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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 19:28

NOTE À BENÊTS PRÉLIMINAIRE : LA RECENSION QUI SUIT N’ENGAGE QUE SON AUTEUR ET EN AUCUN CAS LE POINT DE VUE DE "RECONSTRUIRE L'ECOLE"..

          CINQUANTE NUANCES DE HOUELLEBECQ

Ainsi donc j’ai lu Soumission – avec beaucoup d’appréhension, des a priori peu favorables, de vives inquiétudes en somme, le tout alimenté par le wagon de critiques, globalement négatives ou pour le moins réticentes, qui ont accompagné la sortie du roman.

Naturellement, je n’avais pas attendu Soumission pour être lectrice de Michel Houellebecq ; j’avais apprécié certaines de ses œuvres (Extension…, La Possibilité d’une île, La Carte et le territoire), d’autres moins (Les Particules élémentaires, Plateforme). Notez que j’ai écrit « apprécié » et pas « aimé », Houellebecq ne cherchant guère à être « aimable » -- et, de ce point de vue, y réussissant parfaitement, peut-être même au-delà de ses espérances.

Adoncques disais-je, j’ai lu Soumission. Et, autant vous le confier tout de suite, c’est un bon roman, si si si si : pas exactement progressiste, on l’imagine bien (mais notre écrivain, que je sache, n’a jamais caressé ce type d’ambition), sans « véritable jovialité » pour reprendre l’expression d’Alexandre Vialatte commentant la peinture de Bernard Buffet, sans héros positif comme toujours chez Houellebecq. Mais cette politique-fiction, ou plutôt cet apologue, n’a rien d’un essai islamophobe à la Éric Zemmour. Ce n’en est pas pour autant une déclaration islamophile, certes, mais l’islam est ici prétexte plutôt que sujet, me semble-t-il.

Il serait donc intéressant, plutôt que de polémiquer dans le vide, de lire vraiment le roman et de voir « ce que dit le texte » (mes anciens étudiants, que j’ai malmenés avec ça des années durant, apprécieront).

Tentative, donc.

Tout le monde connaît l’histoire, abondamment commentée avant même la parution en librairie : dans un futur assez proche, notre cher et vieux pays porte à la magistrature suprême M. Ben Abbes, leader du Parti de la Fraternité Musulmane, qui, en instaurant la charia et renvoyant les femmes à la maison, redresse l’économie, rend à la France son statut de grande puissance, rétablit la paix civile, la prospérité, la culture, supprime comme par enchantement la délinquance (au prix sans doute de quelques morts…), et fait le bonheur des Français, fermez le ban.

Sujet sensible s’il en est, l’islam, avant même les attentats de ces dernières semaines…

Alors, soyons méthodiques (prof de prépa, on ne se refait pas !) et commençons par poser clairement la question de l’islamophobie dans l’œuvre, puisque c’est principalement ce qui fâche. Fils d’un épicier (comme Margaret Thatcher), le Président Ben Abbes est un homme intelligent, affable, sympathique, avec de fort nobles ambitions pour la France et l’Europe : il s’agit ni plus ni moins que de rétablir l’Empire romain (tout enseignant de lettres classiques se sentira « interpellé quelque part au niveau du vécu »), ce qui, vous l’avouerez, a tout de même une autre gueule que de limiter le déficit sous la barre des 3% ou de faire guili-guili avec Angela Merkel. Bien décidé à déplacer le centre de gravité européen de Bruxelles et Strasbourg vers Rome et Athènes, il entend (c’est son côté gaullien) redonner à la France sa grandeur passée. Réactionnaire en matière de mœurs, on s’en doute (néanmoins, tout bien pesé, guère plus que Christine Boutin), il n’a évidemment pas le profil du sage soufi éperdu dans la contemplation esthético-métaphysique des infinies Beautés de la Création, mais il n’a rien non plus des égorgeurs de Daesh : c’est en quelque sorte un islamiste-tajine, comme on parlait autrefois des radicaux-cassoulet. Et il a de la classe, un grand projet, de l’allure, une toute autre allure que les Franco-français qui, le premier moment de stupeur passé, se bousculent en rangs serrés pour lui prêter allégeance.

Car bien plus qu’islamophobe, ce roman est misanthrope – misogyne et misandre très exactement. De cette fiction féroce, personne (sauf Myriam, l’éphémère amante juive du narrateur) ne sort épargné. Ce à quoi l’on assiste, le premier choc digéré, c’est au grand bal des Collabos, où tous, et principalement les ratés, se précipitent pour décrocher le job, la place, le poste, à commencer – et je suis très étonnée que ce point n’ait pas été mieux souligné dans les critiques que j’ai pu lire -- par les intellectuels identitaires, qui adoptent sans angoisse, parce que quelque part ils les partagent, les valeurs d’ « ordre moral » prônées par le Président Ben Abbes et son Parti. Quant à l’Université française, censément bastion de l’esprit critique et de la liberté de penser, il suffit que les riches fonds des émirs viennent, en la privatisant, la sortir de sa misère fioraso-pécressienne en la dotant très largement et même davantage, et en triplant le salaire de ses professeurs (hommes, ça va de soi, les enseignantes étant fermement priées de retourner, stricto sensu, à leurs fourneaux) pour qu’elle capitule, intellectuellement parlant, avant même d’avoir combattu.

Et c’est bien ce qui arrange tous ces messieurs, dont la lecture du Coran ne va guère plus loin que leur bas-ventre et leur portefeuille : en renvoyant les femmes à la maison, le nouveau régime permet à la fois aux mâles en mal de reconnaissance d’éliminer des concurrentes parfois brillantes donc gênantes, et, cerise sur la baklava, de profiter en toute légalité des joies de la polygamie. Le passage où Robert Rediger, l’ex-identitaire converti musulman et devenu grand ponte en Sorbonne, fait découvrir ses deux épouses à François, le narrateur extasié, est dans ce sens un chef-d’œuvre de misogynie : Malika, la quadragénaire, excelle dans la confection des petits pâtés chauds, quand la deuxième, Aïcha, une nymphette de quinze ans avec pas grand-chose dans le citron, est cantonnée à l’érotisme. Ni l’une ni l’autre, du reste, n’a l’air de s’en plaindre, puisqu’il est supposé, on y reviendra, qu’elles « aiment ça » -- je veux dire la soumission.

Quant au narrateur, parlons-en. Ni jeune ni beau ni brillant, comme toujours chez Houellebecq, François c’est quelque part MH lui-même, avec ses obsessions sexuelles finalement assez simplettes : angoissé par le ramollissement des chairs féminines et la perte d’élasticité des tissus, il considère qu’après vingt-cinq ans une femme n’est plus baisable (il ne sait pas ce qu’il perd, le nigaud !!!), couchotte vaguement avec ses étudiantes (on se demande ce qu'elles lui trouvent...) et pratique les amours plus ou moins tarifées avec des créatures qui ne le satisfont jamais, à l’exception de la radieuse Myriam, l’amante juive, la lumineuse bien-aimée, mais qui choisit de suivre sa famille en Israël sitôt Ben Abbes élu. Authentique spécialiste de Joris Karl Huysmans, le narrateur végète à l’Université (« un tout petit monde » comme dit ailleurs David Lodge), sans y obtenir de véritable reconnaissance ; la perspective de voir tripler sa paie, plus la responsabilité du Huysmans dans la prestigieuse Pléiade, aura raison des quelques scrupules qui l’avaient amené, dans un premier temps, à faire valoir ses droits à la retraite. Il lui faudra se convertir à l’islam, bien sûr, mais Paris vaut bien une messe, n’est-ce pas … En outre, ce ne sera qu’une formalité, lui explique (devant un Meursault millésimé d’une grande année) Robert Rediger, le Président polygame de son Université. Car, et c’est ce qui épate et irrite dans cette impitoyable chronique d’une Collaboration annoncée (ou : Les Chinois à Paris, de feu Jean Yanne, en version harissa), c’est qu’à aucun moment il n’est question non seulement d’élan religieux ni même d’un minimum de conviction : il suffit de faire semblant, de jouer le conformisme, sans renoncer aux plaisirs de la vie (les grands crus de Bourgogne, par exemple) et en profitant, sans transgresser la loi, d’un cheptel féminin devenu d’autant plus disponible qu’il est désormais exclu de l’emploi.

Invraisemblable, me direz-vous. Heureusement, certes, mais je ne sache pas que Houellebecq ait eu l’intention d’écrire un roman réaliste… Pour ce que j’ai compris de son dispositif, je crois qu’il faut rappeler les deux hypotextes de l’œuvre, qui sont d’abord la trilogie de la conversion de Huysmans (En route, La Cathédrale et L’Oblat), ensuite l’Histoire d’O de Dominique Aury, cultissime roman du masochisme féminin. Et c’est sans doute là que nous trouvons les clefs de Soumission.

Houellebecq nous met pourtant sur la voie, et même un peu lourdement : son narrateur, en bon spécialiste de Huysmans, nous rappelle dans un des derniers chapitres, que son cher Charles-Marie-Georges, une fois converti au catholicisme, s’était bien gardé de se retirer complètement au monastère de Ligugé, comme on le pense généralement. Tout en partageant les rituels des Bénédictins, il avait pris soin, comme l’y autorisait son statut d’oblat, de ne pas loger dans l’abbaye – ce qui lui permettait de conserver son feu de bois, son tabac hollandais, sa bibliothèque et surtout la succulente cuisine bourgeoise de sa gouvernante. Huysmans n’est pas Claudel, dont la conversion emporte l’âme, le corps, le verbe et le souffle, il n’a rien non plus du tonitruant Léon Bloy ; c’est un converti modéré, en somme, pour qui « il est avec le ciel des accommodements », bien inoffensive tartufferie que son disciple, pragmatique, n’oubliera pas, pour ce qui le concerne, de reproduire en grand, au moment d’opter pour l’islam à l’instigation de son ami Rediger, intellectuel ci-devant identitaire désormais musulman, et qui a lui aussi conservé sa cave de vins fins, ses livres et son mode de vie.

Autre détail qui fait sens, la magnifique maison dudit Rediger est celle de Jean Paulhan, pour qui Dominique Aury avait écrit Histoire d'O. « C’est un livre fascinant, vous ne trouvez pas ? », demande Rediger à François, entre vieux Meursault et petits pâtés chauds de Malika. « J'étais du même avis, avoue le narrateur. Histoire d'O en principe avait tout pour me déplaire : les fantasmes exposés me dégoûtaient, et l'ensemble était d'un kitsch ostentatoire (…) complètement à chier. Il n'empêche que le livre était traversé d'une passion, d'un souffle qui emportaient tout. »

Cette passion, « c'est la soumission », dit doucement Rediger. « L’idée renversante et simple, jamais exprimée auparavant avec cette force, que le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue. C'est une idée que j'hésiterais à exposer devant mes coreligionnaires, qu'ils jugeraient peut-être blasphématoire, mais il y a pour moi un rapport entre l'absolue soumission de la femme à l'homme, telle que la décrit Histoire d'O, et la soumission de l'homme à Dieu, telle que l'envisage l'islam. »

Le bonheur, c’est donc aussi simple que cela : se soumettre, -- pour l’homme à Dieu et pour la femme à l’homme. Que demander davantage, surtout quand, comme le narrateur, on n’est ni jeune ni riche ni beau ? D’autant que cette soumission, pour le mâle, n’exige aucun sacrifice que ce soit, bien au contraire. C’est tout bénéf, à tous points de vue ! Du reste et au cas où l’on n’aurait pas saisi le fond de ses motivations, François, en prenant congé de Rediger, ne peut s’empêcher de songer au mode de vie plus qu’enviable de son collègue : « une épouse de quarante ans pour la cuisine, une de quinze ans pour d'autres choses ... sans doute avait-il une ou deux épouses d'âge intermédiaire, mais je me voyais mal lui poser la question. »

Et François se convertira, ou plutôt se convertirait, dans un dernier chapitre absolument épatant, entièrement écrit dans un conditionnel qu’on peut interpréter, suivant son humeur, comme un futur dans le passé, un potentiel ou un irréel du présent, et qui se clôt en quelques phrases d’explicit résonnant comme la morale de cette fable qui n’en a guère :

« Une nouvelle chance s'offrirait à moi ; et ce serait la chance d'une deuxième vie, sans grand rapport avec la précédente. Je n’aurais rien à regretter. »

Voilà le fin mot de l’histoire : la vita nuova, ce n’est ni celle de Dante ni celle à quoi aspirait Barthes, mais une conversion opportuniste à l’islam, qui donne à un « miteux » aurait dit Céline, l’occasion unique d’une vie à laquelle il n’aurait jamais, même dans ses rêves les plus fous, espéré accéder. Se soumettre pour avoir les femmes qu’on veut, un bon salaire, un peu de pouvoir, telle est la solution. Mieux vaut vivre à genoux que de mourir debout, d’autant que ces genoux, finalement, reposent sur des coussins moelleux. Résister, n’est pas envisageable – du reste à peine entrevoit-on protester Onfray et Mélenchon, sans aucun écho d’ailleurs. Même Marine Le Pen, présentée au début du roman comme seule alternative crédible à Ben Abbes, disparaît rapidement du récit, sans doute aspirée elle aussi par le grand élan de soumission qui saisit nos compatriotes tout à la recherche d’un bonheur pour soi, peu important le pour tous.

Une noire misanthropie donc, dont nul ou presque ne sort indemne. Les intellectuels rebelles, l’insurrection de l’esprit, les valeurs de la République, la France debout, qui se lève, qui résiste, qui combat ? Quelle blague, ricane amèrement Michel Houellebecq, à qui on peut sans doute reprocher de faire de sa laideur et de son désenchantement atrabilaire une généralité étendue à l’échelle de la nation tout entière. Ni appel du 18 juin, ni Général de Gaulle, ni Jean Moulin dans ce roman. Ni René Char ni Malraux. Tous obsédés, opportunistes et collabos en puissance, voilà pour ces messieurs. Toutes soumises et finalement pas si mécontentes de l’être, voilà pour ces dames et demoiselles. L’islam, dans ce déprimant apologue, fonctionne d’abord comme le révélateur des faiblesses, des lâchetés et des compromissions de l’âme humaine et plus encore de l’âme masculine. À l’exception de la belle et douce Myriam, mais que l’on perd de vue très vite dès son départ pour Tel-Aviv, le seul personnage qui se tienne un peu, dans cette désolante galerie de portraits, c’est finalement le président Ben Abbes (ce qui, pour un romancier « islamophobe », est tout de même un comble !).

Cette fable grinçante, qui nous tend le miroir de nos petitesses, met donc infiniment mal à l’aise, et on peut ne pas apprécier la Weltanschauung qui s’y exprime. Mais ne nous trompons pas de procès : ce que ressasse avec rage ce roman, plus que la haine de l’islam, plus encore que celle du genre humain, c’est une haine de soi que Michel Houellebecq, au fur et à mesure qu’il construit son œuvre, érige en système de pensée et en dispositif littéraire. À côté de lui, Céline, qui aime au moins les gosses, les bêtes et les danseuses, en paraîtrait presque bienveillant. Il est permis de déplorer, certes, cette détestation tous azimuts, cette extension à l'infini du domaine de la bile, mais cela ne fait pas de Houellebecq, loin du compte, un mauvais romancier.

Soumission, Michel Houellebecq, chez Flammarion, 21 €

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 14:49
Harcèlement scolaire : deeds, not words !

Du harcèlement scolaire, « on pou(rr)ait dire, oh Dieu, bien des choses en somme », qu’il s’agisse de celui dont sont victimes les enseignants, parfois devenu une véritable méthode de gestion des ressources humaines (je renvoie à ma note sur l’incontournable ouvrage de Daniel Arnaud publié en 2013, préfacé par votre servante et recensé naguère (1) ici même) ou encore, et qui fait la une ces derniers temps, celui dont sont victimes, de la part de leurs condisciples (difficile ici de parler de « camarades »), des élèves de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes. Actuellement ce terrible drame fait, qu'on me pardonne l'anglicisme, le buzz des médias, de la radio (2), de l'internet et de la télévision (3). Et ce n’est pas trop tôt.

De l’aveu même de Mme Vallaud-Belkacem, l’Éducation Nationale est «en retard» dans la lutte contre le harcèlement scolaire. L’institution a trop tardé à identifier le phénomène, puisqu’il a fallu attendre 2011 pour que paraisse sur ce sujet un premier rapport dû au sociologue Eric Debarbieux (4), alors président de l'Observatoire de la Violence Scolaire. Les statistiques y sont accablantes : elles révèlent un taux de harcèlement (violences répétées, physiques et verbales) de l’ordre de 6 %. Ce chiffre monte à 14% pour le harcèlement verbal répété. Dans le détail, un peu plus de 39% des enfants déclarent être affublés d'un surnom méchant, 52% ont été insultés, 36% bousculés et 32% ont fait l'objet de mise à l’écart. Pour les violences physiques, 19,5% ont déjà été frappés souvent ou très souvent. Les violences à connotation sexuelle, toujours entre enfants, ne sont pas rares non plus: 6% des élèves disent avoir été regardés aux toilettes, 14% forcés de se déshabiller et 10% forcés d'embrasser ou de caresser un autre enfant. Le racket concerne environ 5% des élèves, mais le cumul n’est pas interdit : 87% des victimes de harcèlement très sévère le sont également de racket en groupe, contre 1,5% en moyenne. Bref, ces chiffres sont désespérants. En 2014, plus de 700.000 enfants et adolescents seraient concernés (5).

On ne sera pas surpris d’apprendre que « la multivictimation est plus fréquente pour les élèves de sixième », trop petits pour se défendre, « que pour ceux de troisième », et qu’elle « concerne plus souvent les garçons que les filles » : quand des ados acnéiques et beuglants, aux neurones encrassés de testostérone, s’acharnent sur un trop grand, trop maigre, trop juif, trop petit, trop roux, trop zozotant (6), trop pédé, trop musulman ou trop gros (7), laissons toute espérance : les plus bêtes seront, encore et toujours, les vainqueurs. Néanmoins, les trop belles, trop intelligentes, trop bonnes élèves (ou inversement, les boutonneuses et les obèses), bref, toutes celles qui ne ressemblent pas à la pétasse-lambda, ne sont pas épargnées par leurs copines-sic, surtout si elles sont assez gentilles pour ne pas savoir, comme on dit, se défendre.

Tout le monde n’a pas la chance, comme Abdel Benazzi ou Christophe Lemaître, de trouver sa résilience dans le sport de haut niveau. Certains de ces enfants harcelés ont décidé, à bout de peur, de désespoir et de solitude, de se supprimer – et sans doute a-t-il fallu, après la mort de Marion Fraisse, cette adolescente de treize ans poussée au suicide par une bande, je pèse mes mots, de petites crapules aussi féroces qu’irresponsables, que Nora, son admirable maman, remue ciel et terre pour que le harcèlement soit vraiment pris en compte comme il convient par l’Éducation Nationale, et que les choses semblent, enfin, un tant soit peu bouger.

Avant de parler des enfants ou des adolescents, posons-nous la question des adultes : il est tentant, peut-être même parfois trop, d’incriminer l’aveuglement des enseignants, comme le fait par exemple sur France-Inter Patrick Cohen affirmant qu’ils ne prennent pas bien la mesure du problème, traitent le harcèlement de « gamineries » et considèrent qu' « il faut bien un souffre-douleur ». Encore plus tentant d’accuser l’indifférence ou la cécité des surveillants, puisque l’essentiel du harcèlement, reconnaissons-le, ne se passe pas en classe mais dans les couloirs ou la cour de récréation, -- ou encore celle des CPE, régulièrement accusés de vivre au pays des Bisounours. Sans parler, naturellement, des proviseurs et principaux, attachés à ce qu’il n’y ait surtout « pas de vagues » dans leur établissement, à la fois pour sauvegarder leur prime de fin d’année et préserver la réputation de leur boîte. Ceci est possible, probable, vraisemblable, au cas par cas sans doute, mais n’explique pas tout. On peut également déplorer, et je suis la première à le faire, le manque de moyens dans l’encadrement, le nombre insuffisant de pions, les conditions de travail difficiles des CPE, des budgets de plus en plus contraints. Mais tout de même, tout de même…

Je me demande s’il ne faut pas aussi et d’abord incriminer le discours de l’institution dans son ensemble, qui, à force de mettre l’élève au centre et de développer ad nauseam la culture de l’excuse, a livré en pâture, à des apprentis gestapistes de bac à sable, des enfants ou des ados que l’on n’a pas protégés parce qu’on n’a pas voulu appeler un chat un chat et un bourreau un bourreau. À force de rousseauisme mal compris sur l’élève « naturellement bon », on a laissé s’exprimer les pires instincts dans la plus totale impunité : pour ceux qui auraient encore des illusions sur la bonté native des enfants, aurai-je la cruauté de renvoyer à la lecture du terrifiant Lord of the flies de William Golding, et à sa remarquable adaptation par Peter Brook (8) ? aux Faux-monnayeurs de Gide (1925), où le petit Boris, trop joli, trop homo, trop seul, harcelé par la « Confrérie des hommes forts », finit, dans la salle d’étude de la pension Vedel, par se tirer une balle dans la tête ?

Les seuls que l’on n’a pas mis au centre, précisément, ce sont les victimes, soit qu’elles n’aient rien dit, de peur de n’être pas crues, ou, comme le raconte simplement Christophe Lemaître, de sembler quelqu’un de faible, soit qu’elles aient parlé, et qu’on leur ait alors reproché d’être des faiseuses d’embarras – sans oublier tous ceux et celles que l’on n’a pas écoutés.

Car enfin, désolée de mettre ainsi les pieds dans le plat : a-t-on jamais parlé de SANCTIONS pour les harceleurs ? Pourquoi, quand un-e élève est harcelé-e, est-ce lui/elle qui doit partir se faire scolariser ailleurs, et pas ceux ou celles qui, des mois ou même des années durant (quatre ans pour Lemaître, cela semble insensé !), l’ont persécuté-e ? En d’autres termes, pourquoi l’Institution, de fait et malgré ce qu’elle en dit, « couvre »-t-elle les coupables ?

Dans ce sens, les déclarations de N. Vallaud-Belkacem, en dépit de sa bonne volonté, sont pour le moins maladroites : « Ce sont les élèves qui souvent peuvent rompre le silence, a-t-elle expliqué mardi 10 février sur Inter. Parce que le harcèlement scolaire se fait souvent dans une relation de triangulation: vous avez l'auteur du harcèlement, la victime, mais aussi des spectateurs. Et si les spectateurs apprennent, comprennent qu'il faut refuser cela, c'est la meilleure manière d'y mettre fin.» (9)

La ministre semble ignorer toute la dimension psychologique du phénomène, au sens où elle ne prend pas en compte l’état de sidération de l’enfant harcelé, qui ne comprend pas ce qui lui arrive parce que le choc traumatique le transforme en zombie, quand il n’est pas victime, de la part de ses harceleurs, d’un lavage de cerveau lui faisant croire que le problème vient de lui -- d’où le silence, exactement comme dans le cas des femmes violées ou battues. Elle ne prend pas mieux en compte l’état d’esprit des « spectateurs », témoins passifs des maltraitances mais qui, de crainte de passer pour des fayots délateurs, préfèrent ne rien dire et donner l’air de n’avoir rien vu. Les « spectateurs », dit la ministre, doivent « compren(dre) qu’il faut refuser cela » : mais pourquoi le comprendraient-ils, à partir du moment où, jusqu’ici, l’interdit n’est pas clairement prononcé et des sanctions sévères ne sont pas prises ?

« Ce sont des enfants, ou des adultes en construction », nous répète-t-on, qui ne se rendent pas bien compte de la portée de leurs actes. Le remarquable film de Michael Haneke, Caché, rediffusé ces jours-ci sur Arte, montre avec une très grande pertinence qu’il est possible, dès l’âge de six ans, d’être un petit salopard tout en sachant parfaitement ce que l’on fait.

Par ailleurs, il faudrait tout de même savoir : on ne peut pas à la fois dire que dès le collège les élèves sont autonomes, réfléchis et suffisamment mûrs pour aborder des sujets graves comme la Shoah, la peine de mort, et en général toutes les questions « citoyennes » y compris celles dont ils n’ont a priori pas grand-chose à faire, et les disculper au nom d’une hypothétique immaturité. Je le répète, rien ne ressemble plus à un innocent qu’un coupable assuré de l’impunité. Pour ce qui est des auteurs de harcèlement, il n’y a rien à « comprendre », encore moins à excuser : il y a à rappeler la loi c'est-à-dire à sanctionner. Dans la construction de ces adultes en devenir, comme on nous en rebat les oreilles, la punition peut être pédagogique et même thérapeutique : elle fait redescendre le bourreau, tout dans son fantasme de toute-puissance, au niveau d’où il n’aurait jamais dû sortir, celui d’un élève, d’un enfant, d’un ado, de quelqu’un qui n’a pas le droit de nuire à son semblable sous quelque prétexte que ce soit. C’est, me semble-t-il, le B-A BA du « vivre ensemble » : PRIMUM NON NOCERE. On ne te demande pas d’aimer ton condisciple, mais de le respecter et de le laisser en paix.

On nous parle beaucoup, ces temps-ci, du retour de l’autorité à l’École, à grands coups de Marseillaise, de parcours citoyen et d’éducation à la laïcité. La première mesure à prendre dans ce sens, ce serait de punir, et avec la plus grande sévérité, tous les élèves harceleurs et leurs complices, non seulement afin de protéger leurs victimes (c’est le minimum) mais encore afin qu’il apparaisse clairement à tous les persécuteurs en exercice ou en puissance qu’un établissement scolaire n’est pas une jungle où s’applique la loi du plus fort, mais un espace de droit où l’unique règlement que l’on ait à respecter est le règlement intérieur, que les faibles y sont protégés et surtout que seuls les adultes référents (enseignants, surveillants, administration) ont pouvoir sur les élèves. Ce serait toute une révolution culturelle… mais c’est à l’épreuve des faits que l’on pourra juger.

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 10:42
 CHARB nous manque tellement ...

 

D'accord, il ne faut pas que la drogue entre à l'école. D'accord, il ne faut pas que la violence entre à l'école. D'accord, d'accord, l'école doit rester ce temple sacré moquetté d'amour et tapissé d'intelligence qu'elle na jamais été. Mais, alors, pourquoi laisse-t-on grouiller les parents d'élèves dans les couloirs des écoles ?

 


Pourquoi les laisse-t-on même approcher des grilles des établissements scolaires ? Pourquoi ne pas éradiquer carrément ces vers qui n'arrivent à justifier leur existence qu'en brandissant le navrant résultat de leurs accouplements asthéniques? Les parents d'élèves ne sont pas seulement les parasites de leurs enfants, ils sont aussi les parasites de l'Éducation nationale. Des insectes xylophages peuvent détruire une école.Les parents d'élèves, eux, détruisent l'institution. Au motif que son gosse contient des morceaux de son ADN, le parent d'élève se croit autorisé à se mêler de tout ce qui touche de près ou de loin à sa progéniture. Son seul brevet de compétence en matière d'éducation, c'est d'avoir réussi à procréer.

 


Parce qu'un spermatozoïde a exceptionnellement fini dans un ovule plutôt que dans un Kleenex, le parent d'élève est omniscient. Il est capable de réécrire les programmes scolaires, d'enseigner la pédagogie aux profs, de composer le menu de la cantine, de décider des sorties scolaires, d'estimer que celle matière est plus importante que telle autre et de rogner sur tes cours du vendredi après-midi pour pouvoir partir en week-end avec son chiard. Dès qu'un parent d'élève ouvre sa gueule, c'est pour postillonner les lieux communs les plus nauséabonds sur l'éducation. Il déplore que les profs n'aient plus d'autorité sur le sale petit con qu'il n'a lui-même jamais su dresser, mais il ameute la Cour européenne des droits de l'homme si un enseignant claque le beignet du gnome en surpoids qu'il a engendré.

 

 

Je crois que vous en serez d'accord, il faut ouvrir les couilles et les ventres de tous les parents d'élèves pour y faire entrer de force ce qui n'aurait jamais dû en sortir. Amen.

 

Les fatwas de Charb - Petit traité d'intolérance tome 2 - Les écharpés Charlie Hebdo.

 

Merci à Daniel R.  pour ce beau morceau de poésie...

 

La Présidente s'évade pour quelques jours dans la ville capitale, et revient la semaine prochaine. 

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 15:16

 

 

Bandit, voyou, voleur, chenapan 

C’est la meute des honnêtes gens

Qui fait la chasse à l’enseignant

(Pcc Jacques Prévert)

 

 

« Accusé par des parents d’élèves d’avoir perturbé la minute de silence, un professeur de philo du lycée Victor-Hugo à Poitiers est mis à pied. Il se défend. » (1)

Et hop, Poitiers,  plus haut qu’à Mulhouse !

 

 

Le Recteur de choc Jacques Moret (2), qui vient par ailleurs de se signaler cette semaine en supprimant deux CPGE au lycée Camille Guérin, vient de suspendre à titre conservatoire, et pour quatre mois, J.-François Chazerans, professeur de philosophie au lycée Victor Hugo de Poitiers. Décision prise sur plainte (et même dénonciation, osons le mot) d’élèves et de parents, comme à Mulhouse, et, comme à Mulhouse, en infraction avec la procédure.

Le Parquet a également été saisi, sur le fondement de l'article 4 de la loi du 14 novembre 2014 relative à la lutte contre le terrorisme (pour mémoire, six condamnations à des peines de prison ferme ont été prononcées en France depuis le 9 janvier, au surlendemain de l'attaque contre Charlie Hebdo, pour ce motif.)

« J'ai été interrogé lundi par deux inspecteurs d'académie, déclare notre collègue. Ils m'ont dit que leur rapport serait le soir même sur le bureau du recteur et le lendemain sur celui de la ministre. Je ne sais pas ce qu'on me reproche. Je ne sais pas quel cours, quel débat est concerné. On m'a juste dit "ce sont des propos qui ont été tenus en classe". On évoque des plaintes d'élèves et de parents qui sont montées directement au rectorat. »

Quel acte monstrueux a donc commis cet enseignant de philosophie au parcours un peu particulier (3) par ailleurs bien connu en Poitou pour son militantisme d’extrême-gauche et ses activités au DAL (4) ? Aurait-il eu le front, comme son collègue alsacien, de montrer à ses élèves des caricatures du Prophète et de les contraindre à les regarder ? Oh que nenni ! « Ce fameux jeudi, explique-t-il, j'ai organisé des débats avec mes six classes de terminale. Le but était de comprendre les causes du terrorisme en sortant autant que possible de la passion et de l'émotion du moment. » Et de poursuivre : « Ce sont les élèves qui étaient demandeurs. J'étais réticent. Je n'aime pas évoquer à chaud de tels sujets. Devant leur insistance et leur état de choc, j'ai décidé de mettre en place ces débats. » 

 

En clair, le professeur a fait son travail, tout son travail, juste son travail, rien que son travail, exactement dans l’optique recommandée par le ministère : parler, expliquer, remettre de la raison, convaincre, dialoguer. Calmement.

 

Tout ceci a quelque chose de kafkaïen, certes, mais la situation devient carrément ubuesque quand on apprend quel est le dernier chef d’accusation retenu contre J.-François Chazerans : on lui reproche d’avoir « tenu des propos déplacés » lors de la minute de silence … alors même qu’il n’y a pas assisté !

 

Peu importe que cet enseignant engagé condamne (et sans prendre de gants, puisqu’il parle de « fascisme ») les attentats : « Ma réaction de citoyen est de dénoncer avec force ces actes odieux, horribles. On ne peut quand même pas m'accuser d'avoir la moindre sympathie pour les djihadistes. Ce sont des groupes fascistes que je combats. Il n'y a pas eu une quelconque apologie du terrorisme lors de mes cours. Au contraire. » : l’essentiel, c’est qu’élèves et  parents aient prétendu l’inverse, puisqu’ils ont raison, forcément raison.

 

 

Peu importe que les commentaires de Centre Presse (5) soient unanimes à reconnaître le rayonnemement du collègue, qu’un de ses anciens proviseurs souhaite sincèrement aux lycéens de Victor Hugo « de croiser, dans leurs carrières qu'ils imaginent rectilignes, des adultes aussi dérangeants pour leur confort de pensée ou le conformisme de leurs géniteurs », que ses anciens élèves l’évoquent comme « un professeur remarquable » : l’essentiel, c’est qu’élèves et parents aient prétendu l’inverse, puisqu’ils ont raison, forcément raison.

 

 

 

 

Peu importe que ce philosophe atypique, qui reconnaît lui-même aimer « provoquer ses élèves pour les forcer à avoir une vision critique sur les événements »  ait à cœur d’apprendre à réfléchir à ses louveteaux, y compris en les secouant dans leurs préjugés et leurs idées toutes faites. Peu importe qu’il ait fait montre, par son investissement dans les TICE, ses interventions philosophiques en 6eme, maternelle ou SEGPA, d’une volonté (que d’aucuns pourraient trouver irritante, mais ce n’est pas le débat) de « dépoussiérer » sa matière. Peu importe qu’il ait été, naguère, suffisamment reconnu par l’Institution pour être mis à disposition à mi-temps à la MATN (Mission Académique aux Technologies Nouvelles) et au Pôle Unimédiat du CRDP de Poitiers (veille technologique et pédagogique), puis à temps complet à la MATICE (Mission Académique aux Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement). L’essentiel, « pédagogo » ou pas, c’est qu’élèves et parents se soient plaints de lui, puisqu’ils ont raison, forcément raison.

 

 

On notera sans ironie aucune que ce professeur, qui a inscrit son travail dans une démarche militante qui, même si on peut ne pas la partager, force le respect, a dirigé un mémoire de 2eme année IUFM sur « L’initiation à la pratique du débat philosophique comme alternative à la violence », animé un stage  consacré à « Enseigner autrement : faire circuler la parole en classe et dans l’établissement » et  dirigé des sessions de formation sur le phénomène sectaire. C’est dire qu’il est loin d’être un débutant pour ce qui est de gérer un débat avec des adolescents – quoi que l’on pense du sempiternel « enseigner autrement » qui, comme la langue d’Ésope, peut être la meilleure ou la pire des choses. Mais la question n’est pas là : l’essentiel, c’est qu’élèves et parents soient mécontents, puisqu’ils ont raison, forcément raison.

 

 

Ce doit être un cauchemar pour notre collègue, qui semble s’être consacré corps et âme à renouveler sa pratique dans le sens de l’échange avec ses élèves, que de se prendre en pleine figure tout ce à quoi il a cru, tout ce sur quoi il a fondé son enseignement; et de se retrouver ainsi mis au pilori sans même savoir vraiment pourquoi.

Meursault, on s’en souvient, est condamné à mort pour ne pas avoir pleuré à l’enterrement de sa mère ; pour avoir hébergé un homme dont elle ignore qu’il est recherché,  la Katarina Blum d’H. Böll est prise pour une terroriste. Là, nous franchissons encore un degré dans le non-sens, puisque J.-François Chazerans  est accusé d’avoir dit ce qu’il n’a pas dit et perturbé un rassemblement auquel il n’était pas présent…  Bref, c’est l’absurde à l’état pur. Mais peu importe, l’essentiel, c’est qu’élèves et parents aient manifesté leur irritation, puisqu’ils ont raison, forcément raison.

 

 

 

 

Il semble, de surcroît, que ce professeur ne soit pas le seul, dans l’académie de Poitiers, à se trouver sur la sellette  http://poitiers.snes.edu/la-suspicion-en-reponse-a-la-terreur/

 

 

 

Tout ceci nous ramène aux heures noires de Ségolène Royal, où, en pleine parano, on voyait des pédophiles partout, ce qui permit aux chères têtes blondes brunes et rousses de dénoncer allégrement pour tripotage et même pire tout professeur dont la pédagogie ne leur convenait pas. Comme le rappelle Marie-Monique Robin dans son impeccable document (6)  L’École du soupçon, «  d'authentiques coupables ont été démasqués, mais des centaines d'innocents ont également vu leur vie brisée. Or, depuis 1999, près de trois affaires sur quatre se sont conclues par un classement sans suite, un non-lieu ou une relaxe », sans parler des dépressions et des suicides.

 

 

 

 

On ne peut pas accepter que, sous l’emprise de l’émotion (parfaitement légitime au demeurant) suscitée par les attentats contre Charlie et l’Hyper-casher, l’Éducation Nationale, saisie d’une sorte d’hystérie, se lance dans une nouvelle chasse à l’enseignant. J‘ignore si j’aurais toujours, dans le quotidien d’un lycée, entretenu des relations idylliques avec J.-François Chazerans, dont les partis-pris pédagogiques ne sont pas exactement ceux de Reconstruire l’École, vous  vous  en doutez. Mais  cette folie qui s’empare aujourd’hui de l’Institution, ce retour du refoulé où l’on brûle à présent de manière inique, ce qu’on a adoré sans discernement des années durant (le débat, l’expression des élèves, la prise de parole dans la classe), cet acharnement à « sacquer » un professeur dont, peut-être, le militantisme d’extrême-gauche dérange les autorités de tutelle, tout ceci est absolument inadmissible.

 

 

Comme pour l’affaire de Mulhouse, une réaction urgente s’impose. Une pétition de soutien est en ligne : http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2015N47300 ainsi qu’une page FaceBook où vous pouvez, si vous  le désirez, manifester votre solidarité avec notre collègue :

https://www.facebook.com/pages/Soutien-%C3%A0-Jean-Fran%C3%A7ois-Chazerans/1583866758517859

 

 

DERNIERE MINUTE :  L'intersyndicale du lycée Victor- Hugo vient d'envoyer au Recteur un courrier demandant la réintégration du professeur de philosophie. Elle appelle à manifester demain mercredi à 13 heures place d'Armes à Poitiers,  et dépose un préavis de grève pour les prochains jours.

  1. http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Actualite/Education/n/Contenus/Articles/2015/01/24/Le-rectorat-suspend-le-prof-et-saisit-la-justice-2197590

 

  1. Agrégé de sciences naturelles, docteur en écologie, chercheur en biologie végétale, professeur au Muséum d'histoire naturelle, ce brillant chercheur est également (nobody’s perfect…) membre du PS, où il fut délégué national à la biodiversité et aux risques biologiques. Directeur de l'INRP en 2009  (Institut national de la Recherche Pédagogique), vice-président de la  CP-CNU  (Conférence Permanente du Conseil National des Universités), il est nommé recteur de Poitiers en 2012, où il semble avoir atteint son niveau d’incompétence, selon l’immortel principe de Peter.

 

  1. Voir sur le site perso du professeur http://www.chazerans.fr/experiences/

 

  1. Droit Au Logement

 

  1.  http://www.centre-presse.fr/article-364424-le-rectorat-suspend-le-prof-et-saisit-la-justice.html

 

  1. http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-L_ecole_du_soupcon-9782707146755.html

 

 

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 17:47

Deux semaines après les incidents liés à la minute de silence en mémoire des victimes de l’attentat contre CHARLIE, Madame Vallaud-Belkacem vient de présenter toute une batterie de mesures marquant son « engagement résolu à former les futurs citoyens aux valeurs de la République ».

Si j’en crois les déclarations de la ministre rapportées par L’Observateur, « cette grande mobilisation est le commencement de l'acte II de la Refondation de l'École » : sans vouloir se montrer systématiquement et inutilement caustique, on espère juste que le deuxième acte de la pièce (une comédie assez plate avec un casting peu convaincant) sera meilleur que le premier, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a pas emballé grand-monde. Force est de reconnaître avec Jacques Julliard (in : éditorial de Marianne n° 921) que « l’histoire sera beaucoup plus sévère pour le bilan éducatif de François Hollande que pour son bilan économique… », ce qui n’est pas peu dire.

Bref, plutôt qu’acte II, mieux vaudrait parler de « session de rattrapage »…

Ceci étant posé, voyons ce qu’il en est.

Ainsi donc, Mme Vallaud-Belkacem fait de la laïcité une priorité, ce qui est tout à fait très bien.

Comment compte-t-elle procéder ? « Mille (beau chiffre symbolique) formateurs aguerris [enseignants et des personnels d’éducation] vont être formés sur les questions de laïcité et déployés dans les établissements » d’ici juillet 2015, afin d’aider les enseignants « souvent impuissants dans ce domaine (…)  à aborder avec les élèves les questions relatives à la citoyenneté à la laïcité et à la lutte contre les préjugés. »

Une question d’abord : QUI va former ces formateurs « aguerris » ( ???) à la laïcité ? Des sociologues comme F. Dubet, partisan des « accommodements raisonnables » comme on dit au Canada qui envisage précisément de faire marche arrière sur ce point ? Des experts en expertise, ceux qui nous serinent depuis dix ans (enterrement du rapport Obin, voir http://leblogdelapresidente.over-blog.com/2015/01/le-jour-d-apres.html ) qu’il n’y a dans notre cher et vieux pays aucun mais alors aucun aucun problème  à ce niveau ? Si tel est le cas, autant tirer l’échelle tout de suite : cela ne servira à rien.

Je vais faire un rêve et oser une suggestion : si nous trouvions, dans le vaste vivier des diverses associations laïques, quelques centaines d’intervenants susceptibles d’intervenir auprès des collègues, comme cela se fait couramment et depuis longtemps pour les stages toxicomanie, conduites à risques, SIDA, contraception, homophobie, et j’en passe ? Je n’ose imaginer que le ministère puisse ne pas faire pas confiance à ces associations  (UFAL, Libre Pensée, etc.) sauf à considérer que les recevoir à l’École serait porter atteinte à… la laïcité ?!

Et si l’on faisait également appel aux « vieux routiers » de l’Éducation prioritaire, qui ont accumulé, au quotidien, une expérience si précieuse qu’ils ne demanderaient sans doute pas mieux que de la partager avec les débutants fraîchement sortis des ESPE ?

 

 

J’observe également que la formation des formateurs se fera en quelques mois (« d’ici juillet 2015 »), si bien que, si je sais encore un peu compter, les collègues de la base  n’en bénéficieront qu’à partir de la rentrée prochaine. Voilà ce que l’on appelle de la réactivité. Ce n’est plus un mammouth, c’est un unau (les amateurs de mots croisés m’auront comprise).

En attendant, donc, on attend. Mais après tout, cela fait si longtemps que l’on laisse les professeurs se débrouiller avec les moyens du bord, alors n’est-ce pas, que sont cinq petits mois dans le sablier de l’Histoire ?

Soit. Mais ma crainte, soyons francs, c’est que l’on forme des formateurs qui formeront les professeurs à formater les élèves, et que tout le catéchisme citoyennisant qui a fait la preuve, des années durant, de son inefficacité pour ne pas dire de sa contre-productivité, soit juste maintenu pour ne pas dire aggravé dans ce qu’il a de plus insupportable : la moraline et le prêchi-prêcha.

« Le racisme c’est pô beau », « L’antisémitisme c’est pas gentil », « L’homophobie c’est méchant » : je caricature à peine… Dans ce sens, je suis loin d’être rassurée  à l’idée que pour créer « un nouveau parcours éducatif et citoyen de l’école élémentaire à la terminale », NVB propose notamment la mise en place d'un « enseignement moral et civique ». « La laïcité c’est sympa », « Le vivre-ensemble c’est cool », « Le respect c’est trop la classe ». Non, là j’exagère – à peine.

 

Enseigner la morale à l’École… Oui, j’ai connu cela dans ma petite ville des Basses-Alpes, à la fin des années 1950 (eh oui …), lorsque notre instituteur (un communiste aux yeux très bleus, héros de la Résistance et que tout le monde respectait très fort) nous accueillait chaque matin avec, écrite à la craie sur le tableau noir, une devise relevant de la sagesse des nations, du genre «Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger» ou « Bien mal acquis ne profite jamais », avant quelques minutes d’un commentaire auquel nous ne comprenions pas tout, tant s’en faut, mais que nous écoutions avec attention parce que, précisément, nous respections notre héroïque maître, et que nous n’aurions à aucun moment envisagé de mettre en doute sa parole ni a fortiori de nous en moquer.

Comprenez-moi bien ; je ne prône ni les coups de règle sur les doigts, ni le retour à la blouse grise, au bonnet d’âne et autres menus sévices ; je dis simplement que c’étaient d’autre temps, où, en l’absence de médias autres que la presse (que nous ne lisions pas ) et la radio (que nous écoutions fort peu), la parole de l’instituteur, qui incarnait le Savoir avec un S-, avait de la valeur.

Depuis, il y a eu la télévision, l’internet, les réseaux sociaux : la parole de l’enseignant est devenue une parmi beaucoup d’autres, et plutôt moins fun, parce que plus exigeante, plus complexe et plus austère, que le brouhaha médiatique et la rumeur internet.

Parallèlement, d’année en année, et spécialement depuis le règne du regrettable Allègre (dont on ne dira jamais à quel point il fut nuisible pour l’École), l’enseignant a été systématiquement discrédité. Grosse feignasse sempiternellement gréviste ou tirant à la feuille (je ne peux jamais revoir sans être saisie de nausée cette vidéo où une Ségolène Royal épanouie propose, devant un parterre de proviseurs ricanants, les 35 heures de présence dans l’établissement pour tous les enseignants), sadique interdisant les enfants de parole (voir l’affiche indigne de la FCPE représentant une fillette baillonnée), maltraité par les parents au figuré et parfois au propre, ringard sclérosé incapable d’adapter sa pédagogie à la modernité (discours de la plupart des pseudo-experts en sciences de l’Éducation et des journalistes du même métal), maniaque du zéro, de la note chiffrée, du  pensum  et de la colle, pédophile mal assumé (Ségolène, encore), gauchiste fumeux pour la droite, réactionnaire passéiste à tendance raciste pour une certaine « gauche », tellement mal payé qu’une bonne partie de ses élèves ricanent de sa voiture hors d’âge ou de son vélo fatigué… le professeur et l’instituteur ont perdu toute leur aura, toute leur autorité : ce sont juste des « bouffons » (comme les bons élèves, d’ailleurs… mais c’est un autre débat).

Par « autorité », je le répète, je n’entends pas « droit de vriller les oreilles des cancres indisciplinés » et encore moins de leur botter le fondement, mais un rapport hiérarchique relevant du contrat entre l’enseignant et l’élève : tu me transmets des savoirs (des savoir-faire, des savoir-être, comme disent les khuistres),donc je te respecte en tant que « passeur » de ces savoirs – et moi enseignant, inversement, je te respecte précisément parce que tu es celui que j’entreprends d’instruire et d’éduquer.

À partir du moment où la parole de l’enseignant a bien moins de valeur que n’importe quelle rumeur courant sur FB, des « Illuminati » à l’intolérable Dieudonné, il est difficile d’imaginer que son discours, « formateur aguerri » ou pas, puisse avoir un quelconque impact sur son auditoire. 

François Hollande, dans ses vœux au monde éducatif, a entrepris ce que l’on pourrait appeler malignement un « virage autoritaire » qui laisse absolument pantois, tant la volte-face est spectaculaire. Certes, on avait déjà vu l’ennemi de la finance chouchouter vainement le MEDEF à grand renfort de cadeaux fiscaux, mais on assiste  aujourd’hui  à une étrange métamorphose, de la pédagogie pédolâtre à celle du big stick. «Tout comportement mettant en cause les valeurs de la République ou l'autorité » des enseignants fera l'objet d'un signalement au chef d'établissement, a déclaré le Président, avant de prévenir qu'«aucun incident ne sera(it) laissé sans suite ». Dès qu'il y aura « une mise en cause de la dignité, de l'égalité entre jeune fille et jeune garçon, qu'il y aura une pression, un mot qui sera prononcé qui met en cause une valeur fondamentale de l'école et de la République, il y aura une réaction». 

Fort bien, mais de mauvais plis ont été pris, et le retour en arrière sera difficile, l’habitude étant une seconde nature et rien ne ressemblant plus  à un innocent qu’un coupable assuré de l’impunité. 

Pardonnez-moi d’insister : pendant un quart de siècle, on a laissé dire et faire à peu près n’importe quoi au nom de la centralité de l’apprenant, du respect dû à l’enfant, de l’épanouissement et de la spontanéité de l’élève, et soudain, crac, patatras, vlan, dès que tu ouvres le bec tu te retrouves chez le protal… Après avoir sacralisé la parole des enfants ou des ados et leur avoir laissé donner leur avis sur à peu près tout et le reste, on leur intime brusquement l’ordre de se taire. Quoi de moins éducatif que cela ? Comment voulez-vous que ces jeunes comprennent pourquoi, alors que jusqu’ici on s’est extasié sur la moindre de leurs expressions, on leur demande aujourd’hui de s’auto-censurer ?

La solution, me semble-t-il, n’est ni dans le cours de moraline laïque, ni dans l’usage forcené de la matraque (même en faisant la part de la gesticulation dans toutes ces mesures prises dans l’état de sidération choquée de celui qui tombe de la Lune et découvre soudain que le réel n’est pas comme il l’avait cru). On ne va pas faire défiler les potaches en uniforme et leur faire chanter Maréchal nous voilà, L’Orient est rouge, oups pardon La Marseillaise en saluant le drapeau au garde-à-vous tous les matins. On n’impose pas la laïcité et l’amour des valeurs républicaines par la coercition.

La solution, elle est dans une École qui instruit.

Naturellement, les élèves qui « dérapent » doivent être sévèrement punis; il existe des lois sanctionnant le révisionnisme, l’antisémitisme, etc. : appliquons-les ! Devant ces provocateurs qui sont dans la toute-puissance, soyons freudiens, rappelons la Loi, mettons des limites, posons des interdits, mais n’oublions pas que nous sommes d’abord et avant tout des professeurs, et que notre métier c’est d’instruire les enfants et les adolescents qu’on nous a confiés. Et c’est en les instruisant que nous les éduquerons.

Il faut remettre de l’École à l’École, en particulier du français, de l’histoire et de la philosophie ; la « morale », le « vivre-ensemble », la « laïcité », on les apprend dans la littérature, le « fait religieux », on l’étudie en histoire, Dieu, on devrait le voir en philo – et le droit, la Loi aussi, qu’il faut encore et toujours rappeler

Quant à une journée de la laïcité chaque 9 décembre, ma foi (si j’ose dire…) après tout, pourquoi pas ? Espérons juste qu’elle ne sera pas noyée dans les xyz journées de ceci-cela, de la journée de la jupe à celle de la déportation en passant par la semaine de la presse ou du goût, qui jalonnent déjà l’année scolaire, -- en quel cas ce 9 décembre ne servirait qu’à se donner l’illusion de faire semblant d’avoir fait quelque chose.

Pour ma part, je préférerais que ce soit tous les jours la journée de la laïcité. Mais c’est une autre histoire…

Pour info, les réactions tout à fait positives de l'IG honoraire JP Obin, auteur du fameux rapport "enterré" de 2004 :

http://www.20minutes.fr/societe/1523695-20150122-annonces-laicite-mesures-gouvernement-vont-bon-sens

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 13:55

 

 

DERNIERE MINUTE  : le recteur vient d'annuler la procédure disciplinaire contre le professeur d'arts plastiques de Mulhouse. L'enquête administrative a démontré qu'il n'y avait pas eu de "faute professionnelle grave".

Moralité : quand on tape vite et fort, quand on ne lâche rien, on gagne !

Ne nous laissons plus faire  et arrêtons de dire AMEN  à tout !!!

 

  • COMMUNIQUÉ DU SNES FSU :

Cher-e-s collègues,

Le rectorat a annoncé aujourd'hui sa décision de lever définitivement la procédure disciplinaire à l'encontre de notre collègue de Mulhouse. Nous nous réjouissons de cette décision.

Nous avons pu faire rétablir le droit et faire prévaloir le bon sens. L'enquête administrative a établi l'absence de faute professionnelle.

Par conséquent, dans le souhait d'un apaisement réel qui permette à nos collègues de travailler dans de bonnes conditions, les organisations syndicales annulent la grève et les rassemblements de demain vendredi 23 janvier 2015.

 

 

  • COMMUNIQUÉ DE SUD-ÉDUCATION :

Chèr-e-s collègues,

La mobilisation collective, syndicale et intersyndicale a payé : sous cette pression, les droits du collègue mis en cause ont été enfin respectés, notamment celui de pouvoir se faire entendre : une enquête menée par deux inspecteurs régionaux a entièrement lavé le collègue de toutes les accusations qui étaient portées contre lui. Sur cette base, le Recteur a décidé l'arrêt de toute procédure disciplinaire à l'encontre de ce collègue et le rétablissement de celui-ci dans ses droits et fonctions : néanmoins le collègue ne souhaite pas retourner dans l'établissement, ce que l'on peut comprendre.

Le préavis de grève est donc levé tout comme l'appel aux deux rassemblements de Mulhouse et Strasbourg.

Tout ceci prouve que seule l'action collective et syndicale permet de faire respecter droits et statuts des enseignants, notamment lorsque la hiérarchie, qui devrait être la première à les faire respecter, les bafoue.

 

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 18:45

Caricatures de Mahomet et vifs échanges en classe : un enseignant suspendu à Mulhouse (les journaux) (1)

Oui, vous ne rêvez pas : ce ne sont pas de minables Charlie Coulibaly de bac à sable que l’on a punis, mais un professeur d’arts plastiques au collège Villon de Mulhouse, qui, quatre jours après le cours où il avait projeté des caricatures pour ouvrir le débat après le massacre à la rédaction de CHARLIE (recommandation de la ministre), a été suspendu suite à une lettre d'élève et à la plainte de parents.

De source syndicale (SNES), le rectorat de Strasbourg a prononcé la sanction sans même écouter l’enseignant, et des versions tendancieuses sur ce qui s'est passé durant la séance, rumeurs résultant d'une compilation d'informations rectorales et locales recueillies à chaud, circulent dans la presse, en dépit d’un démenti de notre collègue (2).


Quelques précisions, toujours de source syndicale : le professeur incriminé a fait l'objet, le 12 janvier, d'un double arrêté d'éloignement de son collège (au motif que sa présence « porte atteinte à l'ordre public » et à « la sérénité nécessaire au bon fonctionnement du service public » dans cet établissement sensible (classé en REP), et de suspension (en raison « d'un comportement en totale inadéquation avec les exigences inhérentes aux fonctions d'enseignant et les valeurs de l'école républicaine », constituant une « faute professionnelle grave ».

Ces deux arrêtés ont été pris sur foi d'un rapport de sa Principale, daté du même jour.
Ce rapport allègue un incident verbal survenu lors de la présentation d'un visuel relatif à l'attentat du 7 janvier, visuel comportant deux « images du Prophète » qui auraient scandalisé quelques élèves : celle même qui figure sur le site ressource conseillé par le ministère, et une autre où l’on voit un activiste tirant, sur un crayon à dessin, une balle qui, par ricochet, vient blesser dans la région culière une figure qui peut être celle de Mahomet, perché sur un nuage entre Jésus et Yahvé.

Toujours de source SNES, ce rapport fait encore état d'une menace d' « esclandre » de la part de certains parents, fondée sur la diffusion, « par une élève de la classe » (termes du rapport), d'une sorte de pétition contre leur professeur, pétition dont l'origine reste inconnue.

Notons l'irrégularité de la procédure qui a fait l'impasse sur toute audition de notre collègue sinon par sa Principale : en effet, contrairement à ce qui est d’usage avant une mesure de ce type, l’enseignant n'a été entendu ni par les services de la DRH (Direction des Ressources Humaines), ni par son IPR (Inspecteur Pédagogique Régional, pour ceux qui ne maîtrisent pas les acronymes de l’Éducation Nationale). Pourtant, le Rectorat disposait de tout le temps nécessaire pour auditionner le professeur sans lui imputer d'emblée une « faute professionnelle grave » dont les éléments constitutifs n'étaient pas avérés.

L'opération s'étant réglée en coopération avec la Préfecture (information donnée par le Recteur) il est à craindre que notre collègue n'ait été sacrifié au souci d'éviter un débordement dans un quartier sensible de Mulhouse et une actualité encore plus sensible … Le même 12 janvier, la Principale du collège diffusait aux familles un message annonçant que « le professeur fait l'objet d'une mesure disciplinaire et d'une suspension », ce qui a dû combler d’aise les familles en question. Officiellement, cette mesure « vise à protéger l'enseignant, les élèves, les parents le temps de mener l'enquête administrative »… En clair, on sanctionne le collègue d’abord et on enquête après : doit-on en déduire que la présomption d’innocence existe pour tout le monde, sauf pour les enseignants ?


Après l’indignation, quelques questions et réflexions:

On reproche donc à ce professeur d’avoir « obligé » ses élèves à regarder les caricatures de CHARLIE, ce qui les aurait gravement offensé-e-s dans leur sensibilité religieuse. Existerait-il donc à l’École un droit « de réserve », ou « de retrait » autorisant Moncanard et Mapoulette à refuser d’analyser une image, de voir un film ou de lire un texte sous prétexte qu'ils porteraient atteinte à leurs croyances ? Si un enseignant ne peut plus exercer son autorité pour faire découvrir à ses élèves des textes, des images et toute autre expression artistique et culturelle, si un ou des élève(s) (pire, un ou des parent(s)) prétend avoir le droit de ne pas les étudier dans le cadre de l'École publique sous prétexte que sa sensibilité est agressée, alors les élèves sont définitivement condamnés à rester enfermés dans leurs déterminismes microcosmiques et familiaux, et l'École n’a plus de raison d’être.

Cette suspension est un très mauvais signal, et tranche singulièrement avec les grandes déclarations de la ministre sur le respect de la laïcité républicaine. L’Éducation Nationale va-t-elle rester soumise à la volonté de quelques individus et groupes de pression ? A voir la réaction du Rectorat de Strasbourg, on peut à bon droit se le demander.

La question d'une pédagogie de la tolérance religieuse ne paraît donc pas réglée, quoi qu'en disent les bons apôtres (si j’ose dire) assurant que le catholicisme ne s'identifie pas aux marcheurs de la Manif pour tous, l'islam aux sectes intégristes etc. C'est vrai pour une majorité de croyants, mais pas pour des minorités agissantes qui se sentiront d’autant plus le droit d’intervenir à tout propos que l’on cédera systématiquement à chacun de leurs caprices. On peut redouter des problèmes de plus en plus fréquents, à chaque fois qu'un enseignant abordera des points de culture qui heurtent frontalement les convictions et les systèmes de valeur les plus fermés à la contradiction. Si ces conflits, au niveau d'une prépa par exemple (pour parler de mon expérience personnelle), peuvent donner lieu à des discussions argumentées parce que les élèves y sont plus mûrs, plus habitués à raisonner et plus instruits, ce n'est pas le cas dans bien des collèges où les nerfs, la passion et les préjugés prennent aussitôt le dessus.

À travers cette mesure de suspension, c’est le statut de la fonction publique, déjà fragilisé par les réformes Peillon, qui est une fois de plus attaqué. Un fonctionnaire devrait être protégé des pressions extérieures, et n’être sanctionné qu'à la suite d'une procédure encadrée et contradictoire. Dans cette lamentable affaire, nous devons défendre notre liberté pédagogique contre les censures plus ou moins sournoises que l’on peut nous imposer. Les collègues de Mulhouse et d’ailleurs peuvent craindre, à juste titre, de voir leur autorité pédagogique d'autant plus contestée par les élèves que ceux-ci savent qu'ils ont le soutien d’une autorité administrative qui, comme souvent, se « déballonne » dès que les parents d’élèves font un peu les gros yeux.

DERNIÈRE MINUTE :

Une pétition de soutien est mise en ligne par le SNES :

www.change.org/p/tous-soutien-à-notre-collègue-d-arts-plastiques-du-collège-villon

Le collège Villon, où exerce notre collègue, sera en grève reconductible le mardi 20 janvier et si rien ne bouge d'ici là, un préavis pour toute l'Alsace est déposé par le S3 (SNES académique) d'Alsace, qui soutient l’enseignant et appellera à la grève dans l'académie pour le vendredi suivant.

  1. Les Dernières Nouvelles d’Alsace http://www.dna.fr/societe/2015/01/15/caricatures-de-mahomet-en-classe-un-enseignant-suspendu
  2. Voir par exemple http://www.bfmtv.com/societe/charlie-hebdo-le-professeur-suspendu-pour-avoir-montre-des-caricatures-reagit-857799.html

POST-SCRIPTUM : Tout commentaire insultant ou raciste sera "sucré", qu'on se le dise.

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 19:03

 

Ainsi donc Mme Vallaud-Belkacem « consulte ». Suite au refus d’un certain nombre d’élèves de partager la minute de silence en mémoire de CHARLIE, et parfois même au vu des réactions enthousiastes que la nouvelle de ce massacre a provoquées chez les chers petits apprenants, la ministre a reçu en catastrophe syndicats d’enseignants, syndicats de lycéens et associations de parents d’élèves, afin de «préparer une mobilisation renforcée de l'École pour les valeurs de la République».

 

Bravo, bravissimo. Enfin de l’action ! Comment être contre ? C’est magnifique, c’est citoyen, c’est beau comme l’Antique.

 

En parlant d’Antique, certains esprits chagrins (dont je m’honore de faire partie) pourraient avoir le mauvais goût de rappeler qu’en dix ans trois rapports sur les tensions religieuses à l’École ont déjà fait état de situations similaires, ce qui aurait dû donner l’alerte si on n’avait pas (de peur de faire des vagues, de sembler « stigmatiser », pour reprendre un verbe malheureusement à la mode, des populations trop souvent en difficulté économique, ou de froisser un électorat dont les voix sont précieuses) décidé de ne rien décider et de faire comme si tout allait pour le mieux dans la meilleure des tolérances possibles.

 

Récapitulons :

 

- Dès 2002, on décida de passer à la trappe http://www.lexpress.fr/.../le-rapport-voile_460151.html le rapport Obin sur les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires

ftp://trf.education.gouv.fr/.../rapports/rapport_obin.pdf

Il fut finalement publié deux ans plus tard aux éditions Max Milo, et sa lecture est édifiante : toutes les dérives auxquelles nous assistons aujourd’hui sont en germe, si je puis oser la métaphore filée incohérente (mais pas plus incohérente que l’absence de volonté politique qui a présidé à l’enterrement de ce document).

 

- En octobre 2011, un rapport de l’Institut Montaigne, sous  l’égide  de l’islamologue Gilles Keppel « Banlieue de la République », et qui demeura absolument sans suite. Il y avait pourtant de quoi faire, si l’on avait voulu.

http://www.institutmontaigne.org/fr/publications/banlieue-de-la-republique-0

 

- Et enfin, en 2012, les travaux du HCI (Haut Conseil à l’Intégration) sur la laïcité à l’École et à l’Université http://archives.hci.gouv.fr/IMG/pdf/Pedagogie_de_la_laicite-web.pdf , eux aussi ensevelis sans fleurs ni couronnes par le gouvernement après une polémique sur le voile à l’Université.

 

Le rapport Obin, c’était il y a dix ans, quand on aurait encore PU faire quelque chose, si on avait consenti à regarder la réalité dans toute sa cruelle évidence (vous notez que j’ai résisté à la tentation du « ne pas se voiler la face »...)

 

Mais on a préféré jouer « les Trois Singes Sages ».

 

À présent que le mal est fait, que les « dessinateurs impies » sont aussi morts que les « flics apostats » et les « juifs ennemis », tout est à reconstruire.

 

 

Remettre de la laïcité à l’École et s’en donner les moyens, être intransigeant devant les communautarismes, sanctionner sans pitié tout dérapage raciste, antisémite, islamophobe, sexiste ou homophobe, ne plus tolérer l’étalage d’opinions qui sont en fait des délits … demandez le programme, ce qui suppose en premier lieu de REVENIR SUR LA LOI JOSPIN DE 1989 qui, en accordant le droit d’expression aux élèves, a ouvert un espace, que dis-je un boulevard, propice à tous les dérapages sur lesquels pleurnichent aujourd’hui les mêmes gouvernants qui les ont, par leur refus d’agir, par leur lâcheté politique, par leur aveuglement, objectivement préparés.

 

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 17:40

Dans la soirée du jeudi 8 janvier, j’ai reçu plusieurs courriels désemparés d’ancien(ne)s étudiant(e]s devenus professeurs ou personnels d’encadrement, et qui me racontaient effarés comment dans leurs classes un certain nombre d’élèves, de l’ordre de 5 ou 6, ont refusé de s’associer à la minute de silence pour Charlie. L’une de ces jeunes femmes me confie au téléphone, atterrée, la voix tremblante de larmes : « L’École de la République a engendré des monstres ». Ce soir dans l’impressionnante manif marseillaise, j’ai retrouvé d’autres ex-khâgneuses et jeunes collègues, tout aussi catastrophées devant les réactions de certains collégiens ou lycéens.

Histoire de prendre la température, je me suis aussitôt transportée sur le forum NéoProfs (près de 25.000 membres, un bon indicateur en somme), et aussitôt le choc, du brutal, de la réalité en grand, pas en détail : http://www.neoprofs.org/t85713-vague-terroriste-mes-eleves-croient-au-complot-contre-les-musulmans-que-leur-repondre

et http://www.neoprofs.org/t85717-comportement-des-eleves-face-a-l-attentat-de-charlie-hebdo

Le voilà, le deuxième attentat.

Inutile de se cacher derrière son petit doigt et de continuer à chanter que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes scolaires possibles, il y a dans nos établissements un vrai problème d’éducation à la laïcité. 5 ou 6 clampins par classe, cela nous fait, tout de même, dans les 16% à la louche ! Inutile de se gargariser avec les missions des enseignants, le respect, le « vivre ensemble » patati patata. L’École républicaine est en échec de ce point de vue AUSSI : préférant éduquer plutôt qu’instruire, elle engendré à la fois des illettrés et des monstres, bref elle n'a ni instruit ni éduqué.

Ceci dit, avant d’accuser ces élèves, qui après tout ne sont que ce que nous en avons fait, des crétins sans cœur, il est nécessaire de s’interroger sur les responsabilités – les potaches, finalement, ne se trouvant qu’en bout de chaîne : comment a-t-on pu tomber aussi bas ?

Nous recueillons aujourd’hui le fruit d’un quart de siècle de reculades, de compromissions et de démissions successives. Si ces adolescents ont perdu la moindre « common decency » au point non seulement de refuser de s’associer à une commémoration silencieuse mais encore de se réjouir de l’exécution des caricaturistes, c’est qu’ils ont pris l’habitude de raconter n’importe quoi impunément et sans qu’on ose jamais les contredire. Oser affirmer sans rougir qu’avant de les exécuter, les terroristes auraient dû couper les mains des dessinateurs (les fascistes de Pinochet l’avaient fait pour Victor Jara, comme quoi il y a une certaine continuité dans l’abjection), c’est montrer qu’on n’a plus de limite – ou plutôt qu’on ne vous en a jamais posé. Exprime-toi, Monchéri, Moncoeur, Moncanard, Mapoulette, tu en as le droit.

Ce droit à l’expression, c’est la Loi Jospin du 10 juillet 1989 qui le leur donne, et qui, sous couvert d’ouverture au monde, de mise au centre du projet et autres admirables ambitions, a ouvert la boîte de Pandore d’où sont sortis tous les dékhonnages, en général simplement stupides mais parfois, et c’est le cas aujourd’hui, absolument criminels. Nous avons laissé entrer à l’École l’opinion, cette gueuse, qui, dévoyée, fait que tout se vaut : « Je ne suis pas d’accord avec Darwin », « Je ne suis pas d’accord avec la Philosophie des Lumières », « Je ne suis pas d’accord avec Nietzsche, Sartre, Marx, Freud » (rayer la mention inutile), « Je ne suis pas d’accord avec Madame Bovary, les Fleurs du Mal ou Les Liaisons dangereuses », « Je ne veux pas assister au cours de sport ou de SVT, aux infos SIDA, contraception, homophobie (là encore, rayer la mention inutile), et c’est mon droit, point barre fermez le ban.

Risquons-nous à demander à nos élèves une définition de l’esprit critique – auquel nous sommes censés les former pour en faire des citoyens dignes de ce nom : nous aurons des surprises. Pour la plupart d’entre eux, c’est le droit d’ergoter, de pinailler, de discutailler, de tout soumettre à négociation (des menus de la cantine au sujet du devoir surveillé en passant par la note de la dissertation). Le droit de ne pas être d’accord, même s’ils n’ont aucun argument à opposer, mais tout bonnement parce que c’est ainsi et qu’ils ne se sentent pas respectés (Aaaah, ce fameux « respect », mis à toutes les sauces, et au nom duquel on en est venu à tolérer l’intolérable !) Rappelons que l’esprit critique, par étymologie même, c’est ce qui permet de CHOISIR, c’est ce qui rend libre. Or ces adolescents ne sont pas libres, mais soumis à ce que racontent les réseaux sociaux dans ce qu’ils peuvent avoir de pire : le colportage de rumeurs qui sont d’autant plus crues qu’elles sont aberrantes. Comment en est-on arrivé à ce que les élèves préfèrent avaler toutes les sottises traînant sur FB plutôt que les programmes scolaires ou très exactement le peu qu’il en reste ?

Depuis près un quart de siècle, nous sommes sommés de nous extasier devant la créativité des chères têtes blondes brunes ou rousses (Aaah, les ateliers tag, rap, et autres merveilles de la culture-sic urbaine !), devant leur spontanéité langagière, fautes d’orthographe incluses (merci Bégaudeau), de prendre pour argent comptant leur parole y compris diffamatoire (merci Ségolène, qui préférait voir des profs innocents en prison que des pédophiles en liberté), de porter au pinacle leurs productions pseudo-artistiques (c’est ainsi qu’une pièce de théâtre mettant en scène un financier juif du nom de Goldberg pouvait être défendue comme n’étant pas antisémite !!). Sous prétexte de laisser s’exprimer nos élèves, nous avons laissé s’installer chez eux l’habitude de raconter n’importe quoi dans l’impunité la plus totale, de laisser s’échapperdes paroles qui ne sont que les pets et les rots de l’âme. Que l’on trouve magnifique le collier de nouilles qu’un enfant de cinq ans confectionne pour sa maman à l’occasion de la Fête de Mères, c’est très bien. Que l’on tolère, parce qu’ils ont le droit de « s’exprimer », des propos fascistoïdes qui, du reste, ne sont plus une opinion mais un délit (comme l’indique l’article 421-2-5 du code pénal : «Le fait de provoquer directement à des actes de terrorisme ou de faire publiquement l’apologie de ces actes est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000€ d’amende.»), montre bien l’étendue de notre démission.

Alors disons-le fermement : la liberté d’expression des élèves doit s’arrêter à la porte de l’établissement. Il existe bien des espaces pour s’exprimer, des partis politiques, des syndicats, des associations de jeunesse, des lieux de culte. Les élèves auraient tout à gagner à s’y investir et à y acquérir, au contact des autres militants et en y faisant l’apprentissage du débat, une véritable culture citoyenne au sens noble du terme. Mais dans le cadre de la classe, on ne devrait plus rien avoir à faire de leur « opinion », quelle qu’elle soit. La laïcité, ce n’est pas « tolérer » sans mot dire les « différences » que portent les bigots de toute obédience, ni militer pour un athéisme intransigeant : c’est réaffirmer la neutralité de l’espace public, dont fait partie l’École, et cantonner la religion à sa dimension privée. Si la tragédie que traverse le pays peut nous permettre de revenir aux fondamentaux de la loi de 1905, les journalistes de Charlie ne seront pas morts pour rien.

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 15:29

Presque un an après sa mise en sommeil, pour toutes sortes de raisons personnelles et professionnelles sur une partie lesquelles je reviendrai ces prochains jours, le BLOG DE LA PRÉSIDENTE renaît de ses cendres.

Sans doute fallait-il le choc qu’a constitué l’attentat contre Charlie-Hebdo et la mort de douze personnes, journalistes, techniciens, policiers, sous les balles de crétins sanguinairement abrutis se réclamant d’un Dieu dont ils semblent ignorer qu’il est « le Tout Clément et le Tout Miséricordieux », pour que la nécessité de me remettre devant mon ordinateur relève soudain de l’évidence.

Comme le dit Le Canard Enchaîné, « la liberté d'expression ne s'use que si l'on ne s'en sert pas. »

Et il y en a, des choses à dire, à répéter, à marteler, quitte à prêcher dans le désert.

Par exemple, tenez :

Dans une belle lettre adressée à tous les enseignants,

http://cache.media.education.gouv.fr/file/01 janvier/50/8/LettreALaSuiteDeLAttentat_381508.pdf

Mme N. Vallaud-Belkacem demande aux professeurs, en ce jeudi de deuil national, de « porter plus que jamais l’idéal de la République » en « répond(ant) favorablement aux besoins ou demandes d’expression qui pourraient avoir lieu dans les classes, (afin de) faire vivre et de transmettre les valeurs et les principes de la République (qui) a confié à l’École, dès son origine, la mission de former des citoyens, de transmettre les valeurs fondamentales de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité. »

Excellente initiative dont on ne peut que se féliciter, d’autant que dans certaines classes et certains établissements, le moins que l’on puisse dire, franchement, c’est que ce n’est pas du « tout cuit », tant s’en faut …

Il n’en demeure pas moins que, de la part d’une ministre qui, tout comme la plupart de ses prédécesseurs d’ailleurs, semble avoir renoncé à réaffirmer fermement les valeurs de la laïcité (voir la récente mesure sur les mamans-accompagnantes au primaire), on cherche en vain un peu de cohérence – ou faut-il parler de schizophrénie ?

Notre conception française de la laïcité, même si elle n’est pas parfaite, est la seule qui permette le vivre ensemble, par-delà nos différences, en laissant à chacun le droit de penser ce qu'il veut dans la sphère privée, tant il est vrai que la seule proclamation de ce que je suis pousse logiquement l'autre à marquer tout aussi manifestement ce qu'il est sous peine de se voir nié. Ghettoïsation des cœurs, balkanisation des esprits, crispations communautaristes : que peut devenir notre jeunesse si sa « culture commune » se réduit au RSA scolaire du « Socle commun » ?

Quant au rôle de l'École comme facteur d'intégration dans le tissu français et de promotion de chacun en fonction de son mérite (le fameux « mérite républicain » qui fait tant ricaner les héritiers !), cela fait longtemps aussi qu'une coalition aberrante de pédagogues autoproclamés progressistes et de libéraux de toutes obédiences y a renoncé, au nom d’un pseudo-épanouissement de la spontanéité créatrice de « l’élève au centre du projet » -- comme si elle était antagonique avec la transmission des savoirs.

Les dessinateurs de Charlie-Hebdo étaient des libertaires, qui ne devaient sans doute pas exactement partager le point de vue de RE sur l’École de l’instruction. Mais leur combat pour la liberté d’expression, pour la laïcité, pour la possibilité de penser librement loin des pressions religieuses, c’est celui de RECONSTRUIRE L’ÉCOLE, et avec nos faibles moyens, lentement, patiemment mais sans baisser les bras, nous le poursuivrons !

Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Honoré, Maris et les autres sont morts et nous les pleurons. Ils ne doivent pas être morts « pour rien ». C’est pourquoi nous conjuguons tous : JE SUIS, TU ES, IL EST, NOUS SOMMES CHARLIE !

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