.php
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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 16:48

Axioprepeia, en grec moderne, c’est la dignité, qui a animé les Grecs depuis des mois et des mois dans leur tragique combat – avec le malheureux résultat que l’on sait. Exténué par des années de crise et de restrictions, écrasé de « réformes » aussi délétères qu’impuissantes à rembourser une dette danaïdesque, affamé au sens le plus strict du mot, le peuple grec vient d’être humilié avec la dernière des cruautés pour avoir osé relever la tête et proclamer haut et fort qu’il voulait non seulement ne plus être pressuré, mais encore qu’on le respecte, lui, sa souveraineté et ses représentants démocratiquement élus.

Axioprepeia, c’est ce qui vous tient debout quand vous n’avez plus d’autre espoir qu’en vos propres forces, un sentiment (tellement outrecuidant aux yeux de certains qu’il faut l’écraser sans pitié et à grands coups de brodequin dans les gencives de préférence) aussi violent qu’irrationnel et qui fait qu’on ne plie pas, qu’on ne courbe jamais l’échine, qu’on ne se soumet en aucun cas – « la race qui chant[e] dans les supplices » en somme. Un comportement épique, quelque chose entre Antigone et les héros de Malraux, bref du vieux, du ringard, du littéraire, du mythe, rien qui tienne face à la solide réalité sonnante et trébuchante de l’économie mondialisée et libérale.

AXIOPREPEIA

Voilà pourquoi, non contente d’imposer à la Grèce un plan de réformes assassin qui tuera le malade aussi sûrement que la saignée du Dr Diafoirus, l’Europe a soumis ce malheureux petit pays, de grande civilisation et de haute culture, à un traitement infamant : l’humiliation. Nier à l’autre, alors même qu’on est en train de l’égorger, toute dignité, c’est lui renvoyer en pleine face qu’il n’existe pas. Vous êtes quelque chose d’encore en-dessous de l’insignifiant, « beneath the underdog » comme disait Mingus, vous n’êtes RIEN.

Prêter oreille à qui revendique d’être entendu comme un humain, ce serait lui reconnaître de l’être, de la sensibilité, des droits. Vous n’êtes rien, on vous ignore, on ne vous connaît pas. Et donc, pas de problème, veuillez crever en silence et vos gueules s’il vous plaît.

L’humiliation n’est pas « nécessaire » en termes de gestion de la phynance internationale, pas plus qu’en politique d’ailleurs ; l’histoire nous apprend même (voir le Traité de Versailles, par exemple) que c’est parfois le meilleur moyen de préparer de sanglantes vengeances.

Mais ça c’était avant. L’humiliation est devenue un mode de gestion, gestion des crises européennes, on vient de le voir, mais aussi des ressources humaines (sic), en particulier dans le grand royaume enchanté de notre mère à tous l’Education Nationale.

Effectuons donc un grand saut dans l’espace, d’Athènes à Toulouse, de la Grèce au pays où « même les mémés aiment la castagne », et découvrons la triste et douloureuse histoire de Laure Betbeder et six professeurs du Collège Bellefontaine (situé en zone prioritaire) au cœur du quartier populaire du Mirail, victimes d’un chef d’établissement autoritaire (parler ici de caporalisme constituerait une grave offense envers les caporaux) et mutés « dans l’intérêt du service » pour avoir osé revendiquer des moyens pour leurs élèves – et surtout mis l’accent sur le décalage entre la grrrrrande et ammmmmbitieuse réforme de l’éducation prioritaire telle qu’elle a été proclamée à grands sons de trompe par les communicants de Mme Vallaud-Belkacem et les moyens réellement attribués à leur établissement pour la mener à bien (1). De la répression antisyndicale pure et simple, et l’indifférence totale des autorités. Vous n’êtes rien, votre problème n’existe pas, on vous ignore, on ne vous connaît pas. Et donc, pas de problème, veuillez crever en silence et dépêchez-vous, que ça traîne, trublions de profs qui osez la ramener, et vos gueules s’il vous plaît. Comment ça, axioprepeia ?

AXIOPREPEIA

Les dernières nouvelles ne sont pas bonnes : Laure Betbeder, en grève de la faim depuis 24 jours, rejointe depuis par sa maman et deux de ses collègues, campe dans les jardins du rectorat. Professeur de SVT, la jeune femme, dont la santé se détériore peu à peu sous la canicule occitane, veut juste continuer à exercer au collège Bellefontaine – mais sans doute est-ce encore trop pour la rectrice qui, toute auréolée de sa récente promotion au grade de Chevalier de la Légion d'honneur (sans doute pour sa gestion exemplaire du cas Bellefontaine et sa mise en œuvre de la réforme REP+) ne veut rien entendre. Quel est le petit rigolo qui a dit axioprepeia ?

Quant à Mme Vallaud-Belkacem, naturellement préoccupée par bien d’autres soucis, elle a tout bonnement « snobé » notre collègue (2), pour reprendre les termes du quotidien gauchiste bien connu La Dépêche ci-devant du midi. DE MINIMIS PRAETOR NON CURAT (3). Axioprepeia, axioprepeia ? Et pourquoi pas dix euros, un Mars © et de la musique dansante tant qu’on y est ?

Un comité de soutien, le « Collectif Bellefontaine » (4), a été créé afin d’obtenir la réintégration des enseignants mutés. Il dispose également d’une page FB (5) qui vous permettra de suivre jour après jour l’évolution de cette épouvantable histoire.

Les indignes dans cette affaire, du chef d’établissement à la ministre en passant par la rectrice, sont sans doute persuadés d’être dans leur rôle. Nous voici parvenus au temps du mépris, et de l’humiliation comme mode de gestion des personnels. De la part d’un gouvernement qui se veut de gauche et d’une ministre qui se flatte d’être à l’écoute des enseignants, c’est une véritable honte, qui se paiera très cher au moment des régionales sans parler des présidentielles. Devenu loyal gestionnaire de l'existant, le PS a intégré, ce faisant, tous les codes comportementaux des gens de pouvoir, à commencer par la morgue, le déni de réalité et la certitude d'avoir raison envers et contre le malheur des gens.

Ce sont les petits, les sans-grade, les Laure Betbeder, ceux et celles qui se battent seuls contre la grande machine à broyer les êtres, qui nous montrent la voie et nous donnent l’espoir.

DIGNITE, RESISTANCE, AXIOPREPEIA ANTISTASI !

AXIOPREPEIA
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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 09:47
LETTRE OUVERTE À UN AMI PÉDAGO,  ÉPISODE 2

Suite du feuilleton, et du grand roman épistolaire en cours…

Devant un ordinateur, c’est tout de suite plus facile, de lire, de répondre et de poster !

Résumé des épisodes précédents : mon excellent ami et collègue Joël B., que je qualifierai volontiers de « pédago » même s’il s’en défend véhémentement, a émis en commentaire ici même toute une série de propositions tellement dignes d’intérêt que j’y ai répondu là (1)

Ci-dessous, la réponse de Joël, et ma réponse à celle-ci.

NB : Pour plus de lisibilité et même si nos points de vue n’ont radicalement rien à voir, le texte de Joël est en italiques

A Françoise (Mes réactions à ta réponse - la suite)


Venons en aux quelques propositions délibérément iconoclastes (on dirait ailleurs thought provoking) que j’énonçais. Je constate d’abord que tu as préféré les traiter non point par point mais en bloc, une fois dûment étiquetées, labellisées, assimilées à une diablerie connue, dès lors aisément


Je récuse ce procédé, bien connu de nos jeunes années (staliniens, trotskistes, même combat) consistant, pour disqualifier une parole, à y coller une étiquette infamante, permettant dès lors de décliner les horreurs afférentes et préparer l’autodafé, sans lire. Idem pour disqualifier une personne. Je ne me reconnais pas pédago, et ne sais même ce que cela signifie au fond, si ce n’est qu’ici c’est une des figures de l’abomination. La présentation ainsi faite, le chien se sait noyé. Exit. J’ai adoré ton de facto, un moins latiniste aurait pu dire en dernière analyse. Cela permet dans le paragraphe d’accumonceler pêle-mêle toutes sortes d’horreurs, comme autant de fagots au bûcher. L’image que tu me tends n’est pas mon reflet, et la discussion reste à mener.

Joël, si j’ai traité tes propositions en bloc et non pas une à une, c’est parce qu’elles constituent un tout, qu’elles sont le fruit d’une même philosophie de l’école, d’une même vision du monde, qui ne sont pas les miennes. Il pourra m’arriver d’être d’accord avec toi sur des points de détail, mais il n’en reste pas moins que, globalement, les présupposés de ton programme, que j’ai lu avec attention, me paraissent très contestables.

Par ailleurs, pour ce qui concerne mes jeunes années, je crois qu’effectivement, si j’ai pris des rides et de l’âge, ce que je n’ai pas perdu, c’est – comment pourrais-je le dire sans te blesser ? – une certaine capacité à flairer les arnaques et à débusquer, sous le discours gogoche et bien-pensant de la social-démocratie, la magouille finale, quelles que soient par ailleurs, parfois, les bonnes intentions (dont l’Enfer est pavé…) de ceux qui portent ledit discours, tout persuadés qu’ils sont de faire le bonheur du peuple malgré lui, et, en l’occurrence, de savoir, mieux que les professeurs, ce qui est bon pour eux et pour des élèves qu’ils n’ont plus vus de près depuis plusieurs lurettes.

J’en resterai moi aussi au global, pour te confirmer qu’on diffère en effet sur le fond. Mais encore faut-il l’expliciter, remonter à l’impensé.


Je le vois affleurer quand tu parles de « la liberté pédagogique des professeurs : on enseigne comme on veut, on bidouille, on expérimente, avec ou sans informatique, avec ou sans tableau noir (ou blanc, interactif ou pas), avec livre ou avec tablette ». Que tu associes aussitôt à une question de « confiance ». Je crois que là est le fond, cette représentation du prof comme maître-artisan, voire artisan d’art, maître chez soi, chacun sa spécialité, son tour de main. On n’a plus de compte à rendre, une fois sa compétence certifiée, ou agrégée. Toute évaluation formelle est récusée, sauf très épisodiquement et l’enjeu n’en est que la rapidité de promotion. Il est inconvenant qu’un collègue vienne jeter un œil. Reste, comme pour l’artisan, ou la profession libérale, l’évaluation informelle et sauvage de la cour de récré, des rumeurs entre parents, de la salle des profs – mais qui doit rester tue. Cette façon de se percevoir, ce modèle économique du travailleur indépendant, a sa légitimité – même si elle reste dans le non-dit, et que la posture prise dans la revendication soit volontiers celle du prolétaire.

Joël, ne mélangeons pas tout et ne caricaturons pas.

La liberté pédagogique des professeurs, ce côté « maître-artisan », comme tu le dis très bien, est effectivement la clé de la confiance et de la créativité des collègues. Il ne s’agit pas de cuisiner tout seul dans sa classe – comme les artisans, les professeurs partagent, mutualisent, donnent un coup d’œil, apportent un regard extérieur. De plus en plus et tu le sais, les « tours de main », comme les recettes de cuisine, s’échangent,(les copies itou), les cours se préparent en commun, et c’est très bien parce que c’est informel. Les enseignants travaillent ensemble par affinités, amitiés, convergence dans la manière de faire et/ou enrichissement par la différence, et c’est parfait. A partir du moment où on va imposer aux gens de bosser en équipe et selon des démarches qui ne seront pas forcément les leurs, ça ne marchera pas. A se demander du reste si le but de la manœuvre est vraiment que « ça marche », ou de contraindre les professeurs à passer définitivement sous les fourches caudines de la pédagogie officielle unique.

Quant à l’inspection, parlons-en : les IPR aux ordres venus imposer à de bons professeurs de travailler en séquence et par méthode inductive, alors même que les résultats obtenus par ces collègues étaient excellents, nous les avons bien connus naguère dans l’Académie de Nantes, où le corps des IPR semblait devenu l’annexe du catalogue Bertrand-Lacoste.

Tout comme on ne peut pas imposer le travail en équipes, on ne peut davantage imposer la séquence didactique comme le schibboleth, l’alpha et l’oméga de la pédagogie du français. Il y a des programmes, à respecter impérativement, car le bac est encore, jusqu’à plus ample informé, un examen national, et puis des méthodes, des procédures, un savoir-faire, qu’il faut laisser se développer, que les collègues choisissent ou non de travailler ensemble. La créativité est à ce prix : n’oublions pas que Célestin Freinet a dû quitter l’Education Nationale et ouvrir une école privée (certes « prolétarienne », mais privée) pour pouvoir continuer à enseigner comme il l’entendait.

Quant à la « posture du prolétaire », si les salaires des professeurs n’étaient pas aussi ridiculement bas et si le point d’indice n’était pas bloqué depuis quelques lurettes, elle n’aurait pas lieu d’être.

LETTRE OUVERTE À UN AMI PÉDAGO,  ÉPISODE 2

Ce modèle est ce que nous avons connu, il a fonctionné. Son corollaire était aussi que n’arrivait dans le secondaire qu’une partie d’une génération (souvenons nous des classes de fin d’études où restaient ceux qui n’avaient pu passer, ceux souvent qui n’avaient pas l’appétit pour l’étude alors que les autres n’avaient en fait pas besoin de « pédagogie », ils avaient pigé le truc, suffisait de leur transmettre le savoir). Mais la société offrait assez de boulots non qualifiés qui allaient les absorber. L’écrémage, ou la production de déchets, se poursuivait d’ailleurs tout au long du secondaire. Mais une proportion de rebut est admise dans l’artisanat d’art.

Je ne vois pas le rapport entre le modèle « artisanal » et le fait que, « de notre temps », seule une partie de notre génération « montait » au lycée , comme si c’était cet « artisanat d’art » qui avait produit « l’écrémage », pour reprendre ta métaphore. « De notre temps », les instituteurs formés à l’Ecole Normale pratiquaient, justement, cette pédagogie artisanale qui te fait un peu sourire – avec les « leçons de choses », par exemple, où le maître bidouillait avec les moyens du bord un système solaire ou la digestion du pain blanc par la salive in vitro… Et toute la classe était bouche bée, y compris ceux qui n’avaient « pas d’appétit pour l’étude », certes, mais de l’intérêt pour le concret et le vivant.

Ton terme de « Corollaire » suppose que c’est le modèle artisanal qui était l’obstacle à la démocratisation scolaire, alors même que dans les campagnes bas-alpines ou autres, devant une « classe unique », les instituteurs inventaient des solutions pédagogiques au cas par cas et qui fonctionnaient. Ceux qui n’allaient pas au lycée reprenaient la ferme familiale, par exemple, ou l’atelier paternel : boulots qualifiés, certes, et même hautement qualifiés (un bon vigneron, un bon charcutier, c’est du vrai savoir et du vrai savoir-faire) mais d’une qualification non scolaire en ces temps-là : on apprenait avec son père ou sa mère, et avec des taloches éventuellement.

L’écrémage, comme tu le dis, tient à tout autre chose : toujours moins d’école à l’école, toujours moins de savoirs transmis, et la sensation, chez ceux qui décrochent, que rien de ce qu’on fait dans les classes n’a de sens.

Mais le monde a changé. Notre suprématie n’est plus là. Nos sociétés, si elles veulent préserver notre niveau de vie, ne peuvent se permettre de produire chaque année des milliers de jeunes non qualifiés. Cela obère l’avenir et le coût n’est pas supportable. Objectif indispensable : zéro déchet. Cela amène à réviser les processus, à changer les méthodes de travail. Car c’est bien d’un travail et d’un métier qu’il s’agit, auquel on se forme, et qui comme tout au monde change et évolue avec la vie.

La question que tu ne poses pas, c’est celle du « pourquoi » : pourquoi ces jeunes non qualifiés, pourquoi les « décrocheurs », pourquoi les désolantes statistiques de l’illettrisme lors des journées APD.

Tu n’es du reste pas le seul à refuser de la poser, mais ce n’est pas une raison. A partir du moment où l’Ecole n’instruit plus les élèves, où elle renonce à les instruire, où une IG constructiviste et Bertrand-Lacostienne explique sans rire que si un petit sixième ne sait pas lire, ce n’est pas grave, vu qu’il n’a pas terminé ses études, il ne faut plus s’étonner de rien.

Un enfant s’ennuie à l’école (au collège, au lycée) quand il a l’impression d’y perdre son temps, quand il n’en sort pas enrichi, quand il n’y apprend rien, quand, je le répète, les apprentissages ne font pas sens. Tu noteras que sur ce point je partage l’opinion de Meirieu – même si les conclusions que j’en tire ne sont pas exactement les mêmes :-)

L’accent est mis, au-delà d’abreuver de savoirs ceux qui ne demandent qu’à boire (pas besoin de « pédagogie » pour ceux-là, je te l’accorde, ils apprennent de toute façon – on en a peut-être fait partie) sur ceux à qui il faut donner l’envie d’apprendre pour X raisons, afin de les hisser à un niveau minimum, ou mieux déclencher le déclic qui leur fera prendre leur essor. Je te l’accorde aussi, beaucoup, travers bien Français de pseudo-cartésiens binaires, pensent qu’un objectif remplace l’autre et ne voient pas que les deux finalités doivent se prolonger, s’articuler, voire se renforcer l’une l’autre.

Sur ce point, je vais être d’accord avec toi : ce qu’il faut donner ou re-donner, c’est l’envie d’apprendre.

Mais pour cela, il faut… apprendre ! Je vais utiliser une métaphore gourmande, pour éclairer mon propos : faire découvrir à un enfant des nourritures un peu difficiles comme le foie gras, le roquefort ou les huîtres, suppose que l’enfant ait goûté le foie gras, les huîtres, le roquefort, qu’il puisse expérimenter les bonheurs gustatifs de ces plats. On ne peut pas gaver un gosse de jambon blanc-coquillettes et attendre qu’il ait le déclic pour une gastronomie un peu plus pointue.

Il y a un plaisir d’apprendre, qu’il faut effectivement susciter. Mais comme le dit Samy Joshua, un pseudozintellectuel de droite bien connu, « ce n’est pas parce qu’on fera faire aux élèves des choses rigolotes qu’ils apprendront mieux » (2). Les élèves, y compris et peut-être même surtout les décrocheurs, ne sont pas stupides : si ce qu’on leur apprend ne fait pas sens pour eux, ils ne voient pas les raisons de s’y accrocher, surtout quand le monde hors les murs paraît si gai, si drôle, si « plein de nègres et de négresses », si rentable, si plein de possibilités magiques (le football, le trafic, les « roots », la chansonnette, le mannequinat) tellement plus désirables que l’école, qui, à vouloir rivaliser en attractivité avec l’extérieur, sera toujours moins « sexy », comme le dit à propos du latin une des conseillères de NVB (3).

LETTRE OUVERTE À UN AMI PÉDAGO,  ÉPISODE 2

Cela implique un changement de modèle économique. On passe de la cueillette à l’agriculture. Du maître-artisan solitaire au travail de groupe, à la communauté éducative. Une large part de l’autonomie se déplace de l’huis-clos de la classe au niveau de l’établissement. Métamorphose, changements essentiels, qui implique une mutation de tous les paradigmes, et au-delà. Et qui implique surtout d’imaginer, de trouver les modalités d’application, les cadres, les pratiques, les pouvoirs et contre-pouvoirs, bref faire du neuf. Tout est à inventer, et se contenter de résister, c’est laisser les choses se mettre en place sans y peser, tout au plus les retarder. Combat d’arrière-garde. Dire « c’est le libéralisme ! les petits chefs ! » c’est laisser le champ libre, refuser le combat, s’avouer vaincu d’avance.

Si ce que tu appelles « la communauté éducative », c’était juste de rassembler les enseignants, de les laisser enseigner et de leur donner carte blanche pour, en mettant en commun leur créativité, créer une synergie profitable pour tous, profs comme élèves, je crois que tout le monde ou presque serait d’accord.

Mais soyons sérieux, Joël : tu connais l’institution aussi bien que moi (et même mieux, au sens où tu as été, toi, de l’autre côté des bureaux…), tu sais très bien comment ça se passe et comment ça se passera : des projets mousse-paillettes, parce ce qui compte, surtout dans un contexte de mise en concurrence des établissements (et des professeurs !), c’est le « faire-savoir » -- parfois même des projets Potemkine, très beaux sur le papier, intenables dans la pratique ; ou encore des projets chronophages, fatigants pour les collègues, et avec sur les élèves des résultats tout aussi aléatoires que ceux des approches plus conventionnelles. Je n’aurai pas la cruauté de revenir sur le tract ( !) en espagnol ( !!) à destination des floriculteurs kenyans, présenté sur F2 (reportage au collège Clisthène, où, ne l’oublions pas, l’on expérimenta la réforme) comme le nec plus ultra de la pédagogie innovante (4).

Il est possible avec des formes de gauche d’effectuer cette mutation, serait-on trop cons pour les imaginer ? Refuser a priori toute réorganisation, l’autonomie au sein des établissements, la coordination du travail, et des remises en cause bien au-delà, est dogmatique et suicidaire. Cela relève de la même intelligence que proscrire tout alcool pour éviter l’ivresse. C’est aussi se complaire dans la posture de la victime.

Si « l’autonomie au sein de l’établissement » se traduit, comme il est probable, par une réorganisation où chaque enseignant sera son propre flic, chapeauté de surcroît par son coordonnateur de discipline, devenu de facto (eh oui, j’insiste…) son supérieur hiérarchique, puis par le conseil pédagogique, instance de contrôle et, dans de mauvaises mains, de flicage, puis par le chef d’établissement, et éventuellement par le CA, je crains que le remède que tu proposes soit encore pire que le mal. Et je ne vois pas en quoi l’intérêt des élèves, là-dedans, s’en portera mieux.

Cela dit, on peut ne pas aimer, préférer légitimement, à titre personnel, le statu quo ante, où l’on a connu joies et épanouissement. Finie la liberté d’enseigner ? Mais un sportif ne s’épanouit-il que dans les sports individuels, pas dans les sports collectifs ? On peut préférer le tennis au rugby, mais difficilement tenir ce dernier pour lieu d’asservissement. Eternelle question du conflit entre intérêt général et intérêt particulier, du TGV dont on veut bien qu’il passe mais pas chez moi – auquel cas les justifications historiques, écologiques, environnementales – ou pédagogiques - ne manquent jamais. Que l’intérêt des élèves n’aura-t-il pas justifié, depuis trente ans au moins !

Là encore, tu déplaces les problèmes. Le rugby est un sport merveilleux, mais tu sais parfaitement que les équipes qui gagnent sont celles dont la dynamique de groupe est positive ; on peut dire la même chose à propos du football – si les Bleus ont été champions en 1998, c’est parce qu’ils jouaient très bien, certes, mais aussi parce qu’Aimé Jacquet avait sélectionné des joueurs dont il considérait qu’ils pourraient travailler efficacement ensemble (d'où l'éviction de Cantona).

Or d’une part tous les chefs d’établissement (même s'ils en rêvent) ne sont pas Aimé Jacquet, tant s’en faut. D’autre part, le recrutement des enseignants par lesdits chefs d’établissement (tout comme leur évaluation, du reste, si le corps d’inspection venait à disparaître) ouvre grand l’espace du copinage (au mieux) et du favoritisme, surtout dans des contextes de féodalités locales un peu... pesantes.

C’est ce qui se passe dans les institutions privées, certes, mais nous ne sommes pas, du moins pas encore, dans cette configuration-là.

Tout dans la situation présente me déplaît. Et surtout son verrouillage par les postures des acteurs. Le(s) gouvernement(s) avance(nt) par petites touches, un pion de-ci, de-là, morceau de puzzle après l’autre, mais sans qu’apparaisse le schéma d’ensemble, l’objectif final et toutes ses implications. Cela crée toutes les peurs possibles, cristallise tous les rejets. Et on assiste à l’hystérie récente, Marianne guidant le peuple en duo d’opérette avec Figaro.

L’intention des gouvernements est parfaitement claire, et le schéma d’ensemble tout autant : par petites touches, effectivement, mais comme le navire Argo ou la grenouille cuite, déconstruire l’existant, c’est à dire au premier chef le cadre national, et importer dans l’enseignement public les méthodes de gestion du privé. L’objectif final, du PS comme de l’UMP pardon de LR, c’est, sous les jolis mots et les généreuses intentions (adaptation aux urgences de l’heure, autonomie, libération des initiatives, intérêt des apprenants, sauvetage des décrocheurs, égalité républicaine ), de mettre en place un modèle d’Ecole où l’objectif final ne sera plus d’instruire mais de donner une sorte de bagage de compétences minimum (le fameux socle commun de F. Fillon) – un peu comme une médecine, qui, au lieu de soigner, se contenterait de réparer.

Définir, décrire, clarifier l’objectif final, ce serait en permettre la discussion, ouvrir le champ de la négociation sur les modalités, y compris rassurer sur la progressivité et le filé. Mais une telle communication est-elle possible ? Apparemment non, sans mettre le feu aux poudres, tant la culture générale est à la préservation des acquis, à la méfiance contre toute modification, à la haine des déplacements de lignes qui, forcément, ébranlent des équilibres personnels patiemment conquis. Le syndicalisme enseignant n’a pas peu contribué à solidifier ces réflexes depuis 20 ou 30 ans, les parant des discours les plus progressistes.

« La préservation des acquis » et l’attaque contre le syndicalisme enseignant, ce pelé, ce galeux, ce casse-pieds… Joël, mon cher Joël, on sait d’où tu parles. Ne deviens pas ta propre caricature, je t’en supplie : tu vaux mieux que ces désolants raccourcis. Et console-toi en te disant qu’il reste le SGEN-CFDT et l’UNSA-FEN pour dire toujours « amen » et sortir le stylo dès qu’il y a une réforme à approuver.

J’en veux encore à Jospin de n’avoir pas fait le boulot quand il avait 5 ans devant lui et à Allègre de ne pas avoir expliqué sa visée mais de s’être posturé en épouvantail.

LETTRE OUVERTE À UN AMI PÉDAGO,  ÉPISODE 2

Toutes mes excuses pour la photo : c'est BAS, je le reconnais, mais je n'ai pas pu y résister ! J'ai honte -- mais c'est BON, la honte....

« Fait le boulot », j’adore l’expression… Pourtant il l’a fait, le boulot, avec son acolyte Allègre, il l’a fait salement (et il l’a salement payé, faut reconnaître !), avec la loi de 1989 qui a signé le commencement de la fin pour le système scolaire français. Mais j’arrête là car nous perdons de vue le sujet et j’ai déjà été très longue dans ma réponse

Au lieu d’une vraie réflexion d’ensemble, sereine et approfondie, ce qui n’exclut pas l’affrontement d’idées et moins encore les vrais clivages entre gauche et droite (justice sociale ou laisser-faire des avantages acquis,…

Ce que j’aime bien chez toi, Joël, c’est ton sens du raccourci. Un « avantage acquis », c’est de droite. Magnifique, on dirait de l’Emmanuel Macron.

…. on s’enferme dans d’incandescentes conflagrations rhétoriques sur une heure de plus ou de moins ici ou là, bien de chez nous.

Il ne s’agit pas d’une heure de plus ou de moins ici et là, malheureusement, mais de la disparition à court terme d’un enseignement (le latin en tant que langue) ou de filières qui marchaient bien (bilangues).

Quant aux heures de français, rappelons simplement qu’en 1976, un élève qui sortait du collège avait reçu 2088 heures d’enseignement du français depuis son entrée en CP ; En 2004, c’était 800 de moins, soit l’équivalent de deux années et demie : comme si, au milieu de son année de 5eme on le faisait passer en 2nde.

Et après, on se demande pourquoi tant d’élèves sortent de l’Ecole sans qualification…

La notation ? Prononcez le mot et les couteaux sortent, et on se retrouve dans le fameux dessin « Ils en ont parlé ! ». Pourtant, la formation continue, en plusieurs décennies d’expérience, a fait des avancées, trouvé des modes pertinents qui méritent attention. Maos…

Maos, vraiment ? ;-)

… rien de rien n’a été intégré dans l’enseignement initial, non plus que les notions de compétences, d’acquis/non acquis, dont la greffe ne prend pas (je ne me suis pas contenté de bronzer sous les cocotiers, ni d’user le rond-de-cuir du rectorat, j’ai aussi glandé dans la formation continue qui, chacun le sait, n’est que billevesées - n’en déplaise à un commentateur).

Pour ce qui concerne les compétences et afin de ne pas produire une réponse interminable, je te renvoie à un texte que j’ai co-écrit voici quelques années avec Agnès Joste et Michèle Gally, sur le site de SLL, Collectif Sauver les Lettres (5), je crois qu’il te donnera la mesure de l’étendue de notre désaccord

Pendant ce temps, le monde change. Les enseignants seraient-ils les seuls incapables de se remettre en cause et de s’adapter quand tous les métiers l’ont su, jusqu’aux plus modestes ?

Que le monde change, on est tous d’accord ; mais que ce soit le prétexte pour proposer des remèdes qui sont pire que le mal et la pérennisation de pratiques qui ont fait la preuve de leur inefficacité, là je ne comprends plus.

Ne me dites pas que c’est parce que les autres risquaient la perte d’emploi à ne pas bouger.
Je rejoins là ce que tu dis, Françoise, dans « Gueule de bois et perspectives », à savoir « réfléchir à des contre-propositions sans se borner à une posture défensive. » Je n’aurai pas forcément dit « contre », mais il importe peu. On n’est pas « contre » la loi de la pesanteur, mais on peut parvenir à voler. PROPOSITIONS, réflexions, remises à plat. Le cycle inauguré en 1945 est terminé, bien des solutions trouvées alors, et qui ont démontré leur efficace, sont devenues contre-productives. Banale dialectique historique. il faut savoir les remettre en question, trouver et surtout négocier les formes nouvelles, originales, qui aillent même vers des améliorations. Impossible ? Pas aisé certes, mais impossible seulement si- arc-boutés dans la conservation, on laisse s’imposer les choses.

« Conservation », j’aime bien, aussi : c’est presque « conservatisme », non ?

1945, c’est le Programme National de la Résistance, « les jours heureux », etc., clairement dans le viseur. Au moins c’est clair…

Ce n’est pas la première fois que la social-démocratie, derrière un habillage lénifiant (je n’ai pas dit « léninifiant » !) et de bienveillantes proclamations d’intentions, met en place des mesures inefficaces pour ne pas dire nuisibles.

J’ai dit remise à plat complète. Je ne voudrais pas finir sans revenir sur les remarques de Pierre-Henri, qui soulève un point central, mais avec lequel je diffère car il réfléchit en termes statiques et non dynamiques. Il est évident que ce chamboulement à venir du métier d’enseignant va aussi avec une renégociation des conditions faites aux enseignants (obligations de service, carrières, temps de travail, et bien entendu rémunération). Le constat fait du manque d’attractivité de la profession est flagrant. La féminisation a un temps masqué le phénomène, mais c’est terminé. Et quand on est repoussoir, les conséquences sont multiples, à terme, et profondes. Là encore, quel est l’état des lieux, en gros, très simplifié. J’y vois un contrat tacite, jamais énoncé. Je te sous-paye largement, certes, tu vas en baver dans un premier temps, dit l’employeur, mais je t’assure la sécurité de l’emploi, beaucoup de temps libre, peu de risques de sanction, et au bout de quelques années, si tu sais y faire, une amélioration progressive de tes conditions de travail. Les inconvénients s’étant petit à petit aggravés, pas étonnant que, d’une part, le « contrat » intéresse de moins en moins les meilleurs, et que, d’autre part, à tout ce qui peut apparaître comme un coup de canif aux avantages les intéressés se sentent volés comme au coin du bois. Et comme on est dans le non dit, le dialogue est difficile. Il faut en sortir. Et revenir au point de départ. Jusqu’ici, les enseignants du secondaire sont des cadres A de la fonction publique (cela peut changer, comme tout, mais faut le dire). En outre, il faudra rendre le job attractif pour bien recruter. Cela peut aussi impliquer une révision de la définition du temps de travail, une modulation des rémunérations selon les tâches, les évaluations, voire les résultats (mais oui ! et là encore, ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain : cadrages, concertations, instances de régulation et surtout formation des acteurs peuvent éviter seigneuries, arbitraires et abus).Le changement du métier d’enseignant doit aller avec une revalorisation sérieuse de ce métier. Mais soyons réalistes : cela n’ira pas non plus sans poser la question du coût et donc des effectifs. Qui peut prendre ce risque ? En tout cas mieux vaut en parler, que feindre de ne pas voir en tonitruant sur des points annexes.

Si la redéfinition du métier va dans le sens d’une dégradation, vu l’état d’épuisement et de découragement des troupes (comme tu le reconnais toi-même, d’ailleurs), tu n’auras plus personne pour exercer ce boulot de chien. 35 heures hebdo, 5 semaines de congés annuels, des réunions chronophages et des tâches administratives à l’infini, je ne vois pas où est l’attractivité.

Quant à la modulation de la rémunération selon les résultats, je trouve cette proposition absolument insensée : nous travaillons sur du matériel humain, avec une composante aléatoire totalement inquantifiable, par définition. Exemple : l’année X, j’ai quatre admissibles et trois admis à l’ENS, je touche une prime – et l’année suivante, alors que je me suis investie avec la même énergie, un seul alpha et zéro admis : suis-je pour autant devenue un mauvais professeur ?

Pour ce qui concerne l’évaluation par le chef d’établissement, tu sais ce que j’en pense. Mieux vaut encore un corps d’inspection, même très imparfait, même autoritariste, même vérolé par le constructivisme, que la notation par le « patron » (sic, mais beaucoup de collègues emploient ce texte) : l’école n’est pas une entreprise, même si le programme socialiste rêve d’y importer les méthodes du privé.

Tiens, encore un paragraphe. Comment se fait-il que beaucoup qui prônent la démocratie participative se révulsent à l’idée d’une autonomie des établissements ? Dans tout changement, c’est celui qui fait qui prend le pouvoir, car ce qu’il met en place le privilégie. Plutôt que d’être seulement défensifs, pourquoi ne pas peser pour une gouvernance des établissements qui assure l’efficacité tout en se prémunissant de l’autoritarisme, de l’arbitraire et d’autres maux ? Faire de l’établissement un espace productif démocratique. Intéressant non ?

Une « gouvernance des établissements » se prémunissant de l’autoritarisme et de l’arbitraire, tout en accroissant les pouvoirs de l’équipe de direction, ça me paraît relever de la quadrature du cercle ou des antinomies de la raison pure.

La « démocratie participative », que je sache, ce n’est pas un machin où chaque lycée, collège, etc., va œuvrer dans son coin à la recherche du « caractère propre » qui lui permettrait de se faire bien voir des acteurs économiques et politiques locaux, tout en flattant les parents dans le sens du pelage. Si ce que tu appelles la « démocratie participative » (et que je comparerais plutôt aux « cercles de qualité » en entreprise, ce machin venu du Japon où les travailleurs collaborent à l’amélioration de leur propre oppression et à l’optimisation du poids des chaînes) doit aboutir pour l’Ecole à la fin du cadre national, je ne vois pas ce que les acteurs du système, élèves comme enseignants, auront à y gagner. Si la « démocratie participative » officialise les dékhonnages de type Clisthène, je pense que ce n’est vraiment pas la peine.

« Faire de l’établissement un espace productif démocratique », comme tu le dis, ce serait, simplement, commencer par laisser les enseignants enseigner, mettre en place les structures et les procédures de leur choix, se regrouper (ou pas) par affinités sur leurs propres projets – le seul impératif étant le respect de programmes à la fois ambitieux et progressifs. Que la créativité bouillonne et que cent fleurs s’épanouissent, loin des commissaires pédagogiques et des caporaux petits ou gros.

Dans l’état actuel des choses, c’est plutôt vers une extension du domaine de la garderie que l’on s’achemine. Je ne suis pas sûre que les élèves, pas plus que leurs enseignants, n’aient à y gagner quoi que ce soit.

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Published by leblogdelapresidente
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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 08:09
En forme de réponse, lettre ouverte à un ami pédago

« Phosphorons maintenant ! On pense mieux à plusieurs que tout seul ! », ainsi concluais-je mon précédent article consacré à la réforme du collège.

Mon excellent ami Joël B., joyeux compagnon, fin gastronome, gentil garçon, « pédago » devant l’Eternel (comme quoi ni lui ni moi ne sommes sectaires…) , au demeurant le meilleur fils du monde, a rédigé en commentaire une série de propositions à ce point dignes d’intérêt que j’entreprends de lui répondre ici publiquement et « en grand ».

Pour ceux qui auraient la flemme d’entreprendre une petite marche arrière pour retrouver l’exact intitulé de son propos, je le reproduis in extenso (à une nuance près, sur laquelle je m’expliquerai dans le corps de ma réponse en forme de lettre ouverte.)

N.B. J’ai d’ores et déjà supprimé, sur ce sujet, des commentaires grossiers, et j’en censurerai d’autres s’il le faut, sans états d’âme. Essayons de répondre à Joël de manière constructive et courtoise, sans céder à la facilité de déverser des insanités sur un discours dont l’aspect provocateur, effectivement, peut ressusciter en nous d’ataviques instincts belliqueux pour ne pas dire de dommageables réflexes d’entartage.

LE PROPOS DE JOËL, DONC

« Allez, un peu de provoc pour rigoler, maintenant que la messe est dite.

Mon expérience du grec au Lycée *** – souvenirs vivaces. Au premier trimestre d’une année scolaire assez tendue, services chargés. Une collègue de lettres classiques, bien sous tous rapports, agrégée et tout, arpentait les couloirs à la recherche d’élèves de grec. Il ne lui en restait que deux, peut-être même en partance, la pauvre, et il lui en fallait au moins quelques autres pour justifier ses heures. Elle a dû trouver.

Car l’enjeu était là. Pas pour l’amour du grec (Venez que je vous embrasse !!) mais pour avoir un service complet et léger. Car sinon c’était une classe de plus en français, trois au lieu de deux, et ça change la vie pendant l’année (moi qui avec quelques manants de certifiés en avions quatre -ce qui est une horreur de corrections - apprécions la situation). Parlons franc. Derrière les cris d’orfraie sur les humanités s’écroulent, il y a aussi des considérations de niches confortables, et de coûts exorbitants, qui pour être triviaux doivent aussi être pris en compte avec des solutions idoines.

Je me souviens avoir évoqué la possibilité, pour ce peu d’élèves dont il fallait en effet satisfaire l’attente, de recours au CNED – un service public très performant, qui, additionné d’un peu de répétition, peut jouer parfaitement son office.

J’avais aussi horrifié en suggérant que par exemple on pouvait mettre ensemble les élèves de grec de plusieurs établissements aixois, et rendre ainsi plus acceptables des heures d’agrégé(e)s.
Gene
viève (épouse de Joël, note de la Présidente) avait même rappelée qu’elle-même, dans les années 60, élève alors d’un établissement on ne peut plus catho de jeunes filles, allait alors avec ses camarades suivre des cours de grec au lycée public de garçons voisin (enfer et damnation !) pour faire un groupe « soutenable ». Les deux établissements avaient pu s’entendre sur cela, surprising isn’t it ? Mais je ne suis pas dupe, l’enjeu est bien ailleurs.

Encore une fois, à force de ne vouloir rien changer, de protéger des niches, de refuser des accommodements, de trouver des solutions adaptées et satisfaisantes pour tous, on se prend une réforme en pleine poire, et ne reste qu’à pleurer. La prochaine viendra de la droite, on peut faire confiance, mais on trouvera normal d'être un peu décoiffé.

Alors la réforme du collège ? du petit braquet tout ça, beaucoup de bruit pour rien. On commencera à en parler le jour où, au collège comme au lycée d’ailleurs :

1. Toutes les matières et tous les niveaux ne seront pas égaux par ailleurs, en termes de service


2. On instituera une mobilité obligatoire au bout d’un certain temps dans un poste, pour casser les situations de niche et les effets de queue – y compris avec des temps hors de l’enseignement


3. Les établissements jouiront d'une GRANDE autonomie, y compris en termes de recrutement, sur des projets pédagogiques (gouvernance à définir)


4. Les services seront définis en termes de tâches et pas seulement d’heures de cours (quelqu’un avait parlé de 35h, pas si con, si c'est bien négocié)


5. Les vacances scolaires seront pour les élèves, les profs quant à eux, fonctionnaires, bénéficiant du statut de la fonction publique et de 35 jours ouvrables, ou quelque chose comme ça


6. On utilisera pleinement les ressources de l’informatique et des logiciels interactifs pour transmettre des connaissances, concentrant le face à face pédagogique sur l’acquisition des savoir-faire, les travaux pratiques, l’encadrement rapproché des élèves en difficulté – ainsi que le coaching des meilleurs – ce qui ferait éclater la notion de classe, et la notion d’année scolaire, au passage, pour une pratique bien plus large de groupes de niveaux et d’évaluation des compétences.


7. On va en trouver d’autres, j'en ai encore sous le coude. J’avais dit provoc ? Finalement, c’est assez sérieux tout ça ! Et de gauche, en plus. A disposition pour argumenter chaque point. »

En forme de réponse, lettre ouverte à un ami pédago

Reprenons donc à présent point par point

« Allez, un peu de provoc pour rigoler, maintenant que la messe est dite.

Cher Joël, rien ne garantit que « la messe (soit) dite », tout d’abord. Je crois que tu as mal évalué le degré de mécontentement des collègues – et des parents d’élèves, comme le montrent les récents déboires du cher Raoult de la FCPE ; je ne pense pas que les professeurs de collèges (et ceux des lycées, qui les soutiennent) se laisseront imposer sans réagir une réforme qui va à l’encontre de leurs convictions les plus profondes.

Et pour ce qui est de « rigoler », je crois qu’on attendra une autre occasion…

Quant à cette manière expéditive et ingénument brutale de t’exprimer, « la messe est dite », avec ses inflexions manuelvallsesques, elle relève sans doute du dernier chic socialo dans la manière de gérer le dialogue avec les personnels. Mais comme captatio benevolentiae, tu avoueras que ce n’est pas top.

Certes, tu ne cherches pas la bienveillance, puisque tu reconnais toi-même faire « un peu (sic) de provoc ». Tu ne seras donc pas étonné du ton parfois un peu raide sur lequel, en toute amitié, je vais te répondre.

Mon expérience du grec au Lycée *** – souvenirs vivaces. Au premier trimestre d’une année scolaire assez tendue, services chargés. Une collègue de lettres classiques, bien sous tous rapports, agrégée et tout, arpentait les couloirs à la recherche d’élèves de grec. Il ne lui en restait que deux, peut-être même en partance, la pauvre, et il lui en fallait au moins quelques autres pour justifier ses heures. Elle a dû trouver.

Car l’enjeu était là. Pas pour l’amour du grec (Venez que je vous embrasse !!) mais pour avoir un service complet et léger. Car sinon c’était une classe de plus en français, trois au lieu de deux, et ça change la vie pendant l’année (moi qui avec quelques manants de certifiés en avions quatre -ce qui est une horreur de corrections - apprécions la situation).

Parlons franc. Derrière les cris d’orfraie sur les humanités s’écroulent, il y a aussi des considérations de niches confortables, et de coûts exorbitants, qui pour être triviaux doivent aussi être pris en compte avec des solutions idoines.

Compte tenu de la manière peu amène et pour tout dire indélicate dont tu parles de la collègue de lettres classiques, la désignant quasiment à la vindicte publique en sous-entendant que c’est ni plus ni moins qu’une grosse fainéantasse (encore le vrai chic socialo, j’imagine, mais ça devient un peu lourd, même en tenant compte du registre polémique), tu comprendras volontiers que j’aie anonymé le nom du lycée.

Puisqu’il faut « parl(er) franc », comme tu dis, dans ce même lycée et à propos de « niches confortables », j’ai connu pire en termes de situation : par exemple des gens qui partaient en cours d’année sous le ciel enchanté des bureaux rectoraux loin bien loin des élèves, en laissant en guise d’adieu à leur remplaçant quelques dizaines de dissertations, justement, à corriger.

Bref, le type de sous-entendu auquel tu procèdes, provoc ou pas provoc, est juste dégueu insultant pour la personne à laquelle tu fais allusion. Prétendre que les professeurs de grec s’accrochent à leur option pour ne pas travailler, c’est aller trop loin, c’est inadmissible, je te le dis gentiment mais fermement.

Je me souviens avoir évoqué la possibilité, pour ce peu d’élèves dont il fallait en effet satisfaire l’attente, de recours au CNED – un service public très performant, qui, additionné d’un peu de répétition, peut jouer parfaitement son office.

J’avais aussi horrifié en suggérant que par exemple on pouvait mettre ensemble les élèves de grec de plusieurs établissements aixois, et rendre ainsi plus acceptables des heures d’agrégé(e)s.
Geneviève avait même rappelée qu’elle-même, dans les années 60, élève alors d’un établissement on ne peut plus catho de jeunes filles, allait alors avec ses camarades suivre des cours de grec au lycée public de garçons voisin (enfer et damnation !) pour faire un groupe « soutenable ». Les deux établissements avaient pu s’entendre sur cela, surprising isn’t it ?

La solution du regroupement des heures de grec sur un seul lycée, ou même de la constitution d’un seul « pôle lettres classiques » par ville ne date effectivement pas d’hier. J’ai moi-même expérimenté, en classe de 1ere (1968-1969), ce type de configuration, puisqu’une demi-douzaine de jeunes filles hellénistes (c’était avant la mixité) avaient eu la joie, la chance et l’inestimable avantage d’aller traduire Homère et Euripide au lycée de garçons – tous ces beaux jeunes gens à nos pieds, et le prof de lett. class. aux petits soins, aaaah, c’était un vrai bonheur (soupir nostalgique).

Tout ceci marchait très bien, pédagogiquement parlant, et ne posait aucun problème il y a quarante-cinq ans, dans un contexte où les établissements n’étaient pas encore mis en concurrence. Depuis, on a connu les palmarès du meilleur lycée (dans divers magazines), le classement IPES, l’affichage triomphant des résultats du bac, la danse des sept voiles pour recruter, et j’en passe.

Concurrence entre public et privé, bien sûr (j’ai vécu vingt et un ans en Vendée, je connais…), mais aussi entre public et public. Dans ce sens, perdre une option de grec, pour un établissement, c’est toujours grave -- comme perdre l’allemand, le russe, l’option musique ou toute option rare, un BTS, une prépa, bref, tout ce qui peut constituer un « plus » pour la boîte non seulement en termes de résultats (il ne s’agit pas forcément de « bons » élèves) mais d’image et de faire-savoir, puisque, hélas, c’est à présent ainsi que l’on nous impose de raisonner.

Quant à interdire de classer les lycées, inutile de rêver : la tendance générale vers l’autonomisation (j’y reviendrai, d’autant que tu la prônes) ne va pas dans ce sens, bien au contraire.

Mais je ne suis pas dupe, l’enjeu est bien ailleurs.

Encore une fois, à force de ne vouloir rien changer, de protéger des niches, de refuser des accommodements, de trouver des solutions adaptées et satisfaisantes pour tous, on se prend une réforme en pleine poire, et ne reste qu’à pleurer. La prochaine viendra de la droite, on peut faire confiance, mais on trouvera normal d'être un peu décoiffé.

Parce qu’on ne l’est pas, « décoiffé » ? Tondu, oui, et même scalpé !

Etre malmené par la droite, ça a l’apparence de la logique. La droite ne peut plus nous décevoir. Par la « gauche » (enfin, cette gauche-là), on a beau avoir l’habitude depuis Allègre, ça fait toujours quelque chose : nous nous sommes tant aimés, on avait tellement envie de faire confiance, même après avoir été cocufiés tant de fois. On se disait : « Ils vont bien comprendre, quand même, ils vont bien finir par nous écouter »… Ben non. Toujours persuadés de détenir la vérité, contre le cours même du réel.

Oui, l’UMP revenue au pouvoir fera sans doute pire, aucune illusion là-dessus – ou plutôt elle parachèvera le sale boulot que le PS a commencé. L’ultra-libéral Madelin est à fond pour la réforme du collège : ça ne te trouble pas ?

Mais revenons au reste de tes propositions.

Alors la réforme du collège ? du petit braquet tout ça, beaucoup de bruit pour rien. On commencera à en parler le jour où, au collège comme au lycée d’ailleurs :


1. Toutes les matières et tous les niveaux ne seront pas égaux par ailleurs, en termes de service


2. On instituera une mobilité obligatoire au bout d’un certain temps dans un poste, pour casser les situations de niche et les effets de queue – y compris avec des temps hors de l’enseignement


3. Les établissements jouiront d'une GRANDE autonomie, y compris en termes de recrutement, sur des projets pédagogiques (gouvernance à définir)


4. Les services seront définis en termes de tâches et pas seulement d’heures de cours (quelqu’un avait parlé de 35h, pas si con, si c'est bien négocié)


5. Les vacances scolaires seront pour les élèves, les profs quant à eux, fonctionnaires, bénéficiant du statut de la fonction publique et de 35 jours ouvrables, ou quelque chose comme ça


6. On utilisera pleinement les ressources de l’informatique et des logiciels interactifs pour transmettre des connaissances, concentrant le face à face pédagogique sur l’acquisition des savoir-faire, les travaux pratiques, l’encadrement rapproché des élèves en difficulté – ainsi que le coaching des meilleurs – ce qui ferait éclater la notion de classe, et la notion d’année scolaire, au passage, pour une pratique bien plus large de groupes de niveaux et d’évaluation des compétences.


7. On va en trouver d’autres, j'en ai encore sous le coude. J’avais dit provoc ? Finalement, c’est assez sérieux tout ça ! Et de gauche, en plus. A disposition pour argumenter chaque point. »

En forme de réponse, lettre ouverte à un ami pédago

Tout ceci est peut-être « de gauche », Joël, mais d’une gauche qui n’est pas la mienne et pour laquelle, je l’écris solennellement en pesant chacun de mes mots, je ne voterai plus JAMAIS : déréguler, déréglementer, déconcentrer, autonomiser, tout cela présenté, bien sûr, comme un « plus » pour les professeurs, les élèves et les établissements, c’est instaurer le règne de la concurrence perpétuelle, non seulement entre les collèges et les lycées (ça existe déjà, nihil novi), mais à l’intérieur de l’établissement, entre collègues, entre équipes, entre projets. Non merci.

Ce que tu proposes, de facto, c’est la fin du cadre national, des programmes, des examens nationaux, et tout le pouvoir aux féodalités locales, aux groupes de pression économiques ou idéologiques, aux petits et grands chefs, aux géniaux concepteurs de projets innovants avec beaucoup de mousse, au meilleur VRP susceptible de vendre ses salades, au plus habile danseur de claquettes, au plus fin joueur de pipeau, aux coordonnateurs de discipline promus mini-inspecteurs de leurs collègues, au conseil pédagogique érigé en instance de flicage. Caporalisation accrue du métier. Non merci.

Ce que tu nommes poétiquement « gouvernance à définir », ce sont les méthodes du privé. Non merci.

La seule autonomie qui vaille d’être valorisée, c’est (à l’intérieur de programmes et d’horaires nationaux précisément définis) la liberté pédagogique des professeurs : on enseigne comme on veut, on bidouille, on expérimente, avec ou sans informatique, avec ou sans tableau noir (ou blanc, interactif ou pas), avec livre ou avec tablette, comme en 1950 ou comme en 2050, on s’en fiche : l’essentiel est qu’à la fin de l’année les élèves aient appris et travaillé.

Curieusement, cette liberté pédagogique, cette confiance accordée aux professeurs, tu n’en parles pas, les socialistes n’en parlent pas – parce que ce qui les anime, c’est tout le contraire, un ressentiment outrancier, une espèce de haine rance, une suspicion permanente vis-à-vis des enseignants, à qui l’on impose faute de les convaincre, et qu’il faut, comme le montre le passage en force sur la réforme, absolument mater pour que « la messe (soit) dite ».

Qu’on ne compte pas sur nous pour dire DEO GRATIAS

Joël, mon cher Joël, tu es un ami, mais en ce qui concerne l’Ecole nos positions, je ne t’apprends rien, sont, à quelques points de détail près, complètement incompatibles. Je crains fort que dans les conflits qui s’annoncent nous ne nous trouvions une fois de plus, de part et d’autre de la barricade.

Ce qui ne nous empêchera pas de déguster ensemble l’excellent vin de mon fils, naturellement. Ce sera sans doute le seul élément de synthèse possible entre nous dans ce débat…

En forme de réponse, lettre ouverte à un ami pédago
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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 10:15
Gueule de bois et perspectives

« Nous devrions savoir, depuis la réforme Peillon des rythmes scolaires, qu’il y a une catégorie devant laquelle un gouvernement socialiste ne recule jamais : les enseignants, considérés envers et contre tout comme un "électorat naturel"… », écrivais-je lundi ici même (1) dans un grand élan cassandresque.

Et de poursuivre, en espérant faire erreur : « Gageons que les pourcentages officiels (de la grève) seront ridiculement bas, et que (mardi) soir la ministre, dont la comm’ ne recule devant aucune contrevérité, se félicitera sur toutes les ondes de la "sagesse", du bon sens et de la modération des professeurs de base, qui auront su résister à l’opération de désinformation menée conjointement par des élitistes conservateurs et d’infâmes immobilistes corporatistes jalousement attachés à leurs privilèges et insoucieux de l’intérêt des apprenants patati patata patin couffin. »

Je ne me trompais pas, hélas. Mais ce que je n’osais imaginer, même dans mes cauchemars les plus fous, c’est que le décret, ainsi que l'arrêté portant sur la réforme du collège (2), paraîtraient ce mercredi 20 mai au Journal officiel (3), et datés du 19 – manière particulièrement inélégante d’exprimer la plus totale indifférence vis-à-vis des personnels en grève ce jour-là : même si le mouvement avait été suivi à 80 ou 90 %, la publication de ces textes était d’ores et déjà programmée. Cessez le travail, manifestez, battez le pavé, on n’en a "rien à cirer", comme disait Edith Cresson. Nous savons bien mieux que vous ce qui est bon pour vous, et nous ferons votre bonheur malgré vous, ah mais.

En bon français, ça s’appelle un passage en force. Admirable la part d’un gouvernement qui se prétend attaché à la concertation sociale, se proclame hautement « social-démocrate », et confirme dans les faits qu’il n’est ni l’un ni l’autre – ni démocratique ni social.

Souvenons-nous, nous qui avons de la mémoire…

« Moi président de la République, je ferai en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés, aussi bien les organisations professionnelles que les syndicats, et que nous puissions avoir régulièrement une discussion pour savoir ce qui relève de la loi, ce qui relève de la négociation… »

Cette composante de la célèbre anaphore du 2 mai 2012, est passée, avec bon nombre d’autres engagements sur lesquels ce qui me reste de charité m’interdit de développer, aux profits et pertes. « Les promesses faites n’engagent que ceux qui les écoutent », philosophait Jacques Chirac paraphrasant le petit père Queuille. Encore un point commun entre les deux Corréziens, un cynisme sans vergogne derrière le sourire bon enfant et l’affabilité rad-soc.

Le dialogue social, la discussion, qu’il disait ? Oui, mais ça, c’était avant.

A moins, naturellement, que l’on n’ait considéré en haut lieu que, la question du collège étant non seulement trop sérieuse pour être confiée à la représentation nationale mais encore trop sensible pour être soumise à négociation avec les syndicats représentatifs, seul le passage en force par décret pouvait s’envisager.

Après avoir fait voter le texte par un CSE globalement aux ordres (et du reste mis en place dans cette intention…), il était clair que pour madame la ministre et pour Manuel Valls, le débat était clos, fermez le ban, screugneugneu. Du reste les consignes semblent d’ores et déjà données aux médias : quelques minutes ce matin pour enterrer le sujet, et on enchaîne, tournez manèges, et circulez, y’a rien à voir.

Gueule de bois et perspectives

Les réactions des collègues sont naturellement contrastées : les partisans de la réforme (il y en a, ne serait-ce qu’au SGEN-CFDT et à l’UNSA !) se congratulent plus ou moins bruyamment. Les uns éclatent de Schadenfreude (la « joie mauvaise », clin d’œil à la langue de Goethe, tant qu’on peut encore l’étudier correctement…), les autres, plus lucides, se demandent comment ils parviendront à convaincre les réticents – au moins ont-ils compris qu’on ne peut pas faire réussir une réforme contre l’avis de la majorité de la profession.

Quant aux opposants, devant un tel mépris, les plus polis parlent de « baffe » ou de « camouflet », les cornéliens de « soufflet », les truculents de « doigt d’honneur » et même, horresco referens et révérence parler, de « fist-fucking ». Tous vivent la publication du décret et de l’arrêté comme une véritable déclaration de guerre, et jurent leurs grands dieux que jamais plus jamais au grand jamais ils ne mettront dans l’urne un bulletin socialiste.

Bonjour l’ambiance en salle des professeurs. Pour favoriser la constitution d’équipes et la coopération entre enseignants, faut reconnaître que comme plan nul c’est génial.

Il est bien tôt pour se hasarder à prédire les suites du mouvement, et dans quelle mesure, à l’approche du BNC, les professeurs seront prêts, et sous quelles modalités, à se mobiliser à nouveau.

J’imagine que l’intersyndicale va se réunir très vite et définir une stratégie : on ne peut laisser passer sans riposter un tel coup de force.

Ce qui semble clair, en revanche, c’est que la rupture est définitivement consommée entre le PS et le corps enseignant. On ne me fera pas croire que le Président et le premier ministre, dans leur entêtement, n’en sont tout de même pas un petit peu conscients. Alors, quel est le but de cette stratégie apparemment suicidaire ? Pour reprendre l’expression d’un de mes collègues (4), en agissant ainsi, les socialistes se coupent une main (la majorité de leur électorat enseignant) pour sauver le bras, la réélection de François Hollande en 2017. L’idée du gouvernement est de radicaliser le débat et l’électorat d’opposition afin que ce dernier aille vers un vote extrême, par dépit – en clair, de tabler sur la lepénisation d’une partie des professeurs et des parents d’élèves.

Disons-le crûment : si François Hollande comptait sur son bilan pour être réélu, les chances seraient bien faibles. En revanche, affaiblir l’UMP en hystérisant les débats ouvrirait pour lui une possibilité d’affronter Marine Le Pen au second tour, et, en tablant sur le front républicain, de nous refaire le coup de Chirac face à l’affreux Jean-Marie : 80 % de votants, et réélu dans un fauteuil. Misérable calcul; Elle est pas belle, la vie ?

Gueule de bois et perspectives

Pour les enseignants, là réside le piège dans lequel il ne faut pas tomber : ne rien espérer de la droite, a fortiori du FN bien sûr. Avant de se réjouir du soutien de Ferry, Chatel, Fillon et les autres, se souvenir que c’est ce même Fillon qui a mis en place le « socle commun » et l’enseignement par compétences, dont la présente réforme du collège vient en quelque sorte parachever l’exécution. Aucun UMP ne reviendra sur le « socle », parce que ce serait contraire à tout ce que le parti propose en termes d’enseignement et à tout ce qu’impose l’Europe libérale (5).

C’est donc aux professeurs, dans leurs syndicats, dans leurs associations de spécialistes, dans les mouvements pédagogiques auxquels ils appartiennent, dans des groupes de réflexion comme le Collectif Sauver Les Lettres ou, en toute modestie, Reconstruire l’Ecole, dont le site revient à nous après quelques déboires techniques (6), -- aux professeurs, disais-je, de réfléchir à des contre-propositions sans se borner à une posture défensive.

Le collège tel qu’il est n’est pas satisfaisant ? Les inégalités scolaires se creusent ? Le remède proposé par Mme Vallaud-Belkacem est pire que le mal ? Certes. Alors phosphorons maintenant ! On pense mieux à plusieurs que tout seul !

Devant à nouveau m’absenter pour quelques jours en « zone blanche », je ne pourrai répondre aux commentaires et vous prie de bien vouloir m’en excuser.

(1) http://leblogdelapresidente.over-blog.com/2015/05/demain-19-mai-juste-un-debut-pour-un-vrai-debat.html

(2) Décret n° 2015-544 du 19 mai 2015 relatif à l’organisation des enseignements au collège

(3) Arrêté du 19 mai 2015 relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de collège

(4) Merci, Alexandre !

(5) « La définition (du socle) et sa mise en application sont strictement les demandes de la communauté européenne, en réponse aux exigences des économistes et des commerciaux s’inquiétant du niveau de qualification des populations européennes réclamé par les changements des lois du marché [2]. On en trouvera tous les détails, et de nombreux éléments repris tels quels ou presque, en " version française ", par le Haut Conseil de l’Éducation (HCE), dans le document suivant de novembre 2005 : Proposition de recommandation du Parlement européen et du Conseil sur les compétences clés pour l'éducation et la formation tout au long de la vie, (p 1 à 14), qui applique scrupuleusement les recommandations de l’E.R.T. (Table ronde des industriels européens) en 1995 : " L’éducation doit être considérée comme un service rendu au monde économique". » Suite sur http://www.sauv.net/socle.php, en m’excusant de me citer (texte coécrit avec Agnès Joste et Michèle Gally)

(6) http://www.r-lecole.fr/

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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 16:04
Demain 19 mai : juste un début pour un vrai débat !

Demain mardi 19 mai, les professeurs, à l’appel de leurs syndicats représentatifs, seront en grève contre la réforme du collège telle que la propose ou plutôt l’impose madame Vallaud-Belkacem, soutenue dans ce funeste projet par messieurs Valls et Hollande, qui semblent avoir l’intention d’en faire un test (de quoi, je me le demande…) en se posant, jugulaire au menton et accent martial oblige, comme des modèles de courage politique et de transgression des tabous. De la part d’un gouvernement qui a capitulé (je cite dans le désordre et j’en passe) devant les Bonnets rouges, Angela Merkel, les agriculteurs productivistes, diverses multinationales, le lobby autoroutier, les diktats de Bruxelles, etc., il y aurait presque de quoi rire, et bruyamment. Mais nous devrions savoir, depuis la réforme Peillon des rythmes scolaires, qu’il y a une catégorie devant laquelle un gouvernement socialiste ne recule jamais : les enseignants, considérés envers et contre tout comme un électorat « naturel », malgré la défaite de Lionel Jospin victime de son gourou Allègre. Mais ces gens-là n’ont pas de mémoire…

Gageons que les pourcentages officiels seront ridiculement bas, et que demain soir la ministre, dont la comm’ ne recule devant aucune contrevérité, se félicitera sur toutes les ondes de la « sagesse », du bon sens et de la modération des professeurs de base, qui auront su résister à l’opération de désinformation menée conjointement par des élitistes conservateurs et d’infâmes immobilistes corporatistes jalousement attachés à leurs privilèges et insoucieux de l’intérêt des apprenants  patati patata patin couffin. 

Le tout résumé dans Le Monde par le cher Gorce, qui n'en rate jamais une (qu'on se souvienne de ses pingouins grecs de sinistre mémoire)

Demain 19 mai : juste un début pour un vrai débat !

C’est bien pourquoi ce mouvement doit être massivement suivi, si massivement qu’il ne sera plus possible, ni pour le ministère ni pour les médias aux ordres, de minimiser la colère des collègues, ni de la réduire à une extrême-droitisation d’esprits irresponsables, au bord de la crise de nerfs, et/ou trop prompts à s’affoler pour pas grand-chose.

Dans un premier temps, la comm' ministérielle s’est voulue ludique, « pédagogique » comme on dit (comprendre, instruire en amusant), par le biais de petits dessins nunuches(1)…

Demain 19 mai : juste un début pour un vrai débat !

… et d’animations (2) à la portée de caniches mentalement déficients, si j’ose m’exprimer ainsi. Puis le ton s’est durci, avec l’inénarrable sortie sur les « pseudo-zintellectuels », où NVB s’est proprement tiré une balle dans le pied.

Nous en sommes à présent à la phase III./ de la manœuvre, la dramatisation. Tremblez, mortels : cette opposition à la réforme, c’est tout bonnement le fascisme à nos portes, du moins tel que nous le « vend » le staff des communicants maison.

Passons rapidement sur la subtilité de la manœuvre, qui me rappelle ce que mon défunt père, grand amateur de rugby devant l’Eternel, appelait « une feinte de balayeur » : en clair, un story-telling mis en place avec une finesse si kolossale que ses instigateurs finissent par y croire eux-mêmes : une jolie jeune femme aux yeux de gazelle et au sourire craquant, pas sotte, d’origine marocaine, est mise en avant pour porter une réforme (3) touchant un sujet plus que sensible, le collège, dont chacun reconnaît l’échec. Tout opposant sera automatiquement traité de raciste, de sexiste, de réac faisant le jeu des fafs, et passez muscade. Peu importe que le SNES, la CGT et Sud-Educ, pas spécialement droitiers, désapprouvent sans ambigüité les modalités de la réforme, peu importe que le PCF, le PG, LO (4) et j’en oublie, la condamnent, tout ceci n’est que l’écume des choses : la terrible vérité, si l’on en croit les éléments de langage du ministère et de la ministre elle-même, c’est que, comme l’observe un extrémiste bien connu, le médiéviste Michel Zink (5), « il apparaît de plus en plus que madame la ministre et ceux qui embrassent sa cause avec le plus de zèle sont persuadés que les adversaires de la réforme du collège sont tous de mauvaise foi. Il semble aussi que madame la ministre divise l'opinion en deux catégories : ses partisans et l'extrême droite. Elle n'en connaît point d'autres. »

Fichaises, et je suis polie.

Soyons clairs et remontons à la source des problèmes, avec le « socle commun de compétences » voté en 2005 sous l'UMP (loi Fillon), censé garantir à tous les élèves, par contrat entre l'Etat et les familles, un niveau minimum de formation. De mauvais esprits, comme par exemple le Collectif Sauver Les Lettres (déjà de pseudo-zintellectuels, faut croire) en soulignèrent d’emblée le danger (6). Dix ans plus tard, ce texte résonne de manière prémonitoire, mais n’épiloguons pas : amère satisfaction que celle de Cassandre…

Le problème du socle, c'est que pour être « commun », le niveau de formation doit être le plus bas possible, sinon, en bonne logique, il n'est plus « commun ». Son contenu est donc, de fait, proche du zéro, comme le rappellent utilement les dernières statistiques relatives à l’effondrement du niveau des collégiens en mathématiques. (7)

Le résultat de l'instauration du « socle commun », sous couleur de mettre les familles en confiance, a été de vider l'enseignement au collège de toute substance cohérente, et ce n’est pas fini.

1. Les enseignements disciplinaires sont donc voués à la disparition progressive (aujourd’hui le latin, le grec et l'allemand, demain l'histoire, le français...), et à leur remplacement par des activités pluridisciplinaires cafouilleuses au cours desquelles on évaluera des « compétences » définies de manière plus ou moins discutable.

2. Les notes seront remplacées par des évaluations de compétences.

3. Le BNC (brevet national des collèges) est appelé à disparaître, remplacé à terme par le livret de compétences.

En somme, NVB ne fait rien d'autre que de continuer à mettre progressivement en œuvre le socle commun, comme tous ses prédécesseurs, MM. Fillon, Chatel, Peillon, Hamon. Inutile donc de la diaboliser puisqu'elle ne fait que son travail. Rien ne sert non plus de crier à la trahison contre les socialistes, puisque la mise en œuvre du socle est la mission conjointe que se sont donnée, en parfaite complicité, l'UMP et le PS.

Une contre-attaque efficace consisterait peut-être à obtenir l'abrogation du « socle commun » et donc respectivement des lois Fillon (qui l'a mis en place), et Peillon (qui l'a conforté).

Mais ce travail exigerait de monter un dossier juridique et législatif titanesque puisque en dix ans tout le Code de l'Education a été modifié en fonction de la loi Fillon. Il faudrait mettre sur le coup une armée de juristes dirigés par quelqu'un qui aurait une parfaite connaissance et une longue habitude des textes officiels. Quel est (quels sont) le(s) syndicat(s) qui pourrai(en)t aujourd’hui engager ce combat juridique de longue haleine ?

Et pourquoi pas un référendum national d'initiative partagée (8) ? Serait-il envisageable de trouver 20 % de parlementaires (185 députés et/ou sénateurs) qui, sans se contenter de protestations vertueuses, plus ou moins crédibles, (souvent ridicules, et tout à fait intéressées, dans le cas de l’UMP), seraient prêts à s’engager dans cette démarche ? ALORS, CHICHE ??? Avec contre lui la menace de cinq ou six millions de OUI (9), le gouvernement pourrait-il ne pas reculer ?

Soyons imaginatifs, soyons offensifs, faisons flèche de tout bois. La stratégie d’extrême-droitisation de l’adversaire n’est pas crédible et ce chiffon rose ne convainc que les déjà convaincus. Les partisans de la réforme, qu’il s’agisse de groupuscules syndicaux béni-oui-oui ou de la direction de la FCPE, déjà contestée en interne (10), ne représentent qu’une minorité des enseignants et des parents. Une journée de grève, même fort bien suivie, ne suffira pas pour ouvrir les yeux des Olympiens qui nous gouvernent ni pour les sortir d’une obstination pathologique -- que je n’ose pas qualifier d’autisme de peur d’offenser les personnes qui souffrent de cette maladie.

Cette fois-ci ne lâchons rien : si cette réforme passe, c’en sera fini non seulement du collège, mais de ce qui reste encore d’aplomb dans notre système scolaire, du primaire au lycée (donc à l’Université).

Donner le meilleur à tous, en finir avec les inégalités scolaires, bien sûr, certainement, cent mille fois oui, mais pas comme ça, pas à la hussarde, pas contre les personnels, les familles et les jeunes. Si madame Vallaud-Belkacem est vraiment de bonne foi quand elle parle de l’intérêt des enfants et des adolescents, qu’elle cesse de se/nous raconter des histoires, redescende de son piédestal de martyre du fascisme, cesse de calomnier ses adversaires, revienne sur sa réforme, et ouvre au plus vite, sans exclusive, des négociations avec tous les syndicats. La cause des élèves est trop importante pour être noyée dans des éléments de langage aberrants et une phraséologie ridicule qui fait perdre de vue l'essentiel : comment le collège doit redevenir le lieu d'où tout élève puisse sortir instruit.

(1) Le compte Twitter du gouvernement est tout ravi de faire la promotion de sa réforme avec ce joli dessin de Louison, -- qui a travaillé sur commande, ne l’insultons pas….

(2) http://www.gouvernement.fr/lettre-aux-familles-nobles-des-7-royaumes

(3) Opération déjà tentée au moment de la loi sur le mariage pour tous ; mais ce n’est pas médire de Najat Vallaud-Belkacem que de remarquer que Christiane Taubira, c’est une autre pointure, une autre hauteur de vues et une autre culture…

(4) Cf. http://www.lutte-ouvriere-journal.org/2015/05/12/reforme-du-college-degradation-en-perspective_37107.html , http://www.humanite.fr/la-reforme-du-college-ne-reduira-pas-les-inegalites, www.lepartidegauche.fr/actualites/actualite/soutien-la-greve-pourquoi-une-greve-le-19-mai-contre-la-reforme-des-colleges-32299 et http://www.jean-luc-melenchon.fr/2015/05/15/la-fin-du-college-unique/

(5) http://www.lepoint.fr/societe/reforme-du-college-michel-zink-decouvre-le-ministere-de-l-education-nationale-13-05-2015-1928279_23.php#xtor=CS2-238

(6) http://www.sauv.net/socle.php

(7) http://www.lemonde.fr/education/article/2015/05/17/mathematiques-le-niveau-des-collegiens-francais-a-recule_4634823_1473685.html

(8) L’article 11 de la Constitution indique qu’« un référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa peut être organisé à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales ». L’initiative appartient aux parlementaires, le soutien de simples électeurs n’étant qu’une condition supplémentaire à cette initiative Ce mécanisme peut être mis en œuvre depuis le 1er janvier 2015, date de l’entrée en vigueur de la loi organique n° 2013-1114 du 6 décembre 2013. Voir la suite sur Wikipédia…

(9) Un sondage n’est qu’un sondage, mais tout de même, c’est une photo de l’opinion à l’instant T… http://www.lejdd.fr/Societe/Education/La-majorite-des-Francais-contre-la-reforme-du-college-732506

(10) http://fcpe55.legtux.org/la-reforme-des-colleges/

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 12:40
ABISTIS, DULCES CARICAE ? (la fin des haricots ?)

Quinze jours de mamy-sitting dans une « zone blanche » (comprendre : au wifi cafouillant), reliée à l’actualité par une information télévisée partiale, partielle et schématique, et une presse écrite ne brillant guère par ses facultés d’analyse, quinze jours dans les tièdes et fades effluves de la courgette vapeur et de la soupe de légumes, bref, quinze jours bien loin des fracas de la bataille.

« Suave mari magno…», écrivait, pour illustrer la sérénité du sage épicurien, le poète Lucrèce. Aucun plaisir à se tenir loin des combats, ah fichtre non, plutôt un malaise à imaginer les collègues lutter, sans pouvoir, modestement, apporter mon pavé à la barricade !

Toujours est-il que le retour à la « civilisation » et aux affaires de l’heure, réforme du collège et nouveaux programmes, fut pour le moins difficile. Session d’intense rattrapage sur le ouèbe, sites syndicaux (les meilleurs et les pires…), associations de spécialistes, blogs, défenseurs des humanités, germanistes, historiens, Collectif Sauver les Lettres, Arrête ton char, APLAES, CNARELA, NéoProfs, réseaux sociaux … Je ne sais si j’ai tout « avalé », mais suffisamment pour tenter, dans cette ambiance globalement détestable, de poser clairement les problèmes, de faire le tri dans ce déluge internautique, et de fournir (fourbir ? ) avec du recul les armes de la critique.

.Quelques préliminaires d’abord: parce qu’elle est femme, jeune, mignonne et d’origine marocaine, Najat Vallaud-Belkacem est parfois attaquée d’une manière indigne. Je ne donnerai en aucun cas les liens vers des sites haineux qui déversent sur elle des tombereaux de calomnies (du genre : manœuvrer pour instaurer l’enseignement de la Charia à l’école !!!), vous êtes assez grands pour les trouver tout seuls au cas où vous auriez besoin d’un émétique puissant. Bref, la ministre tient suffisamment de discours contestables pour que l’on n’aille pas, en propageant des calomnies, alourdir la barque. Et si je suis clairement opposée aux réformes qu’elle porte, je la défendrai bec et ongles contre le torrent de boue dans lequel elle est parfois traînée.

Parce qu’elle a des yeux de gazelle et un joli sourire, on lui reproche d’être sotte. « Belcassine », évidemment. Tout comme naguère « Gogolène ». Tentante paronymie, certes, mais complètement à côté de la plaque. Cette jeune femme est tout ce qu’on veut, sauf stupide. Ce genre de calembour lui permet, en effet, d’adopter une posture de martyre, victime de la goujaterie et du sexisme de ses détracteurs. N’oublions pas qu’elle a été formée par Ségolène Royal : le sempiternel « C’est parce que je suis une femme que vous vous exprimez ainsi », est un gimmick efficace et qui marche toujours. Incompétente sans doute, bloquée dans ses certitudes certainement, idéologue œuf corse, mais nunuche, certainement pas. Rusée, et fine mouche. Quel est l’intérêt de se montrer insultant envers madame Vallaud-Belkacem, qui, formée à Sces-Po et drivée par tout un staff d’experts en comm’, saura retourner le joke à son avantage ? Nous avons des arguments à apporter, des points de contestation précis à opposer : faisons-le en gardant notre sang-froid, même si ce n’est pas toujours facile. Nous avons tout à y gagner.

Deuxième remarque (oui, ça fait beaucoup de préliminaires, je l’avoue, mais chacun sait que la suite n’en est que meilleure... ): je suis absolument sidérée du culot avec lequel tous les anciens ministres UMP de l’Education se drapent, pour attaquer la réforme, dans la toge des défenseurs de la culture et des humanités. Quel est le bilan de MM. Chatel, Darcos, de Robien, Fillon, Ferry ? Qui a eu cette idée folle du socle commun de compétences ? Qui a mis en place une réforme des lycées si aberrante qu’elle en a fait des usines à gaz ? Qui a supprimé des centaines de postes de professeurs ? Qui a intégré les IUFM à l’Université (ou désintégré l’Université dans les IUFM) ? Cerise sur le gâteau, Nicolas Sarkozy, qui fit subir tant d’outrages à La Princesse de Clèves, se pose désormais en fin lettré après avoir été frappé par la grâce en relisant (hi hi hi pffff) Mille sept cent quatre-vingt-treize (sic), l’immortel chef-d’œuvre de Victor Hugo.

De ces soutiens nous nous passerons sans difficulté. Si ces personnes veulent vraiment faire quelque chose contre la réforme et s’il leur reste encore un peu de vergogne, qu’elles se taisent, par pitié. Leur responsabilité dans la situation actuelle est aussi écrasante que celle du Parti Socialiste, et les professeurs ont autant de comptes à leur demander qu’à MM. Peillon, Hamon et Mme Vallaud-Belkacem réunis.

Un dernier point concernant ceux qui nous accusent de nous contenter de l’existant, et, en nous opposant aux réformes, de maintenir dans leur échec et leur décrochage les élèves les plus gravement en difficulté. Le reproche est tout de même un peu gros, de la part d'individus qui, pendant des années, ont chanté sur tous les tons que « le niveau monte » et que tous ceux qui déploraient sa baisse, de Maschino à Brighelli en passant par Terrail ou Nico Hirtt, étaient d’affreux immobilistes réac de gauche et même réac tout court. Il a fallu que notre classement PISA baisse dans des proportions inquiétantes pour que la prise de conscience se fasse enfin. Et comme nous sommes au bord du gouffre, la ministre et le CSE nous proposent de faire un grand pas en avant…

Même si tout a été dit à propos de la réforme du collège et des nouveaux programmes qui vont avec, je voudrais insister sur quelques points qui n’ont peut-être pas toujours été soulignés avec suffisamment d’acuité.

En ce qui concerne l’enseignement des langues anciennes (pas assez « sexy », j’y reviendrai un autre jour…), la ministre a été piégée par la patrouille de désintox d’ARTE (1) qui souligne bien sa « vision franchement optimiste » et le volume réduit de l’option LA proprement dite. Mais faisons-lui la grâce (décidément, c’est ma journée de bonté !) de la supposer de bonne foi, si si si si. Demeurent tout de même, au minimum, deux problèmes non réglés : d’une part (mèn) si j’ai bien suivi le film, 2 EPI différents par an, cela signifie que MÊME SI TOUS LES ELEVES choisissent l'EPI « Langues et cultures de l'Antiquité », ils auront en tout et pour tout une vingtaine d'heures dans toute leur scolarité à consacrer aux dites « langues et cultures ». Comment peut-on prétendre que tous les élèves auront, dans ces conditions, accès au latin? D’autre part (), la mise en place de l’option Langue Ancienne dans tel ou tel collège dépendra du chef d’établissement, lui-même soumis, depuis des années, à des DHG (dotations horaires globales) de plus en plus riquiqui. Même en supposant que le Principal soit favorable au latin-grec (ce qui n’est pas tout cuit, sans vouloir médire …) de quel volant horaire va-t-il disposer pour faire vivre cette option, quand on voit que naguère, dans un grand lycée de centre ville qui s’enorgueillit à juste titre de ses prépas (2) l’enseignement des humanités, dans un contexte budgétaire contraint, s’est trouvé fort malmené ?

Autre point inquiétant, -- parmi une foule d’autres je vous l’accorde, mais j’ai déjà été bien longue je le crains : la question des programmes. A partir du moment où l’on décide que tel ou tel point, par exemple en histoire, passe « au choix » de l’enseignant, il n’y a plus de cadre national, mais un enseignement à deux vitesses, non seulement (non solum) en fonction des établissements, ce qui existe déjà, hélas, mais encore (sed etiam) entre collègues. Et qu’on ne vienne pas justifier cette aberration au nom d’une hypothétique « liberté pédagogique »-- curieusement brandie par des gens qui jusqu’ici s’y sont opposés au nom de la sacro-sainte pensée unique iufémienne et officielle. Si « liberté pédagogique » il y a, comme le rappelle très justement dans son blog « Mezetulle » Catherine Kintzler (3), elle est dans les méthodes, et non dans les programmes, qui ne doivent pas devenir une carte de restaurant dans laquelle on pioche à son gré ou à celui des élèves, mais demeurer un cadre strict et surtout national. Faire confiance aux professeurs, qui sont, jusqu’à plus ample informé, des praticiens de terrain et les premiers professionnels de l’éducation, ce n’est pas leur permettre de sabrer tel ou tel point selon des critères plus ou moins flous, mais les laisser transmettre leur savoir de la manière qui leur semble la plus adéquate. Ce qui enchante les tenants des réformes (celle du Collège comme celle des programmes), c’est ce qu’ils baptisent du joli nom d’ « autonomie » (« on offre un surcroît d’autonomie aux établissements », explique la ministre au JDD (4) ) mais qui est de fait (de facto…) un pas de plus dans la déréglementation pour ne pas dire l’atomisation du cadre national et républicain, renforcée par la mise à disposition de 20% du volume horaire (5) -- tout de même beaucoup, surtout pour écrire en espagnol des « tracts » (sic) à destination des horticulteurs du Kenya (6).

S’obstiner, sous prétexte qu’elle a été votée par un CSE pour le moins complaisant, à maintenir une réforme dont l’écrasante majorité des collègues ne veulent pas, ce n’est plus de l’obstination, mais une persévérance coupable. Pour « marcher », une réforme doit d’abord convaincre ceux qui vont la mettre en œuvre, c'est-à-dire les enseignants eux-mêmes, qui sont au premier rang sur le front scolaire et du malheur social (zeugma). Dans l’intérêt des élèves, la ministre s’honorerait, plutôt que d’user d’éléments de langage préfabriqués et de tabler sur une comm’ hors de propos (7), d’entrer en négociation avec les syndicats représentatifs, et de tout mettre à plat quand il en est encore temps. Remember Allègre…

  1. www.youtube.com/watch?v=phuv1FFCg_4&feature=youtu.be
  2. http://leblogdelapresidente.over-blog.com/article-a-en-perdre-son-latin-83555846.html et http://leblogdelapresidente.over-blog.com/article-a-en-perdre-son-latin-episode-2-85186578.html
  3. http://www.mezetulle.fr/reforme-des-colleges-et-liberte-pedagogique/
  4. http://www.lejdd.fr/Politique/Najat-Vallaud-Belkacem-Le-probleme-c-est-la-passivite-des-eleves-au-college-731592
  5. La réforme prévoit de consacrer 20% du temps d’enseignement à l’autonomie : d’une part des heures pour mener des projets interdisciplinaires dans des thématiques définies par le ministère et pour accompagner les élèves dans leur travail et leur parcours, d’autre part des marges d’heures-profs pour pouvoir travailler en groupe réduit. Le conseil pédagogique, instance d’allélo-flicage du plus grand intérêt, aura un rôle essentiel à jouer pour utiliser ces marges d’autonomie.
  6. http://leblogdelapresidente.over-blog.com/2015/04/clisthenum-donare-ensuita-purgare-postea-saignare.html
  7. Ce sera l’objet de ma prochaine notule…
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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 11:50
CLISTHENUM  DONARE, ENSUITA PURGARE, POSTEA SAIGNARE

« Réforme du collège : vers la fin du latin et du grec » (les journaux)

« Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) vient d’adopter à une large majorité (51 pour, 25 contre, 1 abstention) la réforme du collège » (les journaux derechef)

Ayant (entre diverses pérégrinations médico-familiales) très momentanément retrouvé un accès internet autre que son minuscule androïd, la Présidente, animée d’une colère vigoureuse que donne la bêtise aux âmes vertueuses, met à profit cette opportunité pour proposer un petit point d’étape sur la réforme du collège, ses applications pratiques dans la vie de nos élèves et de vos enfants, et ses implications tout aussi concrètes sur le travail de nos infortunés collègues.

Hier soir (vendredi 10 avril, donc) le journal de France 2, décidément de plus en plus la voix de son maître, nous proposait, pour mieux nous "vendre" cette calamiteuse réforme, un reportage complaisant et pour tout dire nord-coréen tourné à Bordeaux (Clisthène, bien sûr, j'ai failli taper "Clystère" je me demande bien pourquoi).

Il s’agissait, dans le cadre d’une visite dans cet établissement-pilote qui a inspiré ladite réforme, de nous faire toucher du doigt les beautés et avantages de l’interdisciplinarité. Exemple proposé, entre géographie et langue vivante : dans le cadre d'un travail sur le développement durable, il est demandé aux élèves d'écrire un tract destiné aux floriculteurs kényans ... tract rédigé en espagnol (dont chacun sait, œuf corse, qu'il est la langue majoritairement parlée dans ce beau pays) !!!

Nooon, je n’exagère pas, ô nains de l’adhésion, lecteurs de peu de foi (et à 1mn 43’’ très précisément). Il faut le voir pour le croire :

http://www.francetvinfo.fr/societe/education/bordeaux-le-college-qui-a-inspire-la-reforme_873701.html?hc_location=ufi

Voilà ce qui s'appelle un enseignement tellement plus concret, tellement mieux tourné vers les réalités de notre temps ! De mauvais coucheurs pourraient faire remarquer que les enfants n’y sont pas plus connectés avec le réel qu’en version latine ou résolution d’équations du premier degré, mais il s’agirait naturellement d’esprits tordus sans réelle implication pédagogique digne de ce nom.

On ne sait ce qui laisse le plus pantois, de l’absence de sens critique des journalistes (dont aucun ne semble savoir que le Kénya est un pays anglophone), du ridicule dont se couvrent, devant la France entière ou du moins ce qui reste de sensé parmi les téléspectateurs, les deux malheureux collègues de Clisthène, -- ou de l’incommensurable BETISE qui sous-tend l’ « esprit » (les guillemets s’imposent) des promoteurs de cette expérimentation qui est donc amenée, puisque validée par le Conseil Supérieur de l’Education, à se généraliser. Ce grand n’importe quoi va se pérenniser, dans l’intérêt des élèves bien sûr, et avec la bénédiction des instances ad hoc.

Dans ce sens, ce reportage présente du moins le très vif intérêt de mettre en valeur le vide intersidéral de ce genre d’activité-sic, qui, ne l’oublions pas, se fera aux dépens des disciplines (ces pelées, ces galeuses dont vient tout le mal) : car on va réduire les horaires des matières fondamentales, sabrer dans les langues anciennes, l’allemand, l’italien, le français, les mathématiques, supprimer les classes bilangues… et tout ça pour ça !

Là encore, je n’exagère pas, comme le montre cet exemple d'emploi du temps post-réforme présenté au CSE ces derniers jours : pbs.twimg.com/media/CCNljfEUIAA24kG.jpg

Nous n’avons donc pas encore touché le fond : faisons allègrement (in memoriam) un grand pas en avant, qui nous permettra à court terme de postuler au titre des plus beaux fabricants d’abrutis de la planète bleue.

Mais foin de vaines polémiques : allons allons, tentons d’être constructifs. Ne concluons pas trop hâtivement que la seule chose que les collégiens de Clisthène auront retenue à moyen terme de ce beau travail d’interdisciplinarité, c’est que l’on parle espagnol au Keña, pardon au Kenya. Positivons : comme tout bon pédagogue, nous savons que l’erreur, même celle de l’enseignant, fait sens, et que, comme tout est en tout et réciproquement (« Clisthenum donare », vous dis-je…) elle peut être porteuse de vérité. La Présidente a donc réuni en hâte une équipe pédagogique de choc (1) afin de réfléchir collectivement et de manière interactive sur les moyens de prolonger efficacement ces premiers pas un peu hésitants de la réforme interdisciplinaire.

Il nous est donc paru essentiel (pour combler d'aise le SGEN-CFDT, l'UNSA et Madame Vallaud-Belkacem, que nous saluons bien bas ainsi que nos collègues d’ « Education et devenir », on ne sait jamais) d’impulser, dans le cadre de la citoyenneté, du vivre-ensemble et de la solidarité avec les PVD, un club UNESCO dont l’objectif sera de vendre des gâteaux lors des récréations -- afin de collecter de quoi acheter une palette de dictionnaires espagnol-anglais à destination des floriculteurs kényans.

Lesdites pâtisseries, dont le choix des recettes sera l’occasion d’un vote démocratique pendant l’heure de vie de classe, avec rappel des principes de la démocratie à travers les âges (recherche internet sous la direction de l’enseignant d’ECJS) feront naturellement l’objet d’un travail transversal avec les professeurs de technologie (pour la cuisine), de biologie et de mathématiques, sans oublier l’infirmière scolaire (calculer le pourcentage de cholestérol dans la charlotte au chocolat). Les résultats seront finalisés dans un tract sur le chocolat que l’on fera écrire en russe (car Moscou a de grandes usines de chocolat) par les élèves de 5eme pour leurs correspondants espagnols ; quant au corps de ceux qui auront boulotté les gâteaux au lieu de les vendre, il pourra servir de matériel d'expériences pour les élèves d'Italien et de mathématiques sur les méfaits d'une alimentation déséquilibrée et les dangers des régimes dissociés. Pourquoi italien et maths, mystère, mais à partir du moment où l’on peut écrire en espagnol à destination des Kényans, au nom de quoi se l’interdirait-on ?

Signalons enfin aux âmes sensibles que les dictionnaires espagnol-anglais seront imprimés sur un papier issu de forêts amazoniennes écoresponsables grâce au tract en tchèque réalisé par les élèves de 6eme du collège Chantal Goya de Sainte-Scholastique-la-Chapelle, avec le concours du professeur de grec - bah ouais, faudra bien qu'il serve à quelque chose, cestuy-là – et de la professeur de musique… élèves de 6eme avec qui nos louveteaux entretiendront, grâce à Tweeter, une correspondance scolaire d’un très haut niveau philosophique. On calculera enfin (maths + SVT, avec emploi des calculettes programmables) le bilan-carbone du transport des dictionnaires, afin de déterminer si le dico-bateau est plus ou moins gourmand en CO2 que le dico-avion.

Bref, voici venir le temps du grotesque et de l’inconsistant : il est ahurissant que le CSE, qui semblait a priori composé de gens un peu sérieux, ait pu avaliser un tel dékhonnage dont, je le répète, le reportage de F2 donne, dans ce sens, le parfait échantillon de ce qui nous (élèves et professeurs) attend.

Nous serons tous clisthénisés, et nous l’aurons… j’arrête avant de devenir grossière, sur ce coup-là.

Non seulement Mme Vallaud-Belkacem restera dans l’histoire comme la personne qui a donné le coup de grâce aux langues anciennes, mais encore elle portera la responsabilité (pour avoir institutionnalisé ce bricolage approximatif en lieu et place d’apprentissages construits, progressifs et méthodiques), des générations de nigauds, d’ignorants et de ras-du-bulbe qui ne manqueront pas d’éclore après quelques années de ce régime à 0% de matière grise.

Ce que la Ministre ne comprend manifestement pas, c’est que le jour où ces enfants gâchés se révolteront, ce sera entre autres contre elle, son parti, et les valeurs de gauche dévoyées dont ils osent sans vergogne se réclamer. Est-ce un hasard si les électeurs du FN se retrouvent parmi les catégories les moins instruites de la population en général et des jeunes en particulier ? Vous en agitez la menace, monsieur le Premier Ministre, madame Vallaud-Belkacem, vous prétendez lutter contre, mais c’est vous qui les fabriquez, et en batterie.

  1. Merci à Catherine et aux deux Elisabeth

Me trouvant à nouveau sans ordi ni autre accès internet que mon petit androïd, je suis temporairement dans l'impossibilité de répondre aux commentaires et vous prie de bien vouloir m'en excuser. A bientôt je l'espère !

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 12:29
SURSUM CORDA ET MOROKHONS

Mme Vallaud-Belkacem restera-t-elle dans l'histoire comme la personne qui aura porté le coup fatal à l'enseignement des langues anciennes ?

La présidente aurait aimé avoir le temps d'avoir le temps. Mais quand les soucis familiaux prennent toute la place, et qu'on n'est plus chez soi, sans accès internet, le blog se met en veille.

Alors, signez et partagez la pétition AVENIR LATIN GREC !

www.change.org/p/madame-la-ministre-de-l-éducation-nationale-de-l-enseignement-supérieur-et-de-la-recherche-réforme-du-collège-non-à-la-fin-des-langues-anciennes

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