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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 08:09
En forme de réponse, lettre ouverte à un ami pédago

« Phosphorons maintenant ! On pense mieux à plusieurs que tout seul ! », ainsi concluais-je mon précédent article consacré à la réforme du collège.

Mon excellent ami Joël B., joyeux compagnon, fin gastronome, gentil garçon, « pédago » devant l’Eternel (comme quoi ni lui ni moi ne sommes sectaires…) , au demeurant le meilleur fils du monde, a rédigé en commentaire une série de propositions à ce point dignes d’intérêt que j’entreprends de lui répondre ici publiquement et « en grand ».

Pour ceux qui auraient la flemme d’entreprendre une petite marche arrière pour retrouver l’exact intitulé de son propos, je le reproduis in extenso (à une nuance près, sur laquelle je m’expliquerai dans le corps de ma réponse en forme de lettre ouverte.)

N.B. J’ai d’ores et déjà supprimé, sur ce sujet, des commentaires grossiers, et j’en censurerai d’autres s’il le faut, sans états d’âme. Essayons de répondre à Joël de manière constructive et courtoise, sans céder à la facilité de déverser des insanités sur un discours dont l’aspect provocateur, effectivement, peut ressusciter en nous d’ataviques instincts belliqueux pour ne pas dire de dommageables réflexes d’entartage.

LE PROPOS DE JOËL, DONC

« Allez, un peu de provoc pour rigoler, maintenant que la messe est dite.

Mon expérience du grec au Lycée *** – souvenirs vivaces. Au premier trimestre d’une année scolaire assez tendue, services chargés. Une collègue de lettres classiques, bien sous tous rapports, agrégée et tout, arpentait les couloirs à la recherche d’élèves de grec. Il ne lui en restait que deux, peut-être même en partance, la pauvre, et il lui en fallait au moins quelques autres pour justifier ses heures. Elle a dû trouver.

Car l’enjeu était là. Pas pour l’amour du grec (Venez que je vous embrasse !!) mais pour avoir un service complet et léger. Car sinon c’était une classe de plus en français, trois au lieu de deux, et ça change la vie pendant l’année (moi qui avec quelques manants de certifiés en avions quatre -ce qui est une horreur de corrections - apprécions la situation). Parlons franc. Derrière les cris d’orfraie sur les humanités s’écroulent, il y a aussi des considérations de niches confortables, et de coûts exorbitants, qui pour être triviaux doivent aussi être pris en compte avec des solutions idoines.

Je me souviens avoir évoqué la possibilité, pour ce peu d’élèves dont il fallait en effet satisfaire l’attente, de recours au CNED – un service public très performant, qui, additionné d’un peu de répétition, peut jouer parfaitement son office.

J’avais aussi horrifié en suggérant que par exemple on pouvait mettre ensemble les élèves de grec de plusieurs établissements aixois, et rendre ainsi plus acceptables des heures d’agrégé(e)s.
Gene
viève (épouse de Joël, note de la Présidente) avait même rappelée qu’elle-même, dans les années 60, élève alors d’un établissement on ne peut plus catho de jeunes filles, allait alors avec ses camarades suivre des cours de grec au lycée public de garçons voisin (enfer et damnation !) pour faire un groupe « soutenable ». Les deux établissements avaient pu s’entendre sur cela, surprising isn’t it ? Mais je ne suis pas dupe, l’enjeu est bien ailleurs.

Encore une fois, à force de ne vouloir rien changer, de protéger des niches, de refuser des accommodements, de trouver des solutions adaptées et satisfaisantes pour tous, on se prend une réforme en pleine poire, et ne reste qu’à pleurer. La prochaine viendra de la droite, on peut faire confiance, mais on trouvera normal d'être un peu décoiffé.

Alors la réforme du collège ? du petit braquet tout ça, beaucoup de bruit pour rien. On commencera à en parler le jour où, au collège comme au lycée d’ailleurs :

1. Toutes les matières et tous les niveaux ne seront pas égaux par ailleurs, en termes de service


2. On instituera une mobilité obligatoire au bout d’un certain temps dans un poste, pour casser les situations de niche et les effets de queue – y compris avec des temps hors de l’enseignement


3. Les établissements jouiront d'une GRANDE autonomie, y compris en termes de recrutement, sur des projets pédagogiques (gouvernance à définir)


4. Les services seront définis en termes de tâches et pas seulement d’heures de cours (quelqu’un avait parlé de 35h, pas si con, si c'est bien négocié)


5. Les vacances scolaires seront pour les élèves, les profs quant à eux, fonctionnaires, bénéficiant du statut de la fonction publique et de 35 jours ouvrables, ou quelque chose comme ça


6. On utilisera pleinement les ressources de l’informatique et des logiciels interactifs pour transmettre des connaissances, concentrant le face à face pédagogique sur l’acquisition des savoir-faire, les travaux pratiques, l’encadrement rapproché des élèves en difficulté – ainsi que le coaching des meilleurs – ce qui ferait éclater la notion de classe, et la notion d’année scolaire, au passage, pour une pratique bien plus large de groupes de niveaux et d’évaluation des compétences.


7. On va en trouver d’autres, j'en ai encore sous le coude. J’avais dit provoc ? Finalement, c’est assez sérieux tout ça ! Et de gauche, en plus. A disposition pour argumenter chaque point. »

En forme de réponse, lettre ouverte à un ami pédago

Reprenons donc à présent point par point

« Allez, un peu de provoc pour rigoler, maintenant que la messe est dite.

Cher Joël, rien ne garantit que « la messe (soit) dite », tout d’abord. Je crois que tu as mal évalué le degré de mécontentement des collègues – et des parents d’élèves, comme le montrent les récents déboires du cher Raoult de la FCPE ; je ne pense pas que les professeurs de collèges (et ceux des lycées, qui les soutiennent) se laisseront imposer sans réagir une réforme qui va à l’encontre de leurs convictions les plus profondes.

Et pour ce qui est de « rigoler », je crois qu’on attendra une autre occasion…

Quant à cette manière expéditive et ingénument brutale de t’exprimer, « la messe est dite », avec ses inflexions manuelvallsesques, elle relève sans doute du dernier chic socialo dans la manière de gérer le dialogue avec les personnels. Mais comme captatio benevolentiae, tu avoueras que ce n’est pas top.

Certes, tu ne cherches pas la bienveillance, puisque tu reconnais toi-même faire « un peu (sic) de provoc ». Tu ne seras donc pas étonné du ton parfois un peu raide sur lequel, en toute amitié, je vais te répondre.

Mon expérience du grec au Lycée *** – souvenirs vivaces. Au premier trimestre d’une année scolaire assez tendue, services chargés. Une collègue de lettres classiques, bien sous tous rapports, agrégée et tout, arpentait les couloirs à la recherche d’élèves de grec. Il ne lui en restait que deux, peut-être même en partance, la pauvre, et il lui en fallait au moins quelques autres pour justifier ses heures. Elle a dû trouver.

Car l’enjeu était là. Pas pour l’amour du grec (Venez que je vous embrasse !!) mais pour avoir un service complet et léger. Car sinon c’était une classe de plus en français, trois au lieu de deux, et ça change la vie pendant l’année (moi qui avec quelques manants de certifiés en avions quatre -ce qui est une horreur de corrections - apprécions la situation).

Parlons franc. Derrière les cris d’orfraie sur les humanités s’écroulent, il y a aussi des considérations de niches confortables, et de coûts exorbitants, qui pour être triviaux doivent aussi être pris en compte avec des solutions idoines.

Compte tenu de la manière peu amène et pour tout dire indélicate dont tu parles de la collègue de lettres classiques, la désignant quasiment à la vindicte publique en sous-entendant que c’est ni plus ni moins qu’une grosse fainéantasse (encore le vrai chic socialo, j’imagine, mais ça devient un peu lourd, même en tenant compte du registre polémique), tu comprendras volontiers que j’aie anonymé le nom du lycée.

Puisqu’il faut « parl(er) franc », comme tu dis, dans ce même lycée et à propos de « niches confortables », j’ai connu pire en termes de situation : par exemple des gens qui partaient en cours d’année sous le ciel enchanté des bureaux rectoraux loin bien loin des élèves, en laissant en guise d’adieu à leur remplaçant quelques dizaines de dissertations, justement, à corriger.

Bref, le type de sous-entendu auquel tu procèdes, provoc ou pas provoc, est juste dégueu insultant pour la personne à laquelle tu fais allusion. Prétendre que les professeurs de grec s’accrochent à leur option pour ne pas travailler, c’est aller trop loin, c’est inadmissible, je te le dis gentiment mais fermement.

Je me souviens avoir évoqué la possibilité, pour ce peu d’élèves dont il fallait en effet satisfaire l’attente, de recours au CNED – un service public très performant, qui, additionné d’un peu de répétition, peut jouer parfaitement son office.

J’avais aussi horrifié en suggérant que par exemple on pouvait mettre ensemble les élèves de grec de plusieurs établissements aixois, et rendre ainsi plus acceptables des heures d’agrégé(e)s.
Geneviève avait même rappelée qu’elle-même, dans les années 60, élève alors d’un établissement on ne peut plus catho de jeunes filles, allait alors avec ses camarades suivre des cours de grec au lycée public de garçons voisin (enfer et damnation !) pour faire un groupe « soutenable ». Les deux établissements avaient pu s’entendre sur cela, surprising isn’t it ?

La solution du regroupement des heures de grec sur un seul lycée, ou même de la constitution d’un seul « pôle lettres classiques » par ville ne date effectivement pas d’hier. J’ai moi-même expérimenté, en classe de 1ere (1968-1969), ce type de configuration, puisqu’une demi-douzaine de jeunes filles hellénistes (c’était avant la mixité) avaient eu la joie, la chance et l’inestimable avantage d’aller traduire Homère et Euripide au lycée de garçons – tous ces beaux jeunes gens à nos pieds, et le prof de lett. class. aux petits soins, aaaah, c’était un vrai bonheur (soupir nostalgique).

Tout ceci marchait très bien, pédagogiquement parlant, et ne posait aucun problème il y a quarante-cinq ans, dans un contexte où les établissements n’étaient pas encore mis en concurrence. Depuis, on a connu les palmarès du meilleur lycée (dans divers magazines), le classement IPES, l’affichage triomphant des résultats du bac, la danse des sept voiles pour recruter, et j’en passe.

Concurrence entre public et privé, bien sûr (j’ai vécu vingt et un ans en Vendée, je connais…), mais aussi entre public et public. Dans ce sens, perdre une option de grec, pour un établissement, c’est toujours grave -- comme perdre l’allemand, le russe, l’option musique ou toute option rare, un BTS, une prépa, bref, tout ce qui peut constituer un « plus » pour la boîte non seulement en termes de résultats (il ne s’agit pas forcément de « bons » élèves) mais d’image et de faire-savoir, puisque, hélas, c’est à présent ainsi que l’on nous impose de raisonner.

Quant à interdire de classer les lycées, inutile de rêver : la tendance générale vers l’autonomisation (j’y reviendrai, d’autant que tu la prônes) ne va pas dans ce sens, bien au contraire.

Mais je ne suis pas dupe, l’enjeu est bien ailleurs.

Encore une fois, à force de ne vouloir rien changer, de protéger des niches, de refuser des accommodements, de trouver des solutions adaptées et satisfaisantes pour tous, on se prend une réforme en pleine poire, et ne reste qu’à pleurer. La prochaine viendra de la droite, on peut faire confiance, mais on trouvera normal d'être un peu décoiffé.

Parce qu’on ne l’est pas, « décoiffé » ? Tondu, oui, et même scalpé !

Etre malmené par la droite, ça a l’apparence de la logique. La droite ne peut plus nous décevoir. Par la « gauche » (enfin, cette gauche-là), on a beau avoir l’habitude depuis Allègre, ça fait toujours quelque chose : nous nous sommes tant aimés, on avait tellement envie de faire confiance, même après avoir été cocufiés tant de fois. On se disait : « Ils vont bien comprendre, quand même, ils vont bien finir par nous écouter »… Ben non. Toujours persuadés de détenir la vérité, contre le cours même du réel.

Oui, l’UMP revenue au pouvoir fera sans doute pire, aucune illusion là-dessus – ou plutôt elle parachèvera le sale boulot que le PS a commencé. L’ultra-libéral Madelin est à fond pour la réforme du collège : ça ne te trouble pas ?

Mais revenons au reste de tes propositions.

Alors la réforme du collège ? du petit braquet tout ça, beaucoup de bruit pour rien. On commencera à en parler le jour où, au collège comme au lycée d’ailleurs :


1. Toutes les matières et tous les niveaux ne seront pas égaux par ailleurs, en termes de service


2. On instituera une mobilité obligatoire au bout d’un certain temps dans un poste, pour casser les situations de niche et les effets de queue – y compris avec des temps hors de l’enseignement


3. Les établissements jouiront d'une GRANDE autonomie, y compris en termes de recrutement, sur des projets pédagogiques (gouvernance à définir)


4. Les services seront définis en termes de tâches et pas seulement d’heures de cours (quelqu’un avait parlé de 35h, pas si con, si c'est bien négocié)


5. Les vacances scolaires seront pour les élèves, les profs quant à eux, fonctionnaires, bénéficiant du statut de la fonction publique et de 35 jours ouvrables, ou quelque chose comme ça


6. On utilisera pleinement les ressources de l’informatique et des logiciels interactifs pour transmettre des connaissances, concentrant le face à face pédagogique sur l’acquisition des savoir-faire, les travaux pratiques, l’encadrement rapproché des élèves en difficulté – ainsi que le coaching des meilleurs – ce qui ferait éclater la notion de classe, et la notion d’année scolaire, au passage, pour une pratique bien plus large de groupes de niveaux et d’évaluation des compétences.


7. On va en trouver d’autres, j'en ai encore sous le coude. J’avais dit provoc ? Finalement, c’est assez sérieux tout ça ! Et de gauche, en plus. A disposition pour argumenter chaque point. »

En forme de réponse, lettre ouverte à un ami pédago

Tout ceci est peut-être « de gauche », Joël, mais d’une gauche qui n’est pas la mienne et pour laquelle, je l’écris solennellement en pesant chacun de mes mots, je ne voterai plus JAMAIS : déréguler, déréglementer, déconcentrer, autonomiser, tout cela présenté, bien sûr, comme un « plus » pour les professeurs, les élèves et les établissements, c’est instaurer le règne de la concurrence perpétuelle, non seulement entre les collèges et les lycées (ça existe déjà, nihil novi), mais à l’intérieur de l’établissement, entre collègues, entre équipes, entre projets. Non merci.

Ce que tu proposes, de facto, c’est la fin du cadre national, des programmes, des examens nationaux, et tout le pouvoir aux féodalités locales, aux groupes de pression économiques ou idéologiques, aux petits et grands chefs, aux géniaux concepteurs de projets innovants avec beaucoup de mousse, au meilleur VRP susceptible de vendre ses salades, au plus habile danseur de claquettes, au plus fin joueur de pipeau, aux coordonnateurs de discipline promus mini-inspecteurs de leurs collègues, au conseil pédagogique érigé en instance de flicage. Caporalisation accrue du métier. Non merci.

Ce que tu nommes poétiquement « gouvernance à définir », ce sont les méthodes du privé. Non merci.

La seule autonomie qui vaille d’être valorisée, c’est (à l’intérieur de programmes et d’horaires nationaux précisément définis) la liberté pédagogique des professeurs : on enseigne comme on veut, on bidouille, on expérimente, avec ou sans informatique, avec ou sans tableau noir (ou blanc, interactif ou pas), avec livre ou avec tablette, comme en 1950 ou comme en 2050, on s’en fiche : l’essentiel est qu’à la fin de l’année les élèves aient appris et travaillé.

Curieusement, cette liberté pédagogique, cette confiance accordée aux professeurs, tu n’en parles pas, les socialistes n’en parlent pas – parce que ce qui les anime, c’est tout le contraire, un ressentiment outrancier, une espèce de haine rance, une suspicion permanente vis-à-vis des enseignants, à qui l’on impose faute de les convaincre, et qu’il faut, comme le montre le passage en force sur la réforme, absolument mater pour que « la messe (soit) dite ».

Qu’on ne compte pas sur nous pour dire DEO GRATIAS

Joël, mon cher Joël, tu es un ami, mais en ce qui concerne l’Ecole nos positions, je ne t’apprends rien, sont, à quelques points de détail près, complètement incompatibles. Je crains fort que dans les conflits qui s’annoncent nous ne nous trouvions une fois de plus, de part et d’autre de la barricade.

Ce qui ne nous empêchera pas de déguster ensemble l’excellent vin de mon fils, naturellement. Ce sera sans doute le seul élément de synthèse possible entre nous dans ce débat…

En forme de réponse, lettre ouverte à un ami pédago

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commentaires

Joël BERTRAND 31/05/2015 17:12

A Françoise (Mes réactions à ta réponse - la suite)
Venons en aux quelques propositions délibérément iconoclastes (on dirait ailleurs thought provoking) que j’énonçais. Je constate d’abord que tu as préféré les traiter non point par point mais en bloc, une fois dûment étiquetées, labellisées, assimilées à une diablerie connue, dès lors aisément
Je récuse ce procédé, bien connu de nos jeunes années (staliniens, trotskistes, même combat) consistant, pour disqualifier une parole, à y coller une étiquette infâmante, permettant dès lors de décliner les horreurs afférentes et préparer l’autodafé, sans lire. Idem pour disqualifier une personne. Je ne me reconnais pas pédago, et ne sais même ce que cela signifie au fond, si ce n’est qu’ici c’est une des figures de l’abomination. La présentation ainsi faite, le chien se sait noyé. Exit J’ai adoré ton de facto, un moins latiniste aurait pu dire en dernière analyse. Cela permet dans le paragraphe d’accumonceler pêle-mêle toutes sortes d’horreurs, comme autant de fagots au bûcher. L’image que tu me tends n’est pas mon reflet, et la discussion reste à mener.
J’en resterai moi aussi au global, pour te confirmer qu’on diffère en effet sur le fond. Mais encore faut-il l’expliciter, remonter à l’impensé.
Je le vois affleurer quand tu parles de « la liberté pédagogique des professeurs : on enseigne comme on veut, on bidouille, on expérimente, avec ou sans informatique, avec ou sans tableau noir (ou blanc, interactif ou pas), avec livre ou avec tablette ». Que tu associes aussitôt à une question de « confiance ». Je crois que là est le fond, cette représentation du prof comme maître-artisan, voire artisan d’art, maître chez soi, chacun sa spécialité, son tour de main. On n’a plus de compte à rendre, une fois sa compétence certifiée, ou agrégée. Toute évaluation formelle est récusée, sauf très épisodiquement et l’enjeu n’en est que la rapidité de promotion. Il est inconvenant qu’un collègue vienne jeter un œil. Reste, comme pour l’artisan, ou la profession libérale, l’évaluation informelle et sauvage de la cour de récré, des rumeurs entre parents, de la salle des profs – mais qui doit rester tue. Cette façon de se percevoir, ce modèle économique du travailleur indépendant, a sa légitimité – même si elle reste dans le non-dit, et que la posture prise dans la revendication soit volontiers celle du prolétaire. Ce modèle est ce que nous avons connu, il a fonctionné. Son corollaire était aussi que n’arrivait dans le secondaire qu’une partie d’une génération (souvenons nous des classes de fin d’études où restaient ceux qui n’avaient pu passer, ceux souvent qui n’avaient pas l’appétit pour l’étude alors que les autres n’avaient en fait pas besoin de « pédagogie », ils avaient pigé le truc, suffisait de leur transmettre le savoir). Mais la société offrait assez de boulots non qualifiés qui allaient les absorber. L’écrémage, ou la production de déchets, se poursuivait d’ailleurs tout au long du secondaire. Mais une proportion de rebut est admise dans l’artisanat d’art.
Mais le monde a changé. Notre suprématie n’est plus là. Nos sociétés, si elles veulent préserver notre niveau de vie, ne peuvent se permettre de produire chaque année des milliers de jeunes non qualifiés. Cela obère l’avenir et le coût n’est pas supportable. Objectif indispensable : zéro déchet. Cela amène à réviser les processus, à changer les méthodes de travail. Car c’est bien d’un travail et d’un métier qu’il s’agit, auquel on se forme, et qui comme tout au monde change et évolue avec la vie.
L’accent est mis, au-delà d’abreuver de savoirs ceux qui ne demandent qu’à boire (pas besoin de « pédagogie » pour ceux-là, je te l’accorde, ils apprennent de toute façon – on en a peut-être fait partie) sur ceux à qui il faut donner l’envie d’apprendre pour X raisons, afin de les hisser à un niveau minimum, ou mieux déclencher le déclic qui leur fera prendre leur essor. Je te l’accorde aussi, beaucoup, travers bien Français de pseudo-cartésiens binaires, pensent qu’un objectif remplace l’autre et ne voient pas que les deux finalités doivent se prolonger, s’articuler, voire se renforcer l’une l’autre.
Cela implique un changement de modèle économique. On passe de la cueillette à l’agriculture. Du maître-artisan solitaire au travail de groupe, à la communauté éducative. Une large part de l’autonomie se déplace de l’huis-clos de la classe au niveau de l’établissement. Métamorphose, changements essentiels, qui implique une mutation de tous les paradigmes, et au-delà. Et qui implique surtout d’imaginer, de trouver les modalités d’application, les cadres, les pratiques, les pouvoirs et contre-pouvoirs, bref faire du neuf.
Tout est à inventer, et se contenter de résister, c’est laisser les choses se mettre en place sans y peser, tout au plus les retarder. Combat d’arrière-garde. Dire « c’est le libéralisme ! les petits chefs ! » c’est laisser le champ libre, refuser le combat, s’avouer vaincu d’avance. Il est possible avec des formes de gauche d’effectuer cette mutation, serait-on trop cons pour les imaginer ? Refuser a priori toute réorganisation, l’autonomie au sein des établissements, la coordination du travail, et des remises en cause bien au-delà, est dogmatique et suicidaire. Cela relève de la même intelligence que proscrire tout alcool pour éviter l’ivresse. C’est aussi se complaire dans la posture de la victime.
Cela dit, on peut ne pas aimer, préférer légitimement, à titre personnel, le statu quo ante, où l’on a connu joies et épanouissement. Finie la liberté d’enseigner ? Mais un sportif ne s’épanouit-il que dans les sports individuels, pas dans les sports collectifs ? On peut préférer le tennis au rugby, mais difficilement tenir ce dernier pour lieu d’asservissement. Eternelle question du conflit entre intérêt général et intérêt particulier, du TGV dont on veut bien qu’il passe mais pas chez moi – auquel cas les justifications historiques, écologiques, environnementales – ou pédagogiques - ne manquent jamais. Que l’intérêt des élèves n’aura-t-il pas justifié, depuis trente ans au moins !
Tout dans la situation présente me déplaît. Et surtout son verrouillage par les postures des acteurs. Le(s) gouvernement(s) avance(nt) par petites touches, un pion de-çi, de-là, morceau de puzzle après l’autre, mais sans qu’apparaisse le schéma d’ensemble, l’objectif final et toutes ses implications. Cela crée toutes les peurs possibles, cristallise tous les rejets. Et on assiste à l’hystérie récente, Marianne guidant le peuple en duo d’opérette avec Figaro. Définir, décrire, clarifier l’objectif final, ce serait en permettre la discussion, ouvrir le champ de la négociation sur les modalités, y compris rassurer sur la progressivité et le filé. Mais une telle communication est-elle possible ? Apparemment non, sans mettre le feu aux poudres, tant la culture générale est à la préservation des acquis, à la méfiance contre toute modification, à la haine des déplacements de lignes qui, forcément, ébranlent des équilibres personnels patiemment conquis. Le syndicalisme enseignant n’a pas peu contribué à solidifier ces réflexes depuis 20 ou 30 ans, les parant des discours les plus progressistes. J’en veux encore à Jospin de n’avoir pas fait le boulot quand il avait 5 ans devant lui et à Allègre de ne pas avoir expliqué sa visée mais de s’être posturé en épouvantail.
Au lieu d’une vraie réflexion d’ensemble, sereine et approfondie, ce qui n’exclut pas l’affrontement d’idées et moins encore les vrais clivages entre gauche et droite (justice sociale ou laisser-faire des avantages acquis), on s’enferme dans d’incandescentes conflagrations rhétoriques sur une heure de plus ou de moins ici ou là, bien de chez nous. La notation ? Prononcez le mot et les couteaux sortent, et on se retrouve dans le fameux dessin « Ils en ont parlé ! ». Pourtant, la formation continue, en plusieurs décennies d’expérience, a fait des avancées, trouvé des modes pertinents qui méritent attention. Maos rien de rien n’a été intégré dans l’enseignement initial, non plus que les notions de compétences, d’acquis/non acquis, dont la greffe ne prend pas (je ne me suis pas contenté de bronzer sous les cocotiers, ni d’user le rond-de-cuir du rectorat, j’ai aussi glandé dans la formation continue qui, chacun le sait, n’est que billevesées - n’en déplaise à un commentateur). Pendant ce temps, le monde change. Les enseignants seraient-ils les seuls incapables de se remettre en cause et de s’adapter quand tous les métiers l’ont su, jusqu’aux plus modestes ? Ne me dites pas que c’est parce que les autres risquaient la perte d’emploi à ne pas bouger.
Je rejoins là ce que tu dis, Françoise, dans « Gueule de bois et perspectives », à savoir « réfléchir à des contre-propositions sans se borner à une posture défensive. » Je n’aurai pas forcément dit « contre », mais il importe peu. On n’est pas « contre » la loi de la pesanteur, mais on peut parvenir à voler. PROPOSITIONS, réflexions, remises à plat. Le cycle inauguré en 1945 est terminé, bien des solutions trouvées alors, et qui ont démontré leur efficace, sont devenues contre-productives. Banale dialectique historique. il faut savoir les remettre en question, trouver et surtout négocier les formes nouvelles, originales, qui aillent même vers des améliorations. Impossible ? Pas aisé certes, mais impossible seulement si- arc-boutés dans la conservation, on laisse s’imposer les choses.
J’ai dit remise à plat complète. Je ne voudrais pas finir sans revenir sur les remarques de Pierre-Henri, qui soulève un point central, mais avec lequel je diffère car il réfléchit en termes statiques et non dynamiques. Il est évident que ce chamboulement à venir du métier d’enseignant va aussi avec une renégociation des conditions faites aux enseignants (obligations de service, carrières, temps de travail, et bien entendu rémunération). Le constat fait du manque d’attractivité de la profession est flagrant. La féminisation a un temps masqué le phénomène, mais c’est terminé. Et quand on est repoussoir, les conséquences sont multiples, à terme, et profondes. Là encore, quel est l’état des lieux, en gros, très simplifié. J’y vois un contrat tacite, jamais énoncé. Je te sous-paye largement, certes, tu vas en baver dans un premier temps, dit l’employeur, mais je t’assure la sécurité de l’emploi, beaucoup de temps libre, peu de risques de sanction, et au bout de quelques années, si tu sais y faire, une amélioration progressive de tes conditions de travail. Les inconvénients s’étant petit à petit aggravés, pas étonnant que, d’une part, le « contrat » intéresse de moins en moins les meilleurs, et que, d’autre part, à tout ce qui peut apparaître comme un coup de canif aux avantages les intéressés se sentent volés comme au coin du bois. Et comme on est dans le non dit, le dialogue est difficile. Il faut en sortir. Et revenir au point de départ. Jusqu’ici, les enseignants du secondaire sont des cadres A de la fonction publique (cela peut changer, comme tout, mais faut le dire). En outre, il faudra rendre le job attractif pour bien recruter. Cela peut aussi impliquer une révision de la définition du temps de travail, une modulation des rémunérations selon les tâches, les évaluations, voire les résultats (mais oui ! et là encore, ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain : cadrages, concertations, instances de régulation et surtout formation des acteurs peuvent éviter seigneuries, arbitraires et abus).Le changement du métier d’enseignant doit aller avec une revalorisation sérieuse de ce métier. Mais soyons réalistes : cela n’ira pas non plus sans poser la question du coût et donc des effectifs. Qui peut prendre ce risque ? En tout cas mieux vaut en parler, que feindre de ne pas voir en tonitruant sur des points annexes.
Tiens, encore un paragraphe. Comment se fait-il que beaucoup qui prônent la démocratie participative se révulsent à l’idée d’une autonomie des établissements ? Dans tout changement, c’est celui qui fait qui prend le pouvoir, car ce qu’il met en place le privilégie. Plutôt que d’être seulement défensifs, pourquoi ne pas peser pour une gouvernance des établissements qui assure l’efficacité tout en se prémunissant de l’autoritarisme, de l’arbitraire et d’autres maux ? Faire de l’établissement un espace productif démocratique. Intéressant non ?

Desjardins Antoine 29/05/2015 19:24

Parfaitement d'accord avec Paul, Loys et pierre Henri. Trop de chers collègues ont travaillé activement à l'abaissement matériel et moral des enseignants. Et ils sont enfin parvenus à leurs fins puisque plus personne ne veut faire ce métier pourtant noble.

Il n'a en effet plus grand chose d'attractif. Il est pénible, très ingrat, mal payé, nerveusement exténuant, et surtout rendu impossible par l'institution elle même qui nous a transformés en éducateur garde-chiourme à casquettes multiples et livrés à des publics toujours plus hétérogènes et démotivés qui font simplement acte de présence pour valider leur passage dans la classe supérieure.

Je déconseille formellement à mes enfants de devenir enseignants. Et je crois que pas mal de mes collègues en font autant. C'est un signe d'autant plus alarmant qu'on était souvent, jadis, un peu professeur de père en fils : la vocation se transmettait et parfois l'enthousiasme. Il y avait des familles de profs qui entretenaient la ferveur des disciplines d'enseignement et de leur pédagogie.

Désormais, donc, parmi les enseignants de tous les niveaux du primaire et du secondaire, il n'y a plus vraiment de parents qui souhaiteraient que leur enfants deviennent professeurs c'est-à-dire éducateurs multitâches dans une école remplacée par l'Organisation Apprenante.

En ce qui me concerne, je n'ai même pas eu besoin de ne pas recommander ce métier à mes fils. Ils ont simplement écouté les conversations des grands, depuis dix ans, et je puis vous assurer que rien ne leur a échappé de la dégradation spectaculaire du métier , de la fin de la transmission des connaissances sur fond de montée de l'obscurantisme pédagogiste. De l'extermination méthodique du plaisir d'enseigner et d'être enseigné, tout cela sous couleur de" démocratisation" : pour rien au monde ils ne deviendraient enseignants et singulièrement "prof de lettres"...Ils ne veulent pas passer leur temps à "déplorer" et je le comprends fort bien. Ils veulent gagner de l'argent et être considérés.
Cette carence manifeste d'incitation intrafamiliale, relevant d'une manière d'hérédité (horreur !)sociale et culturelle qui avait aussi du bon, signe la fin des haricots pédagogiques.

Les nouvelles recrues dont on nous dit qu'elles ne manqueront pas (mon oeil il en manque de plus en plus, voir les maths par exemple) s'inscriront-elles au concours par vocation ou par peur du chômage ? Il est permis de douter...

Par ailleurs mes enfants (dont un n'a pas encore fini ses études secondaire )ont essuyé une école au rabais (socle commun, "sequence didactique ", lubies pédagogistes, TPE bâclés, interdisciplinarité alibi, approches thématiques bordéliques au lieu de repères chronologiques solides -histoire et géographie-, maths trop faciles, enseignants mal formés ou déformés, vacataires payés au lance pierre, tenants de la "pédagogie inverse" -pas de cours théorique, c'est les parents qui font tout, classe de collège à trente -les scientifiques de l'educ ont montré que ce n'était pas important, horaires plancher en maths et français, etc, etc). oui ETC !!

Les enfants de mes enfants n'iront JAMAIS à l'école publique et pas davantage dans le privé sous contrat d'ailleurs. Soit on fera cours nous m^mes (les grands parents !) soit on payera très cher des précepteurs pour le faire. C'est bien triste. Bravo la Démocratisation. Je vous le dis, c'est ce qui se passera si tout cela continue. C'est ce que veulent nos amis pédagogistes ? Mes enfant font les frais de cette école light. Pour mes petits enfants ce sera NIET ! Quant aux enfants des couches populaires, ils n'auront plus du tout la possibilité d'utiliser l'école pour faire ce qu'on appelait de "solides" études. Ils pourront toujours trouver à faire valoir leur "employabilité" dans les entreprise si elles ont besoin d'eux. Quand elle les licencieront il n'auront m^me pas les moyens d'écrire une lettre argumentée en bon français aux Prud'hommes.
Antoine Desjardins

Joël BERTRAND 27/05/2015 11:29

Du débat ! enfin, et en franche camaraderie. Ou je ne retiendrai que cela de ta longue réponse, laissant de côté l’ad hominem car bas, digne d’être traité entre soi, tant l’histoire s’écrit de plusieurs façons. Restons-en à l’essentiel, qui seul intéresse.

A propos du service de grec : tu l’appréhendes de façon personnelle. Tu m’as mal lu, et à sa place, j’aurais agi de même. J’y vois seulement des effets de systèmes, et c’est ceux-là que je dénonce. Le reste serait insignifiant. Double logique systémique, d’ailleurs.
D’abord celle, de plus en plus absurde, du parcours de carrière du prof qui, voué à l’enfer au début, survit de l’espoir qu’il gagnera son purgatoire un jour, voire son paradis à terme – qu’il s’agira alors de ne plus lâcher. C’est toute la logique du « mouvement ». Ce sont toutes les dynamiques informelles aussi au sein des établissements où aux plus anciens vont les meilleures places/classes, les options roboratives ou plus satisfaisantes (intérêt, effectifs, charge de travail, …). Les queues s’installent, et quiconque a progressé ne peut laisser sa place car il se retrouverait derrière, tout ou presque à recommencer. Ce que j’ai appelé un système de niches.

La conséquence : des situations enkystées, l’impossible rencontre des élèves les plus nécessiteux d’attention avec les profs les plus qualifiés et expérimentés, l’arc-boutage sur les acquis, statutaires, de situation et autres. Ce qui n’exclut pas la franche camaraderie, une fois la répartition des services et les armistices établis. Tout cela aussi devant être nuancé, car les missionnaires existent, pas seulement résiduels (mais quel système durable peut reposer sur la foi ?) et car la situation diffère largement dans les établissements « difficiles » pour des raisons qui peuvent se développer, non la moindre étant que ce sont pour l’essentiel des établissements de passage – et donc de fluidité.

D’où mon idée de mobilité obligatoire, justement pour fluidifier tout cela, et permettre des parcours utilisant mieux les compétences, sans pour autant pénaliser.
La seconde logique est celle de la bureaucratie, dans l’attribution des moyens. Comme à l’armée où, si on n’a pas épuisé sa dotation en carburant, mieux vaut faire tourner les véhicules à vide, pour ne pas se la voir diminuer l’année suivante.
Cela mériterait grand développement. Mais c’est justement le manque d’autonomie des établissements qui fait que, si telle année telle option ne peut être offerte faute d’effectifs suffisants, elle sera perdue. Alors qu’une répartition des tâches décidée au niveau local pourrait réorienter provisoirement les moyens humains, et les réaffecter ultérieurement si la conjoncture change.
Plutôt que de s’arc-bouter systématiquement sur la préservation de l’existant, mieux vaut développer une culture de l’adaptation et du changement, et faire confiance à l’intelligence des acteurs. Au fait ça existe, je l’ai rencontré.
Voilà où le grec nous a menés. Pour le reste, les idées délibérément iconoclastes, je te réponds dans une seconde partie.

Moyal P 27/05/2015 00:09

Je ne reviens pas sur l'analyse excellente de la présidente à propos des doux souhaits de son ami. Je ne dis rien de la prétention dudit à classer à gauche la réforme des collèges et à présenter un programme remarquable à faire rêver bien plus que Madelin, chère présidente. Une fois de plus la prétendue gauche accomplit ce que la droite n'aurait pas osé faire et le coup du "prenez garde à vous, si elle revient" ne marche plus pour moi depuis longtemps. Allègre a fait plus contre l'école que les plus réactionnaires des ministres de l'EN du temps de De Gaulle, Pompidou ou Giscard.
D'autres ont largement ici et là combattu la niaiserie analytique d'une certaine gauche égalitariste primaire (pléonasme) qui vit l'école de notre temps comme son double en pire de celle des années 50 et 60, incapable de concevoir que ce sont ses inepties à elle qui la rendent de plus en plus inégalitaire, vide de sens, incapable de donner une chance aux méritants défavorisés ; de cette gauche abâtardie de rousseauisme gnangnan, de Summerhill ou du Cercle des poètes disparus, devenue l'alliée la plus objective de l'ultralibéralisme. Cette gauche-là, de sa tendance "réformiste" (qu'elle n'est même plus depuis Mitterrand) à ses extrêmes, en passant par les inimitables écolos de service (ou de sévices) n'est plus programmée pour comprendre : conversion volontaire des uns à la logique du libéralisme européen ou, chez les autres, déconfiture intellectuelle qui amène tout savoir à l'alignement sur le zéro (toute connaissance n'est-elle pas discriminante, horriblement bourgeoise, vilement réactionnaire?)

Non, je ne développe pas cela. Je veux surtout exprimer mon dégoût devant ces donneurs de leçon et prêcheurs de bonne morale. Il est étonnant de constater combien ces courageux ("quand la messe est dite", celle de la ministre et celle de leur retraite), au sens du devoir certain, restent une caricature d'eux-mêmes. Il s'avère que je connais très bien la situation dans ce lycée xxx, y compris du temps où votre ami, madame la présidente, enseignait. Si vous avez rappelé, sous forme atténuée, certaines vérités étrangement occultées par le procureur, je me permettrais de douter du sens de l'intérêt du service public de gens qui n'ont pas manqué, avant de filer au rectorat, de passer des années à "exercer" à l'étranger, avec le sens du sacrifice qui est le leur ...
Ces malheureux de lettres modernes doivent leur misère, c'est bien connu, aux nantis de lettres classiques. Comment a-t-on pu si longtemps ignorer pareille responsabilité ? Sus à ces pelés, ces galeux par qui tout le mal arrive.
De même, l'antienne du pauvre certifié méritant, accablé par l'horrible agrégé privilégié. Car, au cas où vous l'ignoreriez, la nuit du 4 août a aboli tous les privilèges de naissance, sauf ceux des épouvantables agrégés.

Que notre collègue ait préféré le soleil des tropiques ou d'ailleurs, cela le regarde. Qu'il ne vienne pas ensuite faire pleurer sur son sort et les injustices insupportables de notre système. Il me fait penser à ses semblables dont j'examinais les dossiers de candidature à la promotion au grade d'agrégé, lorsque j'ai été commissaire paritaire, faisant valoir sur des dizaines de pages (parfois de véritables mémoires reliés) leurs mérites extraordinaires, vantant toutes leurs activités (et lorsqu'ils se trouvaient en position de détachement dans les rectorats, que dire de la bienveillance dont ils faisaient l'objet, spécialistes du faire savoir qui eussent trouvé indigne de se confronter à leurs pairs devant les jurys de concours anonymes). Me vient à l'esprit cette réflexion d'une ancienne collègue professeur de mathématiques dans mon établissement, promue (sur dossier donc) agrégée à 50 ans (mais qui candidatait les années auparavant, en se gardant bien de tenter de faire ses preuves aux concours), qui, s'adressant à moi, me disait sa révulsion devant le gâchis financier que représentait le fait de payer des enseignants en latin et grec, quand il y avait tant de besoins autres. Bizarrement ne lui venait pas à l'esprit que, chaque année, des collègues, comme elle, étaient « grassement» augmentés, en toute inutilité et sans avoir rien montré que leur docilité devant la hiérarchie ...
Je pense aussi à cette constante qui montre en permanence les pédagos fuir ce qu'ils mettent en œuvre ou revendiquent, grands amateurs des Mafpen, des bureaux de rectorats ou de ministères, cherchant soigneusement pour leurs enfants les établissements les plus éloignés de leurs pratiques ...

Chacun ses indignations devant la gabegie et les mascarades.
Personnellement je préfère celles de la compétence, de la qualification, du savoir et je me suis toujours battu pour que l'école de la république offre le meilleur au plus grand nombre possible, en particulier en donnant une chance d'élévation par le haut à tous ceux qui tentent de s'élever par leur vouloir, leur effort, leur abnégation.
C'est-à-dire à tous ces malheureux que sacrifient les idiots utiles des libéraux.

Paul M

Loys Bonod 26/05/2015 17:27

Le mépris des enseignants et la recherche de 'abaissement systématique de leur condition, valeur et politique "de gauche" en somme. Il faudra que je m'en souvienne...

Pierre-Henri 26/05/2015 11:55

Il est remarquable que votre interlocuteur fasse totalement abstraction de la crise des recrutements. Déjà aujourd'hui, l'éducation nationale n'arrive pas à remplir tous les postes ouverts dans nombre de disciplines (alors que, faut-il le rappeler, le chômage bat tous les records). Dès lors, quelques questions à lui poser :

- si le métier de professeur, en particulier de lettres classiques, est une telle sinécure, pourquoi manque-t-on à ce point de candidats dans cette discipline ?

- si on supprime les vacances, le statut de professeur deviendra l'un des pires de la fonction publique. A salaire équivalent, il vaudra mieux passer n'importe quel concours de niveau B ou C, qui ne demandent pas 5 années d'études après le bac et offrent des conditions de travail souvent bien meilleures. Deviendront professeurs ceux qui auront échoué aux concours d'adjoints techniques ou d'assistants socio-éducatifs. C'est un progrès, ça, de devenir la voiture-balai de la fonction publique ?

- la mobilité obligatoire, d'ailleurs, sera très amusante à observer quand il n'y aura plus de professeurs à déplacer. Ce sera un jeu de chaises musicales avec des chaises vides -- une pure fiction bureaucratique. Ne voyez-vous pas à quel point il est absurde de légiférer sur un peuple qui n'existe pas ?

- Dans l'ensemble, les mouvements de menton de votre interlocuteur sont d'autant plus comiques qu'il s'agite dans le vide. Il a beau jouer les adjudants-chefs, il n'y a plus de recrues. Quelle autorité croit-il avoir ? Sur qui ? Qui ses roulements de mécaniques impressionnent-ils encore ? Les quelques rares derniers candidats au CAPES qui restent, peut-être (mais pour combien de temps) ?

Françoise se rappelle peut-être de moi, puisque j'ai longtemps été membre de l'association. Je l'ai quittée principalement parce que j'ai décidé de ne plus enseigner dans le public. J'ai un bon CV, je sais me débrouiller, je suis capable d'occuper d'autres emplois que professeur et, lorsque j'enseigne, je peux le faire dans des établissements sélectifs, voire comme précepteur privé. Dit autrement, j'ai moins besoin de l'enseignement public qu'il n'a besoin de moi. Si j'en juge par les chiffres du recrutement, je ne suis pas le seul à me faire cette réflexion.

Alors, veuillez expliquer à votre ami, autour du prochain verre, qu'il retourne complètement le problème. Au lieu de jouer les petits chefs, il devrait choyer les professeurs, les respecter, les remercier de choisir ce métier en dépit de tout, car enseigner est une faveur qu'ils lui font. Il devrait se faire tout petit, votre ami, au lieu de hausser la voix au milieu d'une cour presque vide.

iuytreza.poiuytreza 06/06/2015 09:27

Bonjour,
La mobilité est, de fait, déjà obligatoire pour un nombre croissant d'enseignants affectés sur plusieurs établissements. Dans ma région rurale, aucune matière de nos collèges n'y échappe. Nos gérants sont tenus de ventiler leur DGH avec 10% d'heures sup.

Joël BERTRAND 01/06/2015 00:22

Votre remarque est essentielle, mais je n'en retiens pas les conclusions. Je la reprends et la discute dans le complément de réponse à Mme la Présidente que je viens de poster..C'est un grand sujet de discussion.